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MessageSujet: Éclats de rire et d'acier Sam 25 Juil - 15:25


Champdor portait bien son nom. Tout le long du chemin, lors de la marche à travers le duché, voilà les seules pensées qui traversaient Flavien de Castellanne : Champdor portait bien son nom. Tout autour de lui, à perte de vue, s'étalaient dans les vallées la couleur étincelante des blés et le vert des vignes. Les derniers jours avaient été très généreux en pluie, et en ce printemps bien entamé, les serfs du duché s'empressaient de travailler la terre, de semer l'orge et l'avoine avant la moisson d'été. Dans les Cimes, les neiges commençaient à fondre, mais la dernière semaine avait été riche en giboulées. Quelques villages avaient subi des inondations, et il était fort compliqué de se déplacer dans la boue... Mais à Champdor, point de tout ça. Tout semblait beau, calme, et apaisé, et le soleil qui trônait au milieu du ciel éblouissait les vagabonds.

Ils étaient descendus des Cimes, en cette occasion. Voilà quelques jours qu'ils marchaient. Des chevaux, des voitures, des charrues, et quelques piétons derrière. Devant la colonne se trouvaient 4 bannières, volant avec la brise légère venue du sud : L'aigle des Castellannes, le hibou des Rosevallées, l'ours des Bonifaces, et la licorne des Destouches. Mais ils ne venaient pas pour guerroyer, pour piller, pour tuer les jeunes amoureux et brûler les arbres fruitiers en train de germer. Non, ils étaient venus pour s'amuser, et de la seule façon dont les seigneurs des Cimes pouvaient s'amuser.

Aujourd'hui était le jour de l'anniversaire du riche et puissant duc de Champdor, Jehan Deschesnêts. La ville d'Escale était en fête. Les paysans étaient venus vêtus de leurs plus beaux habits. De larges commandes de nourritures avaient été passées, le vin coulait à flot, et la garde de la ville devait faire de nombreuses patrouilles pour s'assurer qu'il n'y ait point de débordements. Les rues étriquées grouillaient de monde, il y avait des fleurs aux fenêtres des maisons en bois et on déchargeait de nombreuses caisses de vivres sur les quais. Certaines des maisons nobles de Gallance étaient en effet arrivées par bateau.

Des invitations avaient été envoyées aux quatre coins de Gallance. Deux personnes avaient en outre refusé : Les princes Albran et Amelin. Les deux étaient en froid, surtout depuis le mariage d'Albran avec celle promise à son frère. L'affaire avait fait grand bruit, et les deux princes avaient fait le choix de rester chez eux plutôt que d'aller à Escale. Le Roi Lucien III non plus n'était pas venu, alors que Verastre n'était pas loin. Par manque de temps, peut-être ? Refuser l'invitation d'un duc si proche était assez mal convenue... A moins bien sûr que les rumeurs de sa soudaine faiblesse et maladie ne soient vraies. Si sa mort venait à arriver, bientôt, la Gallance serait dans une position délicate. Mais il ne fallait surtout pas en parler. Parler de la mort d'un Roi, c'était un sacrilège !

Les portes de la cité s'ouvraient en apercevant les bannières volant. Sans s'arrêter, les cavaliers de tête passaient au trop. Les chevaliers en armure scintillante tremblaient maintenant au pas rapide et gracieux de leurs palefrois qui hennissaient. Des badauds s'approchaient pour les observer. Certains applaudissaient, quelques petites filles jetaient des roses, et les hommes bourrés sortant de l'Eglise beuglaient et levaient leurs verres.

Le convoi n'y prêta pas attention. Sous la musique des trompettes, ils se dirigeaient, un chemin ouvert par la garde, jusqu'à arriver au centre de la cité où le festin allait avoir lieu. En traversant une herse, ils se positionnaient. Flavien descendit promptement de son cheval, de jeunes adolescents fonçant pour lui attraper les rênes de sa monture. Le jeune chevalier fit quelques pas, bien audibles de par ses bottes qui s'écrasaient sur les chemins de pierre. Il leva sa visière, dévoilant son crâne rasé et son œil borgne, couvert d'un cache-oeil. Il était tout sourire, et son sourire aux belles dents blanches semblait compenser son allure de pirate. Autour de lui se trouvaient d'autres nobles, et d'autres drapeaux déjà arrivés plus tôt. Les 4 bannerets continuaient leur chemin, et allaient planter leurs couleurs dans le sol pour signifier leur présence.

Trois voitures étaient arrivées avec le convoi. Ils étaient en fer et en bois, les deux ressources principales des Cimes. La première ouvrit sa porte, et sortit alors Mordred de Castellanne, en bel habit de soie, qui sauta dehors, avant de se retourner et de tendre sa main pour aider sa femme, Claire de Rosevallée. Sortirent alors leurs deux enfants, Chloé et Oldéric, les yeux brillant à la vue de toutes ces dames et de tous ces chevaliers.
Dans la deuxième voiture se trouvaient Maël d'Isiel et Léopold Rosevallée, les deux conseillers privilégiés de Mordred. Martial et Murielle Destouches, ainsi que la jeune Margaud de Castellanne, avaient également partagé ce véhicule.
Enfin, dans le troisième, au bout, se trouvaient Julie de Castellanne, Moïra de Garance descendante d'étrangers, les frères et sœurs Jeanne et Alexandre Boniface, et le gros bon vivant Basile.

Les combattants n'étaient pas venus en voiture. Ils étaient venus à cheval. Flavien les devançait, oui, mais sitôt qu'il avait fait pied à terre, il fut vite rejoint par quatre autres : Folker et Baptiste de Boniface, les cousins, mais également Gauthier et Garibald de Castellanne. Tous ces jeunes hommes, qui n'étaient pas encore dans les encombrantes armures de plates que leurs écuyers commençaient à préparer, se réunissaient, s'échangeant des poignées de main.

- Flavien ! Mon frère ! Pourquoi avoir tant galopé juste pour te retrouver en tête ? Demanda Gauthier en pouffant de rire.
- Contrairement à toi je n'ai jamais apprécié être dernier. Je pense qu'aujourd'hui encore je le prouverais, répondit le borgne.
- Calme, allons, mesdames. Gardez donc cette fougue pour quand vous grimperez sur vos destriers... Même si vous chuterez sitôt la charge lancée, se permit de dire Garibald.
- Hey, Folker, interpella Baptiste. Devrais-je encore une fois venir te voir pour la mêlée ?


Le tournoi de Jehan était divisé en 4 compétitions : Une joute, celle bien sûr la plus connue et la plus attendue. Mais il y avait également une mêlée, où les deux adversaires commençaient à pied pour se taper sur la gueule ; Une mêlée à trois, où six hommes en deux groupes cherchaient à faire tomber les autres ; et une compétition d'archerie, où les compétiteurs cherchaient à décocher des flèches, les distances augmentant de plus en plus.

- Folker ne peut pas être à la joute. Il n'a même pas de dame à honorer, taquina Garibald.
- Et toi qui espère-tu honorer ?!
- Nous verrons d'abord avec ta sœur, tu sais bien que je rêve de blondes, je ne puis m'empêcher de penser à elle lorsque je me touche !
- Tu aimes les blondes ?! Je pensais que ton genre de blondes serait plus Gauthier !


Flavien ne put s'empêcher de laisser un grand sourire, alors que Gauthier lui grinçait des dents.

Mordred, accompagné de ses deux « amis », s'était immédiatement dirigé vers la tribune où le duc de Champdor et sa nombreuse famille avait pris place. Dès qu'il aperçut Jehan, un léger sourire s'esquissa sur son visage, et il emboîta le pas sur ses accompagnateurs pour aller lui serrer la main.

- Sire Jehan ! Un plaisir de vous revoir !

Il se tourna et leva le bras vers les deux autres.

- Je ne pense pas que vous ayez eu le plaisir de rencontrer sire Léopold de Rosevallée, comte du Nord. Sire Léopold a le contrôle de Port-Nord, avec lequel Escale commerce. Un homme très efficace, vous devriez l'apprécier.
Et ceci est Maël d'Isiel, mon trésorier.


Son commentaire sur Maël avait été bien plus sec et froid. Il faut dire qu'il ne partageait pas la même relation qu'avec Léopold. Non pas qu'il soit ami avec le comte du Nord, mais il respectait son beau-frère, et même s'il l'écrasait avec ses demandes de contributions, il aimerait bien que sa relation s'améliorer.
Maël, en revanche, ne lui a jamais inspiré trop confiance. Il ne le détestait pas, loin de là, c'était un homme utile... Mais il lui faisait peur, avec son sourire et ses manières, trop bonnes pour être honnêtes.

- Enfin, sire, sachez, au nom des Cimes, que c'est pour nous un plaisir d'être ici, pour votre anniversaire. Veuillez excuser le Prince Albran de Karbau, qui n'est pas présent... Il avait une affaire à régler, très urgente, ainsi qu'avec mon frère Elric. Mais ses plus sincères sentiments sont avec vous.

Les familles des Cimes commençaient à arriver, et à s'agglutiner autour de la tribune, à commencer de faire connaissance avec les Deschenêts.

Moïra profita que Mordred s'était éloignée pour prendre Claire à son bras, la faisant sursauter.

- Oh, ma dame, mes excuses...


Mordred avait plusieurs fois répété à Claire de ne pas s'approcher d'elle, qu'elle était une catin qui avait manipulé son frère, mais elle n'avait ici pas le choix alors que sa main était immobilisée, et que les deux femmes marchaient près de l'endroit où le festin se tiendrait.

- Vous êtes très bien habillée, aujourd'hui, ravissante. Vous ferez des envieux... Vous êtes encore plus jeune que mon fils !

Chloé attrapa la robe de la quarantenaire.

- Tante Moïra, est-ce que les Mabdens font des tournois ?
- Non, très chère. Le combat n'est pas un jeu pour les miens.
- Maman, est-ce que je peux porter un casque ?
- Maman, est-ce que je peux aller jouer avec les chevaux ? Demanda Oldéric.
- Allons, allons, n'ennuyez pas votre mère, c'est malpoli. Votre père attend à ce que vous alliez vous présenter à la famille Deschêsnets, obéissez-lui, ou qu'est-ce qu'ils penseront de nous ?
- Oui tata.


Les deux enfants firent une courte révérence avant de s'éloigner en courrant ensemble, le grassouillet Oldéric ayant du mal à rattraper sa tigresse de sœur Chloé.

- Bon sang, les enfants sont tellement énervants... Je n'en ai eu qu'un seul, mais je peux vous dire qu'il m'a donné du fil à retordre !

Léopold et Maël, en tant qu'hommes de commerce, s'étaient éloignés pour aller discuter avec des gens qui pouvaient les intéresser : Ulrich, qui avait une place au conseil restreint, qui était également accompagné de son fils Guillaume, l'un des rares jeunes à ne pas être couvert d'armures, et Emelin de l'Espée, sa sœur, dont le mari, homme le plus riche de Gallance, était bien trop occupé par le travail pour se libérer.

- Aaah... Messires Ulrich... J'ai beaucoup entendu parler de vous...

La voix éthérée de Maël commença la discussion. Maël adorait Léopold. Mais en même temps, il adorait tout le monde. Rare étaient les personnes avec qui il ne s'entendait pas. Mais que voyait-il en le comte du Nord ? Un ami ? Un allié ? Ou une pièce sur un échiquier ?

- Vous n'avez dû jamais entendre parler de moi, fort désolé de vous importuner... Je suis Maël d'Isiel, trésorier du Bosquet.

Il laissa Léopold se présenter lui-même, et commencer la discussion. Léopold tenait Port-Nord. Sa famille n'était pas la tête, les bras ou l'épine dorsale des Cimes. Mais il en était le cœur, l'organe qui permettait de faire passer le sang et les biens. Se faire des relations saines avec les autres duchés était important pour le duché, mais aussi pour lui-même.

Pendant ce temps, un peu plus loin, les chevaliers des Cimes discutaient toujours ensemble. Ils rigolaient ou s'engueulaient. Ils n'étaient pas venus ici que pour se battre et pour espérer des récompenses, de l'or ou des objets de valeur, mais surtout pour se faire voir. Aucun n'était marié, et tous voulaient impressionner les dames pour espérer avoir une promise.
Ils pouvaient tranquillement discuter, quand soudain, d'autres chevaux arrivèrent en galopant. Le son de leurs sabots était violent et dur. Ils se retournèrent, et aperçurent, flottant, la bannière des Castellannes.

- C'est quoi ce bordel ?

Un cheval se braqua, levant ses pattes avant en l'air et hennissant violemment. Le cavalier sauta à terre, attrapant lui-même ses rênes sans se faire aider d'un quelconque écuyer. Lorsqu'il retira son casque, on le reconnut tout de suite. Son visage avait des traits marqués, ses joues étaient creuses, et il avait de nombreux poils de barbe. C'était un homme grand, et froid. C'était François de Castellanne.

Garibald croisa les bras, et haussa le ton alors que le baron s'approchait, tirant son destrier.

- Ah, François, mon frère. Auriez-vous donc décidé d'arrêter de faire la tête dans votre château ?
- Nul besoin de faire vos commentaires. Je ne suis pas ici pour m'amuser à m'écraser d'un cheval.
- Pourquoi ne nous ne sommes pas croisés sur la route ? Vous traîniez ?
- Je n'avais pas chaud au postérieur, au point de devoir accélérer.
- Votre présence n'était pas à l'ordre du jour.
- Peut-être parce que père ne jugeait pas cela utile. Maintenant faites place ou soyez écartés.


Sur ce ton froid, François traversa la cour, toujours en tirant son cheval. Il se dirigeait, avec sa monture, vers l'autre extrémité où tous les nobles se trouvaient, sous les yeux ébahis des gardes qui ne savaient s'il devaient arrêter le noble ou si c'était normal.

- Mais quel enculé, c'est pas possible ! Je déteste tellement cet homme ! Saviez-vous que c'est la première fois que je le vois depuis des mois ?! Et il ose me parler comme ça ?!
- Allons, ma dame, gardez cette fougue pour quand vous grimperez sur votre destrier.


Gauthier ricana.

François continua dans la cour, jusqu'à arriver droit vers Jehan qui parlait avec sire Mordred. Toujours il tenait son cheval dans les mains, ce qui eut pour effet de voir les autres nobles tourner la tête.
François ne s'arrêta pas. Il arriva juste devant le duc de Champdor. Il tendit son bras. Il mit les rênes de la monture dans les mains de l'homme, et, sans un sourire, avec un ton monotone, lui dit :

- Au nom des Cimes et du prince Albran de Karbau, veuillez accepter ce présent. Que Dieu vous garde et vous conserve le plus longtemps possible.


Le cheval, une belle bête blanche, hennit violemment, comme s'il était éclaté de rire.
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MessageSujet: Re: Éclats de rire et d'acier Dim 26 Juil - 15:40
De toutes les villes qu’il avait vues dans sa vie, Champdor était sans doute l’une des plus belles et l’une des plus riches en façade au moment d’un tournoi : les gens étaient bien habillés, les armures brillantes comme des miroirs, on lançait des roses au convoi qui passait. Que de cérémonie, que de luxe pour faire bonne figure devant les nobles du royaume qui s’étaient déplacés pour observer des gens se battre.
Dans toute cette agitation, Folker était arrivé avec son cousin Baptiste et les Castellannes Gauthier et Garibald. A vrai dire, même si ce n’était pas un grand bavard, écouter les trois hommes se disputer était assez réconfortant ; ils en étaient toujours à s’insulter en essayant de prouver qu’ils étaient les plus forts. De toute façon, la rhétorique ne servirait plus à rien en lice, quand il faudrait détruire son adversaire pour triompher. Flavien était devant et avait à peine mis le pied-à-terre qu’il avait déjà été rattrapé par le groupe, Gauthier en profita pour demander la raison d’un tel acharnement quand le résultat était si vain.
Le fils d’Yvain et Moïra saisit la perche tendue pour rabaisser son frère dans les règles de l’art, Garibald crut bon de rajouter quelque chose, mais aux yeux de Folker l’échange aurait dû s’achever avant.

- Hey, Folker, interpella Baptiste. Devrais-je encore une fois venir te voir pour la mêlée ?

L’homme haussa les épaules en guise de réponse ; il participerait à tout ce qui ne demandait pas de manier un arc. C’était un piètre archer qui se ridiculiserait plus qu’autre chose s’il se décidait à démontrer ses talents avec une arme à distance. Son cousin était sans doute plus habile que lui avec un arc, le second enfant de Basile était assoiffé de gloire. Toutefois, Folker comptait bien lui montrer que ce n’était pas parce qu’il était officier qu’il était un incapable.

- Folker ne peut pas être à la joute. Il n'a même pas de dame à honorer.

Le commandant des Rosevallée se décida à garder le silence, Garibald était une grande gueule et si l’homme devait lui clouer le bec, ce serait devant tous les gens venus assister au combat. Toutefois, Baptiste crut bon de questionner le Castellanne, puis de l’accuser d’homosexualité. A l’instar de Flavien, Folker ne cacha pas son franc sourire.
Dommage pour Gauthier qui en avait fait les frais.

-Je vois que tu as au moins autant de répartie que ton père, voilà qui est propre aux Bonifaces.

Insulter un clan, pourquoi le cousin de Baptiste n’était-il pas étonné par la bassesse de Garibald ?

-Le spectacle aura lieu plus tard, gardez votre énergie pour les affrontements. Garibald essaie de se rassurer Baptiste, lança Folker en feignant l’indifférence. Mais je suis sûr qu’il sera tellement ivre de peur au moment des joutes qu’il tombera de son cheval sans même que le vent n’ait eu besoin de souffler contre lui.
Il essaie juste de vous arracher une victoire pour se dire qu’au moins, il n’aura pas tout perdu.


D’un côté un gestionnaire, de l’autre des responsables qui dirigeaient des troupes et qui devaient savoir manier les armes. Garibald le bourgmestre avait dû soucis à se faire si les autres étaient à la hauteur de leurs titres.

-Ivre de peur ? Je désarçonnait des cavaliers avant même d'avoir baisé, Folker. Vous vous avez même pas passé ce cap !
-Vous avez déjà désarçonné un cavalier? Combien de flèches ornaient leur poitrine?
-Vous aimez bien parler de poitrines, hein ? Dommage que vous en ayez jamais touchées.
-Hélas vous avez raison, je n'ai jamais profité des femmes qui voulaient des privilèges en échange d'une nuit au lit.
-Parce que vous n'avez rien à leur offrir ?
-Parce que j’ai du travail.
-Oui, Garibald, cousin... Sire Folker a du travail, des gens à massacrer, il n'a point le temps de connaître les plaisirs de la chair.

Dommage pour Folker, il aurait sa revanche une autre fois. Il ne pouvait que s’avouer vaincu.


Léopold, Maël et Mordred en tête se dirigeaient vers la tribune où le duc de Champdor avait pris place avec sa famille, ce fût le Duc des Cimes qui parla le premier en lui serrant la main et présenta rapidement le comte et le trésorier du duché.
« Un homme très efficace, vous devriez l'apprécier. » qu’avait dit Mordred en présentant Léopold.
Mensonge, il était le plus présentable surtout ; qui aurait-il pu choisir d’autre ? Les Destouches n’étaient jamais satisfait de rien, les Boniface n’avaient guère d’intérêt à être présentés. C’était un peu étrange à dire, mais le comte avait l’impression d’être le seul vassal qui pouvait faire bonne figure quand on le présentait à un autre duc.
C’était sans doute mieux ainsi.
Bien sûr ensuite, Maël et Léopold s’étaient éloignés, ils étaient des commerçants avant d’être des politiciens, avec Port-Nord à faire prospérer, rencontré des gens riches et influents était bien plus utile pour eux que de s’attarder avec le duc.
Aussi, sur une proposition du trésorier, les deux hommes allèrent voir l’un des membres du conseil restreint, Ulrich, Maël fut celui qui se présenta le premier.

-Vous n'avez dû jamais entendre parler de moi, fort désolé de vous importuner... Je suis Maël d'Isiel, trésorier du Bosquet.
-Je suis Léopold Rosevallée, comte de Port-Nord et l’un des vassaux de la famille Castellanne. C’est un honneur messire.

Un membre du conseil restreint, ça ne se voyait pas tous les jours, s’il y avait une occasion de s’arranger quelques faveurs s’était bien celle-ci. Encore fallait-il savoir les amener correctement et surtout, ne pas demander trop ; se faire de bonnes relations prévalait sur d’éventuels avantages commerciaux possibles. De toute façon, vu l'ambiance entre les deux princes, ça ne valait pas le coup de s'arranger des promesses si un mois plus tard il y avait un coup d'état.


Claire observa son frère de loin en train de parler avec Ulrich, elle était heureuse de voir son frère faire son travail de comte. Mordred de son côté aussi faisait son devoir, elle était heureuse de voir que les hommes importants de sa vie fassent ce qui doit être fait.
Puis une personne dont son mari l’avait mise en garde fit son apparition, Moïra ; elle était venue et s’était installée à son bras par surprise, offrant un petit sursaut à Claire. De toute évidence, son interlocutrice semblait avoir envie de compagnie, ou de manipulation si les dires de son mari étaient vrais.
Dans tous les cas, elle n’avait aucun prétexte à se soustraire à la conversation, toutefois alors que la vieille était en train de la complimenter sur sa robe, Chloé et Olderic vinrent poser des questions à leur tante puis à leur mère. Claire n’eut même pas le temps de répondre que Moïra envoyait ailleurs les deux enfants.

- Bon sang, les enfants sont tellement énervants... Je n'en ai eu qu'un seul, mais je peux vous dire qu'il m'a donné du fil à retordre !
-Les efforts ont en valu la peine.

Flavien, futur duc si Olderic ne prenait pas le pouvoir. L’enfant d’Yvain aurait sans doute fait un bon dirigeant des Cimes.

-Oui, Flavien est un garçon si charmant, et si courageux... Mais des fois, j'ai l'impression qu'il est un peu trop... 'Entreprenant', vous voyez. Il ne connaît pas le danger. Il me fait penser à son père... Vos enfants vous font penser à leur père ?
-Olderic n'a guère le caractère de son père. Chloé, elle veut et ira sans doute loin dans sa vie. Chloé me fait penser à Mordred, Olderic, disons que la question est plus délicate.
-Oui, c'est une charmante fille cette Chloé..." Dit Moïra en remettant une mèche de cheveux de Claire derrière son oreille. "Mais vous ne craignez pas pour vos enfants ? Mordred est le genre de personne qui serait prêt à les éloigner de vous, pour ses projets.
-Mordred est pragmatique, je sais que parfois il faut faire un mal pour un bien. Je fais confiance à mon mari au sujet de nos enfants.
Moïra garde un sourire figé. -Oui, sans doute... Mais... Vous devriez faire attention, Claire. Vous êtes toujours une jeune fille... Mais aux yeux de votre frère et de votre mari, vous n'êtes qu'un bout de viande pour assurer leur alliance. Sachez juste que vous comptez pour certaines personnes. Moïra caressa le dos de la fille avant de s'éloigner. -Vous devriez retourner auprès de votre mari, il doit vouloir vous présenter aux dirigeants de Champdor. Partez donc, je vais surveiller vos enfants.

Claire hocha la tête avant d’aller rejoindre Mordred en réfléchissant aux paroles de la vieille femme ; paranoïa excessive ou tentative de manipulation ? Dans tous les cas, la femme du duc se jura de faire attention aux paroles de la veuve et surtout de ne pas agir de façon irréfléchie. Elle avait confiance en son frère et en son mari.


-C’est ici que nos chemins se séparent, sire. Annonça Gaël.

Il était maître espion, Firmin était chevalier, s’ils avaient fait le trajet ensemble et qu’ils étaient arrivés en retard à cause d’un pont quasiment impraticable, le rôle de chacun nécessitait d’emprunter des chemins différents.
Bah, c’était le travail et les deux étaient heureux de la voie qu’ils avaient choisi ; Gaël irait se fondre dans la foule, il deviendrait un noble lambda où un travailleur et irait se renseigner sur tout et rien.
Firmin s’éloigna pour aller rejoindre les autres concurrents, peut-être qu’il n’avait pas assez d’expérience, peut-être qu’il en avait assez, Gaël n’était pas un expert pour juger le potentiel guerrier des gens. Enfin, si Firmin avait survécu à Folker le religieux qui avait une case en moins, il survivrait à un coup de lance entre les côtes.
Non pas que le maître espion déteste le commandant, ils travaillaient même de concert parfois pour éliminer des gardes véreux, mais l’honneur du Boniface finirait par lui jouer un tour. Même s’il pouvait être plein de bonne volonté, la connerie frappait sans crier gare et en croyant bien faire, Folker serait bien capable de liguer le royaume entier contre les Cimes. Quand il gaffait, cela avait souvent de grosses répercutions.
Bon dieu, si Gaël craignait quelque chose de plausible, c’était une connerie du commandant.
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MessageSujet: Re: Éclats de rire et d'acier Jeu 30 Juil - 19:20
Champdor, pour l'anniversaire de son Duc, resplendissait. Quelle chance pour son image ! Si seulement tous les ans ressemblaient à ce jour, les récoltes et les finances ne s'en porteraient que mieux...

Le Duc Jehan Deschesnêt s'était levé avec cette pensée en tête, avant d'être embarqué dans une sorte de folie festive ; folie qu'il avait préparée depuis des mois. Les invitations avaient été envoyées, les chevaliers prévenus, les commandes prises, les armes nettoyées, les chevaux préparés, la ville décorée...

Heureusement, sa mère, Aliénor, l'aidait au moins à recevoir leur famille. Son frère Ulrich était déjà arrivé à Escale depuis trois jours, accompagné par trois de ses enfants. Emeline était venue seule, comme pour changer, et ses humeurs se ressentaient déjà partout dans la demeure. Son autre frère, Godefroi, s'était décidé à venir à la dernière minute ; il avait d'abord refusé, parce qu'il était en deuil, mais avait dû se raviser en espérant se changer les idées. Il arriverait aujourd'hui, avec sa fille, en même temps que les autres.

Les autres. Les Castellannes, les Anghians, les Rosevallées, les Lomprés, ses autres vassaux, les Destouches, les Bonifaces...

« Combien tout ceci va-t-il me coûter ? » avait-il de nombreuses fois répété dans sa chambre, en sachant pourtant qu'une fête était toujours utile au maitien des bonnes relations et à la bonne humeur de tous.

Un carrosse attendait Jehan depuis le petit matin, à la sortie du château. Vêtu d'une tunique légère d'un rouge festif – il faisait chaud -, il contrastait avec le blanc et doré de la voiture, couverte de fleurs et d'épis de blé. Il y monta avec ses enfants, alors que les autres membres de sa famille suivaient dans des carrosses plus petits et moins décorés, bien évidemment.

Avec ses enfants... Pas tous.

Il grogna. « Où est Sybille ? »

Sybille, irréprochable en public mais vraie plaie pour qui la connaissait bien.
Face à lui, son fils cadet, Blaise, le gros Blaise avec ses grands rêves de chevalerie, sursauta comme si le reproche lui était adressé, ce qui pour une fois n'était pas le cas.

Volvestre, son aîné, répondit qu'il l'ignorait en prenant une mine décomposée de circonstance. Quant à Joséphine, qui ne parlait que peu et rougissait pour un rien, ne changea pas d'habitude. Jehan soupira, sortit la tête du carrosse et appela une servante qui marchait non loin.

« Olà ! » Il attendit qu'elle se rapprochât. « L'un d'entre vous a-t-il vu Sybille, ce matin ? … Ou même, depuis hier ?
— Oui m'sire, même que c'est Marie qui l'a habillée ce matin... Mais après, on sait pas où c'est qu'elle est passée...
— Je vois. » Le Duc la congédia et héla le cocher. « Tant pis pour elle. Cocher, ne faisons pas attendre nos invités ! »

Le convoi traversa Escale, la splendide Escale, à vive allure. Les fleurs tombaient du ciel, la foule s'agitait joyeusement, les bannières de couleurs flottaient au vent. Et les pavés étaient durs et brisaient les reins des occupants du carrosse. Jehan faisait bonne figure en saluant le peuple, venu pour son anniversaire... et les mets, l'alcool et les bordels à volonté.

Le festin de bienvenue aurait lieu au centre de la ville, et c'est là que les Deschesnêts furent déposés. Les tribunes étaient déjà installées aussi, les couleurs des Deschesnêts et des autres maisons flottant sur les devants de bois.

Jehan sortit le premier, sur un coup de trompette, suivit par ses proches.

Les six cousins se retrouvèrent dans la tribune, grisés par l'ambiance.

Parmi eux, Guillaume semblait très excité. Il allait combattre, après tout, et comme son père Ulrich avant lui, il adorait ça. Mais pour l'instant, il fallait supporter les interminables salutations ; rasé de près, il était vêtu d'un simple pourpoint bleu qui lui donnait plus l'air d'un ourson que du combattant talentueux qu'il était – d'après sa grand-mère, il paraîtrait plus accessible aux gens ainsi. Pourtant, le jeune homme suivait toutes les valeurs de la chevalerie.

Volvestre, loin de son père, ne manqua pas de le tacler là-dessus. « Alors, cousin, prêt à assister les braves chevaliers ? Leurs boucliers ne seront pas trop lourds pour toi, j'espère.
— L'écuyer, c'est Barthélém... »
Le jeune frère de Guillaume avait disparu. Encore un ! Pourvu qu'il ne fasse pas comme Anne, à disparaître de la baronnie... « Et même si je n'étais qu'écuyer, je serais au moins en train d'apprendre à me battre. Qui va passer des jours dans les tribunes sans rien faire, à observer des hommes forts en armure conquérir le cœur des femmes ?
— Il y a d'autres moyens de séduire une femme, cousin... » Volvestre avait froncé les sourcils, mais donna un coup de coude à Guillaume.

Blaise s'éclipsait doucement lui aussi pour aller s'asseoir, tandis que Joséphine ne savait que faire à côté de son frère et son cousin. Elle avait viré au rouge.

« Oh oui, des chevaliers ! s'exclama soudain Héloïse. L'un d'eux me jetera une rose, et je l'accrocherai dans mes cheveux... J'espère qu'ils sont beaux sous leur heaume ! Je le mériterais plus que Sybille !
— Où est-elle, à ce propos?
— Avec un soupirant, peut-être. Quelle idiote et quelle honte, en ce jour !
— Allons, Volvestre, ne me dis pas que tu n'as jamais tout abandonné pour une jolie femme... Et puis, elle m'a semblé intéressée par la fête. Elle viendra, je pense.
— Reste à savoir quand... Ton père t'appelle. »


En effet, Ulrich faisait des signes à Guillaume, qui s'empressa de le rejoindre. Les autres s'assirent et reprirent leur discussion enflammée à propos de Sybille, bientôt interrompue par l'arrivée des Castellannes.


*


Mordred de Castellanne avait amené beaucoup de choses, et Jehan, par habitude, énuméra le tout silencieusement. Le convoi était immense, en comptant bien sûr les carrioles des vassaux du Duc des Cimes.

Il avait déjà salué Louis Lompré, le neveu de sa mère et dirigeant de la famille vassale, arrivé avec ses deux fils légitimes, dont un combattrait, Jehan ne savait plus lequel tant ils se ressemblaient. Et maintenant, il allait devoir continuer les mondanités.

Mordred, en effet, se dirigeait vers lui.

« Sire Jehan ! Un plaisir de vous revoir !
— Un plaisir partagé, Sire Mordred. Cela faisait trop longtemps ! »

C'était un semi-mensonge ; Mordred était un vrai saligaud, mais un allié de poids, et sûrement que ce dernier pensait la même chose de Jehan.

Le Duc des Cimes fit un signe vers ses accompagnateurs. « Je ne pense pas que vous ayez eu le plaisir de rencontrer sire Léopold de Rosevallée, comte du Nord. Sire Léopold a le contrôle de Port-Nord, avec lequel Escale commerce. Un homme très efficace, vous devriez l'apprécier. Et ceci est Maël d'Isiel, mon trésorier. 
— Ah, parfait ! Qui n'aime pas l'efficacité ? »
Surtout Jehan Deschesnêt, le magnat. Son intérêt venait de remonter. « Messire Léopold, c'est une joie de vous rencontrer, ainsi que vous, Maël. Je vous souhaite de profiter de la fête... Avant que nous ne reprenions les affaires, qui, je le sens, vont s'avérer intéressantes... »

Les deux hommes s'inclinèrent et partirent, laissant les Ducs entre eux.

« Enfin, sire, sachez, au nom des Cimes, que c'est pour nous un plaisir d'être ici, pour votre anniversaire. Veuillez excuser le Prince Albran de Karbau, qui n'est pas présent... Il avait une affaire à régler, très urgente, ainsi qu'avec mon frère Elric. Mais ses plus sincères sentiments sont avec vous. »

Jehan s'empourpra quelque peu, ou plutôt, il redevint comme d'habitude. « Je sais, Sire, que vous entretenez de bonnes relations avec le Prince Albran, mais il m'a lui-même envoyé une missive d'excuses... » Il toussa. « Excusez-moi. Je lui souhaite bien entendu de régler son affaire, ainsi que votre frère... Mais la préparation de tout ce faste m'a laissé les nerfs épuisés. »

Et en réalité, aussi, il était content que les princes n'aient pas pu venir, car il n'aurait pas supporté leurs querelles incessantes. Déjà que d'après Ulrich, qui siégeait au conseil, à la capitale, le roi lui même était...

Le Duc de Champdor leva la main et invita son homologue des Cimes à s'asseoir près de lui. « Mais je vous en prie, cher ami, prenez place... En attendant que votre famille et les autres n'arrivent et ne s'installent, si vous me disiez comment se portent votre Duché et les vôtres ? J'espère assez bien pour jouter ! Voulez-vous à boire ? »

Il était pris dans la spirale infernale de la discussion.

En retrait, Ulrich et Guillaume rêvaient du tournoi. Mais contrairement à son fils, Ulrich était empreint de nostalgie. Un peu plus jeune, il aurait pu y participer... Valide, il aurait pu y participer... Jehan, qui fêtait ses cinquante-trois ans, se mouvait mieux que son cadet. Ulrich, si athlétique dans le temps, était en train de serrer son bras droit pour qu'il se débloque, en serrant les dents.

« Guillaume ?
— Père ?
— Je miserai tout sur toi. »
Il l'avait entraîné, après tout ! « Tout ceci te plaît ? »
Le jeune homme sourit. « Vous n'imaginez pas à quel point. »

Ils s'arrêtèrent là, Ulrich ruminant de nouveau après une vague de fierté pour son aîné. Ce n'était peut-être pas le meilleur état dans lequelle Maël d'Isiel et Léopold Rosevallée pouvaient espérer le trouver.

« Aaah... Messire Ulrich... J'ai beaucoup entendu parler de vous...
Vous n'avez dû jamais entendre parler de moi, fort désolé de vous importuner... Je suis Maël d'Isiel, trésorier du Bosquet.

— Je suis Léopold Rosevallée, comte de Port-Nord et l’un des vassaux de la famille Castellanne. C’est un honneur messire. »

Ulrich se força à se concentrer. « Enchanté, messires. Puisque vous avez l'air de me connaître... Je vous présente Guillaume, mon fils aîné, héritier du Comté d'Ossany après moi. » Il tendit sa main calleuse d'ancien chevalier, qui se bloqua.

Dans une grimace, il changea de main, mais ne relança pas la conversation. C'est Guillaume qui le sauva.

« Amenez-vous des combattants, Sire Léopold ? J'aimerais savoir qui j'aurai l'honneur d'affronter. Quel dommage que les Pinces ne soient pas venus, j'aurais aimé les voir à l'oeuvre !
— Ni le Roi... »
, glissa Ulrich trop fort, songeant aux apparitions de plus en plus furtives, et pâles surtout, du souverain au conseil restreint.


*

Du beau monde arrivait encore, et la chaleur montait, heureusement accompagnée d'une légère brise. Puis soudain, de la poussière et un vacarme digne d'une armée en pleine charge emplirent les rues bondées d'Escale.

Une armée en pleine charge... Ce n'était pas complètement faux. François de Castellanne signait son arrivée.

Oh oh, songea Sybille Deschesnêt, perdue dans la foule.

Elle avait passé sa matinée à suivre Thomas, le conseiller de son père, qu'elle soupçonnait d'avoir un tout autre rôle. Mais il l'avait semée et avait disparu, ce qui d'une certaine façon renforçait ses doutes : pourquoi le conseiller disparaîtrait-il le jour de l'anniversaire du Duc ?

Mais dans une attitude frivole, Sybille était passée à autre chose ; rejoindre la fête. Elle avait atteint les tribunes et observait de loin son père, complètement abasourdi, les rênes d'un beau cheval blanc dans les mains. Elle ricana.

« Au nom des Cimes et du prince Albran de Karbau, veuillez accepter ce présent. Que Dieu vous garde et vous conserve le plus longtemps possible. »

Ah, Joséphine et moi avons dû lui réclamer des mois une monture et voici que lui en reçoit une directement dans les mains ! Au sens propre !

Elle sourit malicieusement en voyant son père aussi perdu dans ce qu'il devait dire ou faire, et remerciait intérieurement ce François d'avoir produit cet effet en se présentant ainsi.

Jehan, qui s'était repris, serra les rênes avec fermeté. « Merci. Que Dieu garde également les Cimes et le Prince. »

Vous n'en croyez pas un mot, et vous le savez.

« Vous...
— Quelle belle monture ! »
Sybille avait accouru et posa sa main sur l'encolure de l'animal. « Est-ce vous qui l'avez choisie, Sire François ? ... Oh, pardonnez-moi, je m'emporte! Je me présente: Sybille Deschesnêt... La fille aînée de notre bien-aimé Duc Jehan, que Dieu le garde!»

Elle non plus ne croyait pas à ce qu'elle disait. Elle le sentait, cette fête allait l'amuser beaucoup plus qu'elle ne l'avait pensé.

« Tiens, voilà la putain...
— Emeline ! »
Aliénor Lompré donna une taloche à sa fille, fût-elle l'épouse d'un homme qui avait le royaume entre ses mains.

La vieille femme s'apprêtait à corriger sa pourtant quadragénaire de fille, mais elle poussa une vive exclamation.

« Regarde, voilà ton frère !
— Il a quitté ses livres, c'est trop beau. »


Aliénor ne rappela pas à sa fille que l'amour de Godefroi était décédée l'hiver dernier et qu'il fallait l'excuser, parce qu'elle savait qu'elle n'écoutait pas.

Emeline de l'Espée soupira en voyant arriver un minuscule  et simple convoi, celui de Godefroi. Tout ce qu'elle voulait, c'était faire la fête, pas attendre. Et elle aurait aimé amener ses fils. Son frère ? Elle n'en pensait rien, ce qui était un signe positif. Enfin, ce n'était pas un mauvais bougre, elle croyait. Godefroi et elle avaient au bas mot dix-neuf ans d'écart ; elle ne l'avait jamais vraiment connu, du moins en tant que frère.

Le convoi passa inaperçu après le brouhaha crée par François de Castellanne, sauf pour les deux femmes.

« Père, je ne suis pas sûre de vouloir y aller... »
Godefroi descendit lui-même sa fille du carrosse. « Moi non plus, je t'avoue, Fleur. Mais c'est l'anniversaire de ton oncle. Et j'aime mon frère.
— Qu'est-ce que nous allons faire ?
— Parler. Boire. Manger. Rire. Parier. Médire. Se battre, surtout. Du moins... pour les adultes. »
Il empêcha sa fille de lui dire qu'elle préférerait rester avec eux. « Il me semble que Mordred de Castellanne a des enfants qui ont à peu près ton âge... Là-bas. Tu devrais aller les voir. »

Godefroi vit que Jehan et Ulrich étaient aux prises avec déjà pas mal de monde ; il vit aussi sa mère qui lui faisait de grands signes.

Il voulut prendre Fleur par la main, mais elle était partie se cacher derrière une table couverte de victuailles, pour observer Oldéric et Chloé de Castellanne. L'ancien héritier claqua la langue et partit vers sa mère. Les festivités n'avaient même pas commencé.

« J'attends tout le monde avant de donner le départ, annonça Jehan à Mordred en catimini pour éviter que sa fille n'en profite, n'avez-vous point eu de nouvelles des Anghians ? »

Accolé au derrière des tribunes, Barthélémy Deschesnêt se curait les dents et alternativement mastiquait dans le vide après avoir dérobé et dévoré des friands. Il n'en n'avait, pour le moment puisqu'il ne se passait rien, littéralement rien à foutre de la fête. Quoiqu'il observait, l'oeil aguicheur, les servantes qui passaient ça et là.
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MessageSujet: Re: Éclats de rire et d'acier Sam 1 Aoû - 0:40
- Je le jure devant Dieu, devant la mort et même devant tous les putains de Fléaux de merde et de sang que la nature peut nous projeter, je le jure, j'aurai ma vengeance !

Loin des tribunes et de la foule, dans une baraque en pierre près des écuries, les chevaliers se préparaient. Aidés de leurs écuyers, ils s'encastraient dans des cuirasses encombrantes et lourdes de plates. Non pas que ces armures étaient là pour les protéger, puisque leur écu était censé absorber tout le choc. Non, leurs armures étaient des objets de décoration, d’orfèvrerie, censés les rendre scintillants et impressionnants devant la foule...

- Du calme, sire... Vous ne devriez pas chercher à faire une action trop, ahem... Extrême. C'est après tout l'anniversaire d'un duc que nous fêtons ici, il y a un grand nombre de témoins, et vous ne voudriez pas être déshonoré...
- Ce chien m'a déjà déshonoré ! Mais oh, je vous le jure, je le JURE, et que les ténèbres me soient témoins, je le ferai souffrir ! Je veux qu'il crève, qu'il saigne à blanc comme un PORC !


Le cri terrible, comme un aboiement, fit sursauter un valet. Le chevalier cracha, et marcha vers un seau rempli d'eau, son armure tremblant avec chacun de ses pas. Il se passa de l'eau glacée sur le visage, avant de déglutir.
Une main froide vient se poser sur son épaule.

- Je n'ai pas de doute que cette... Vengeance... Sera votre en temps et en heure.

Un sourire carnassier vint se dessiner sur la face du noble. Et ainsi, le chevalier attrapa sa bannière, une vulgaire nuée de mouches dorées sur un fond bleu, et parti.




Léopold de Rosevallée n'était pas bien bavard. Maël l'avait lâché devant une personne qui siégeait au conseil royal, et voilà qu'il ne se jetait pas sur l'occasion pour parler. Enfin, c'était un homme discret et efficace, pas comme lui, ce moulin à paroles.

- Notre Roi, oui, long puisse-t-il vivre, dit-il sur un ton gai mais étrangement calme... Maël ne parlait pas, il susurrait, sa voix rauque formant des piques sur certaines syllabes. Maiiis, notre Roi, voilà 41 ans qu'il règne... Le dernier homme a avoir été sur le trône aussi longtemps fut Edmond de Trisaïeul le premier, qui fut sacré à l'âge de 14 ans...

Un sourire froid se leva, sur un seul côté de son visage. Il avait ce don de faire savoir des choses sans les prononcer à haute voix. Il n'a pas prononcé le mot « âgé, » « mort », « malade » ou « succession ». Mais il était maintenant clair dans l'esprit de tout le monde d'où il venait en venir.

- Il est dommage que les deux princes se haïssent avec tant d'ardeur. Surtout que l'objet de leur querelle n'est autre qu'une femme, et je ne pensais point qu'ils avaient les mêmes fantasmes... Exotiques... Si seulement j'aurai pu les inviter dans l'un de mes établissements, tous deux auraient été contentés, et le Royaume s'en porterait mieux. Il força un rictus, comme pour apaiser le propos qu'il venait de tenir. Le Prince Albran est un homme juste. Et fort. Et droit. Et qui a un fils, surtout. Avez-vous vu ce qu'il a fait avec les nabdens ? Il les a écrasés alors qu'ils étaient plus nombreux. Puis il a réussi à faire la paix avec eux, et a se faire respecter de ce peuple. Imaginez-vous un peu, un ennemi redoutable qui vous relève le lendemain... Pour moi, mais mon idée est peut-être biaisée, il ne fait aucun doute qu'Albran est bel et bien un Roi, qu'il a la stature d'un Roi, qu'il est un souverain fort et puissant, qui apporterait stabilité et ordre dans le Royaume, tout le Royaume.
La corruption doit en effet être un fléau terrible pour le conseil... Ne serait-il pas bien d'avoir un jeune homme pour batailler contre ?


Voilà une drôle d'idée pour un homme dont l'empire était basé sur la corruption.




Les yeux gris de Mordred étaient dirigés directement dans ceux de François. Le duc des Cimes ressemblait à l'une de ces antiques gargouilles dressées sur les cathédrales, comme s'il s'apprêtait à lui déchirer la gorge et à l'envoyer voler vers le ciel. François... Comment osait-il se donner en spectacle ? Pourquoi aujourd'hui ? Lui qui passait son temps dans son ridicule château de Castellanne, à se plaindre, à pleurer sur son sort, à ignorer le rester de la famille... Comment pouvait-il venir, aujourd'hui, à traîner le cadeau du duché ? Qui était l'enfoiré qui lui avait donné cette idée ?

Claire s'approchait discrètement, tellement discrètement qu'elle fit tressaillir Mordred lorsqu'elle arrivait. Où était-elle passée ? Il ne s'inquiétait pas trop de son état, il n'était pas un mari dominant qui surveillait tout ce qu'elle faisait... Du moment qu'elle restait éloignée de certaines personnes. La jeune femme s'assit calmement alors que François, planté juste devant la tribune, était à présent rejoins par une gracieuse demoiselle. Est-ce que le sale baron allait courtiser devant les deux ducs, comme s'il n'avait pas fait perdre assez de temps ?

- Un plaisir de vous rencontrer, ma dame, dit le baron de Castellanne, avec un ton froid et monotone, sans la moindre expression dans sa voix. Il parlait comme un mort, de façon froide et mal accentuée. La monture provient d'un élevage de ma propre baronnie. C'est un cheval montagnard, de trait, mais au caractère excellent. Le genre de bêtes qui pourrait charger une ligne de sabres sans se plaindre. C'est un étalon, vous pourrez l'utiliser pour des saillies.

Mordred posa une main sur son front. Voilà maintenant qu'il parlait de chevaux en train de baiser. C'était à se demander comment il pouvait tenir le duché avec des incapables pareils.

- Sire François, soyez un homme bon et accompagnez dame Sybille et le cheval aux écuries. Ainsi vous ne gênerez point les jouteurs.
- Si vous le souhaitez, mon lige.


Il fit un signe de tête vers le duc de Champdor, lui rattrapa les rênes des mains, sans même demander son autorisation, puis tourna les talons et s'éloigna. Enfin le cheval débarrassait le plancher, enfin tout allait pouvoir rentrer dans l'ordre.

François marchait donc aux côtés de Sybille, s'éloignant, vers les écuries où justement un cavalier déboulait en armure sur son grand destrier noir. La monture avait le croc qui lui rentrait dans la langue, tant il était tiré avec violence. Le cheval se braqua juste devant la zone de combat, faisant soulever la poussière.

Déjà les gens applaudissaient.

Les nobles s'approchaient des tribunes. Plutôt, ils s'agglutinaient comme une colonie de fourmis qui rentrait dans le terrier. Et pourtant, pas une trace des autres grandes familles.

Un valet s'approcha du premier rang de la tribune. Les gardes posèrent leurs mains sur leurs épées avant que le duc de Champdor ne fasse un signe pour lui permettre de s'approcher. Le jeune valet fit une révérence avant de parler :

- Sire, une lettre de la Bordure... Sire Grégor d'Anghian s'excuse mais une affaire pressante le retient... Il vous envoie néanmoins ses meilleurs sentiments et quelques caisses de son meilleur champagne.

Le valet s'éloigna, toujours en pleine courbette. Mordred, lui se dégagea la gorge.

- Les Anghians, maintenant ? J'ai vraiment l'impression que le Royaume est en train de s'écraser. Les Mincors-Serutas mettent du temps à répondre à leurs lettres, les Rosons s'excitent et n'arrêtent pas de faire des allers-retours à Verastre, et tout le nord sue des grosses gouttes. Depuis le jour où Albran a épousé cette femme... Bon sang, allons-nous vraiment goûter à la guerre civile à cause d'une bête histoire de jalousie ? Le Roi n'aurait pas dû envoyer ses enfants au loin, il aurait dû les garder et les élever soi-même. Dieu nous teste vraiment en ayant donné à notre Reine défunte, paix à son âme, des jumeaux...

Mordred ne laissa pas la possibilité au duc de Champdor de répondre. Il se cala dans son fauteuil et pointa sa main vers sa jeune femme de 25 ans, soit 31 ans de différence. Vu comment les gens se reproduisaient tôt, cela lui faisait l'âge d'être sa petite-fille. En comparaison, le premier fils de Mordred, Arnault, avait 37 ans.

- Je vous présente ma femme, Claire de Rosevallée. N'est-elle pas belle ? J'espère qu'aucun chevalier ne se fera des idées et tentera de lui offrir des fleurs !

Mordred ricana avant de poser une main ferme sur le genou de son épouse. Il la caressa légèrement, et franchement pas de manière romantique ou érotique. Plus de façon franche, comme celle d'un père avec sa fille.

- Mais où étais-tu donc passée ? Et d'ailleurs, où sont les enfants ?




Le gros Basile Boniface salivait devant le banquet, mais ce n'était pas pour tout de suite. Il avait déjà pris des apéritifs, il s'était jeté sur le serviteur qui portait un plateau d’amuse-gueules, comme s'il allait les lui arracher. Dans sa jeunesse, Basile défonçait des crânes d'autres hommes avec des marteaux, maintenant la seule chose qu'il détruisait c'était ses reins avec toute la liqueur qu'il prenait. Mais, d'un coup, le grassouillet rigola franchement en voyant une femme.

- Ciel ! Aliénor Lompré ! Emeline de l'Espée ! Comme je me fais une joie de vous voir, mesdames !

Il s'approcha en rigolant toujours aussi fort. Il salua également Emeline de l'Espée a ses côtés. En fait Basile ne les connaissait pas : Son fils avait chuchoté leurs noms dans son oreille et il avait chargé sur elles pour leur dire bonjour.

- Oh vous ne devez pas connaître un vieux tas comme moi. Je suis Basile de Boniface, comte de Ramure, et voilà mon fils, Alexandre.

Alexandre était un spectre. Ses joues étaient creuses, son visage pâle, et sa jambe boitait, si bien qu'il était lourdement soutenu par une canne.

- B-bon-jour
, dit-il en bégayant.
- Ah-ah ! Sacré Alexandre ! Ah, mesdames, je dois vous le dire : Quelle merveilleuse journée, quel merveilleux tournoi, quel merveilleux banquet...
Cela me rappelle quand j'étais jeune. Mon cheval avait des problèmes gastriques. Je suis sorti de l'écurie, mon armure était couverte de crasses ! Et vous savez quoi ? Je suis quand même allé offrir la rose à ma dame, et vous savez quoi ? Eh bah c'est devenue la mère de ce bon Alexandre !


Il aimait bien rappeler à tout le monde ses histoires. C'était un de ces hommes qui vivait dans le passé. Aussi l'une des raisons pour lesquelles Mordred ne l'aimait pas, et qu'il tâchait de le tenir éloigné... Sauf que maintenant il parlait à une Espée.
Une voix hautaine résonna derrière lui, comme celle d'un prêtre dans une église.

- Basile ? N'avez-vous pas honte d'ennuyer les dames avec vos bêtises ?
Pardonnez-moi. Je me présente : Aignan Destouches, comte des Fleurets, et voilà ma fille, Murielle.


Encore une fois, des sourires, des révérences... Les pauvres dames de Champdor se retrouvaient comme accaparées. Si bien qu'elles ne voyaient pas, sous la table adjacente, Fleur la bâtarde qui s'approchait timidement. Chloé était en train de frapper son frère avec un bâton en ricanant, alors que celui-ci se protégeait en soulevant un énorme bouclier bien trop grand pour sa taille. Un chevalier énervé s'approcha et le lui arracha des mains en beuglant une insulte alcoolisée. Chloé lui donna un coup de bâton dans la rotule.

- Présente tes excuses à mon frère, chien ! Ou je te pourfendrais !

Le chevalier, anormalement drogué, même pour un chevalier, hurla de rire alors qu'il poussa violemment la fille en lui donnant un coup de la paume vers son crâne. Chloé s'écrasa en arrière comme un sac de patates, et le « preux » chevalier grimpa sur sa monture plus loin, devant être aidé d'un écuyer, avant d'enfin s'approcher de la zone des combats.

Se relevant, Chloé aperçut une petite ombre sous la table. Elle lui sourit et s'approcha en courant, Oldéric suivant derrière. La petite sauvageonne avait beau avoir reçu un choc (Ce qui allait laisser un bleu et donc encore provoquer les réprimandes de son père), elle ne pouvait s'empêcher de sauter.

- Salut ! Tu es qui toi ?




Un énorme coup de trompette retentit, et enfin, le silence se fut dans les tribunes. Le chevalier noir, a l'armure noire, au cheval noir, et à la bannière de mouches d'or, s'impatientait. Il donnait des coups d'étriers dans les flancs de sa monture, qui soufflait de douleur. Son concurrent s'approchait, ayant du mal à tenir sur sa bête. Il était totalement alcoolisé. Lorsque celui-ci souleva son heaume, tous les nobles aperçurent un homme au visage rouge et violacé, le regard vide, les cernes marquées.

Les deux chevaliers étaient devant le duc, et courbèrent leurs têtes alors qu'un page hurla avec sa voix en train de muer.

- En l'honneur de l'anniversaire du très honorable duc Jehan Deschesnêts, duc de Champdor et comte d'Escale, et sous la protection du très saint Lucien de Karbau, Roi de Gallance, duc de Carmolite, de Vildoine et de Champolion, nous déclarons ouvert ce tournoi.
Devant Dieu et les hommes, viennent pour se battre, Sire Damien d'Oguelande, et Sire Adrien d'Annaz.


Les deux cavaliers se retournèrent, et allèrent devant leurs positions, chacun d'un côté de la barrière. Adrien d'Annaz eut du mal à comprendre de quel côté il était censé charger, alors qu'un écuyer accourut pour tenter de l'affubler d'un écu et d'une large lance.
Damien, lui, eut à peine le temps d'être prêt que déjà il était en position de combat, voûté sur son cheval.

Un autre coup de trompette. Les gens applaudissaient, heureux de voir des mecs se battre et s'éclater la gueule.

Adrien était totalement fixe, le dos droit. Il donna un coup d'étrier deux secondes après le départ. Damien lui était parti sitôt le son audible, un rugissement métallique derrière son casque. Le choc arriva au bout de quelques secondes seulement. La lance de Damien se brisa dans le torse du chevalier bourré, qui s'écrasa lourdement sur le sol, complètement désarçonné. Damien arriva au bout de la piste, sa lance brisée. Il leva son heaume tandis que des gens l'acclamaient. Mais lui pouffa de rire.

- J'ose espérer que vous avez prévu plus coriace !, lança-t-il comme un défi à Jehan.

Des hommes s'approchèrent pour traîner Adrien, saoul, fixe, en état de choc, hors de la piste.

- Devant Dieu et les hommes, viennent pour se battre, Folker de Boniface, et Léon de Granville !
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MessageSujet: Re: Éclats de rire et d'acier Lun 3 Aoû - 12:54
Maël se lança dans un long monologue insinuant la mort du roi, insinuant qu’Albran sur le trône serait une merveilleuse chose, que la corruption était un fléau contre lequel il fallait lutter et que le prince serait la meilleure solution au problème. Maël parlait beaucoup, peut-être même trop, Maël était intelligent mais parfois le silence où l’avarice de parole était préférable. Evidemment Léopold ne pouvait pas vraiment lui faire la leçon ; être si peu bavard en face d’un membre qui siégeait au conseil royal…

-La corruption est un fléau, mais contrairement à une maladie, on ne soigne pas une ville de la corruption de la même façon que l’on ne l’a fait avec une autre. Supprimer la corruption définitivement est un défi sur le long terme et que les descendants d’Albran devront continuer, chaque cas est unique.
Pour en revenir à votre question sire Guillaume, oui j’amène deux combattants : mon fils Firmin et sire Folker de Boniface. Des combattants honorables.


Que dire d’autre ? Folker savait se battre et peut-être même qu’il réduirait Guillaume en charpies si l’occasion se révélait, mais l’inverse pouvait tout aussi bien se produire ; ne connaissant pas les talents de bretteur du fils d’Ulrich, les choses pouvaient aussi bien tourner en la défaveur du commandant. Toutefois, le comte espérait bien voir la paire se hisser assez haut dans le tournoi ; s’ils étaient éliminés dès le début des confrontations il aurait l’air malin.



Claire avait rejoint son mari et avait été présenté à d’autres, la sœur du comte avait d’ailleurs toujours trouvé cela étrange ; la politique était faite d’audacieux qui se disputaient n’importe quel bout de pouvoir mais qui lors des festivités se faisaient de grand sourires. Sans doute que sauver les apparences face aux gueux était tout ce qui comptait en ces temps troubles. Puis Mordred posa la question qu’aurait préféré éviter Claire.

-Mais où étais-tu donc passée ? Et d'ailleurs, où sont les enfants ?

Claire devait bien s’attendre à ces deux fatidiques questions et faire en sorte de ne pas mettre Mordred en colère n’allait pas être de tout repos. Claire ne pouvant parler franchement à cause d’éventuelles oreilles indiscrètes et parce que le fait de mentionner le moment passé avec Moïra pouvait lui être très défavorable, la femme du Duc lui fit un sourire et sortit un mensonge.
Chose qui était facile ; quand on était la femme d’un politicien, mentir était presque inné à force de côtoyer d’autres menteurs et de voir des sourires de façade.

-En train de rencontrer des gens et de constater que mon frère est avec Sire Ulrich, les enfants s’amusent ne t’inquiètes pas pour eux. De ton côté tu as entendu quelque chose d’intéressant ?

Peut-être qu’il était en train de se rendre compte qu’elle mentait, Claire avait toujours ce tic, celui que son frère lui avait fait découvrir ; son pouce qui parcourait son index dans le plus grand silence, c’était inconscient et elle n’en s’en rendait jamais compte.
Tant que Mordred ne lui faisait pas une scène en public, cela irait, de toute façon elle n’avait pas de raisons de lui mentir et ils se faisaient confiance. De plus elle avait dit une partie de la vérité non ? Léopold était bien en train de s’entretenir avec un membre du conseil.



Folker prit une inspiration ; c’était à son tour de se prouver digne et de se montrer victorieux. Le commandant prit une inspiration et se mit en place en détaillant du regard son adversaire ; malgré la visière de son casque, voir quelque chose était relativement dur et la vision qu’il se faisait de ce Léon de Granville était un savant mélange d’entre ce qu’il avait entendu de lui et ce qu’il voyait.
Il était aussi grand que lui, bien que Folker n’était pas un géant il était un peu au-dessus de la moyenne, mais surtout ce Léon faisait le double de sa largeur, avec son armure il ressemblait à une brique peinte en gris. Le commandant se savait mince en comparaison de certains mastodontes, mais là Folker avait l’impression de jouter contre un loup-garou.

-Plus grand est le péril, plus la gloire dans le triomphe est grande. Se murmura-t-il à lui-même.

Tous les gens ici étaient venus assister à un spectacle, c’était un Boniface et il avait un devoir envers les Rosevallée à honorer, l’homme de guerre prit une inspiration et se prépara ; son adversaire était en place.
La trompette sonna, les deux cavaliers donnèrent un coup d’étrier à leur monture et se chargèrent, le commandant fût le plus précis et le plus rapide : sa lance se brisa contre le bouclier de Léon qui chuta lourdement sans même avoir eu l’occasion de toucher Folker qui l’avait envoyé dans le décor.
Celui-ci arrêta sa monture et enleva son casque avant de jeter un œil à son adversaire qui essayait déjà de se relever ; quelle résistance, heureusement que les mêlées n’étaient pas pour tout de suite, affronter le colosse à l’épée n’inspirait guère le commandant qui sourit en voyant la foule joyeuse.
Ce n’était que le début, le début d’une longue série de victoires.
Plusieurs hommes vinrent saisir par les bras Léon qui essayait de se remettre sur ses jambes alors que le crieur annonçait déjà la suite. Folker se retira en entendant l’annonce.

-Devant Dieu et les hommes, viennent pour se battre, Firmin de Rosevallée, et Jean de Rampenot !

Les deux hommes se mirent en position, le fils Rosevallée était déjà prêt et aux aguets ; lui prenait au sérieux ce tournoi. Bien sûr, Folker aussi voulait la victoire mais pas à n’importe quel prix ; si lui et Firmin se retrouvaient en face à face il n’y aurait pas de bonne façon de finir les choses. S’il se faisait avoir tout le monde hurlerait au léchage de bottes, s’il gagnait qui sait comment la nouvelle serait perçue par Léopold.
L’habituel coup de trompette annonça l’envoi de coups d’étrier pour faire courir les chevaux qui avancèrent en face à face, Jean de Rampenot finit dans le décor d’un coup de lance dans le ventre, lance qui se brisa sous la violence de l’impact alors que l’arme du vaincu n’eut même pas l’occasion de servir. Toutefois il sembla à Folker que c’était passé près pour les deux ; adversaire doué ou simple coup de chance pour Firmin ?
Seul l’avenir le leur dirait.
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MessageSujet: Re: Éclats de rire et d'acier Mar 11 Aoû - 22:11
Thomas était en retard au tournoi. Alors qu'il se frayait un chemin à coups de coude dans la tribune, il imaginait déjà la réaction du Duc Jehan. Il était son conseiller, après tout. Mais comment lui expliquer qu'il avait perdu une heure à tenter de semer sa fille à travers Escale ? Sybille était une vraie sangsue.

Comment lui expliquer aussi que quelque chose de dangereux planait sur ce jour, et qu'il n'avait aucune idée de ce que c'était ? Devait-il même lui en parler ?

De son côté, Jehan avait baisé la main de Claire de Rosevallée. Heureusement, François et Sybille avaient été conduis vers la sortie, au grand bnheur des deux Ducs, il semblait.

« Mes hommages, ma dame. » Il sentit plus qu'il n'entendit Thomas, son conseiller et également espion, arriver près de lui.

Le couple s'intéressait à ce que devenaient ses enfants, aussi Jehan ajouta-t-il : « Ils auront de quoi se distraire, en effet. Et voici Thomas, mon conseiller. Où étiez-vous ? »

Direct, comme toujours. Le conseiller découvrit sa tête, salua les Castellanne et s'éclaircit la voix.

« Une affaire m'a retenu en ville, mon Duc, pardonnez-moi. »

Pour l'instant, il ne dirait rien. Il se contenterait d'observer tous les combattants, tous les serviteurs, tout le monde qu'il pouvait voir. Et Eléanor, son apprentie, serait sa seconde paire d'yeux, prête à intervenir.

Il cligna des yeux en entendant Jehan répondre à la pique de Damien d'Oguelande. Le premier combat était déjà fini ?

« N'allez pas trop vite en besogne, mon ami, le meilleur reste à venir ! »

Quel sale cafard ! Quel blason ridicule! Jehan brûlait intérieurement. Pourvu qu'il perde vite !


*


Fleur ne bougeait pas, tétanisée. Déjà qu'elle parlait peu, réussir à ouvrir la bouche après avoir vu ce chevalier effrayant relevait de l'exploit. Cela n'avait pas l'air de déranger Chloé de Castellanne.

« Fl... Fleur Deschesnêt... Mon père, c'est... » Les lèvres blanches, elle pointa du doigt Godefroi, dans la tribune. « Ça... ça va ? Le chevalier... il ne t'a pas fait mal ? »

Elle se rendit compte qu'elle était toujours sous sa table, alors, en réfrénant une grimace gênée, elle se releva.

Sa petite robe azur lissée, elle tenta de sourire à Chloé et Oldéric. Essai vain, à cause de la voix qu'elle entendit juste à ce moment-là. Celle de Barthélémy.

« Salut les mioches ! Cousine... » Elle se retourna ; et son cousin était bien là, avec ses bottes crottées, sa face et son esprit ravagés. Fleur sentait ces choses-là. Inutile de dire qu'elle n'aimait pas Barthélémy.

C'était réciproque. Mais en ce jour, le second fils d'Ulrich avait envie de s'amuser, au dépend de sa cousine et des enfants Castellanne. Il avait observé le combat d'Oguelande avec un rictus sur le visage. Déjà, il avait donné de l'intérêt à la fête. Et puis, il aimait bien cet homme ; ceux qui se battent avec le plus de hargne et en redemandent sont les meilleurs. Il avait envie de le tuer, pour ça ; il l'aimait bien.

« Ça vous tenterait d'aller voir les combattants se préparer ? J'peux vous faire ça, je suis écuyer. » Barthélémy donna un coup de coude à Chloé de Catsellanne. « On va aller voir ce chevalier aux mouches...
— Euh... »
Fleur avait envie d'aller s'accrocher aux braies de son père, mais son cousin la paralysait tout autant que les chevaliers violents.


*


Godefroi avait à peine eu le temps de saluer sa mère et sa sœur que les Bonifaces s'étaient ramenés. Des grands bavards, les Bonifaces, du moins Basile ; aussi s'était-il mis en retrait. Ils furent bientôt rejoints par les Destouches. Le vieux Deschesnêt imaginait bien la réaction intérieure d'Emeline.

Intérieure... Pas pour longtemps. « Sire Basile, vos exploits de cœur et au lit devraient rester à leur place. » Cela restait tout de même plus divertissant que sa vie avec Virgile de l'Espée...
« Etes-vous jalouse, ma tante ? lança d'ailleurs de loin Héloïse, assez fort pour que tout Escale l'entende.
— Assez ! » Aliénor Lompré avait parlé. Tout le monde se taisait, point.

Aignan Destouches tempéra lui aussi la situation.

« Un plaisir de vous connaître, mes jeunes amis, reprit Aliénor. Comme vous pouvez le voir, le spectacle n'a pas lieu que sur la terre battue... Mais dites-moi, votre fille vient-elle se chercher un prétendant ? »

Et elle enchaîna en parlant de son empoté de petit-neveu, Charles, celui qui combattait, et de Guillaume, son petit-fils, le bon chevalier, en les présentant sous leur meilleur jour, sans même attendre une réponse d'Aignan ou de Murielle.

Emeline s'était assise et bouillonait ; Godefroi trouvait qu'elle ressemblait à Jehan, dans cet état. Il tourna la tête ; sa fille n'était plus là.


*


« Le roi... » Ulrich n'était présent que de corps ou presque. « Il restera à  sa place aussi longtemps qu'il le pourra, sire Maël... Mais sire Léopold a raison : faire disparaître la corruption est une tâche ardue... Je sais que mon frère soutien Albran, mais... Lui ou Amelin, les princes sont jeunes, vous l'avez dit vous-même... Au conseil, nous débattons assez comme cela, je me demande ce qu'il se passera lorsqu'un jeune fougueux viendra nous écouter... »

Après coup, il trouva que ses paroles avaient un sens.

Cela dit, les débats du conseil restreint pouvaient passer de la bonne tenue du royaume à la bonne tenue de la meilleure maison de passes de la capitale. A voir comment l'héritier apprécierait...

Car Lucien III allait mourir, il ne fallait pas s'en cacher.

Guillaume redressa les épaules et ignora cette partie de la conversation. Comme son père aurait aimé en faire autant ! « Ah, deux combattants ! Quelle impatience ! Je pense assez bien me débrouiller, si jamais je croise le fer avec sire Folker ou sire Firmin, j'espère bien le leur prouver, sauf votre respect ! A moins qu'ils ne tombent sur mon lointain cousin, Charles Lompré... Ah, que j'aimerais l'affronter, lui aussi !
— Guillaume... Ne t'excite pas comme une pucelle. »

Ils se turent. Folker et Firmin combattirent. Et gagnèrent.

« Incroyable. » Guillaume fut soudain sérieux, ayant pu juger ses adversaires. Surtout Folker. « Avec votre permission, je vais me retirer... Mon tour approche. »
- Bonne chance, fils."

Qu'est-ce qu'il aurait aimé être à sa place! Pourtant Ulrich resta là, à attendre les paroles de Maël et Léopold, le bras bloqué. On ne revient pas en arrière.


*


Le cheval conduit aux écuries, Sybille ne quittait pas des yeux François de Castellanne. Un homme froid, qui ne se préoccupait de l'avis des autres... et des autres en général. C'était un Castellanne, il avait du pouvoir... Avec cette mentalité, il pourrait aller loin...

« Gardez cela pour vous, sire François, mais voir Mordred et mon père réagir à votre entrée absolument fracassante était un vrai plaisir... »

Elle observa le cheval sous toutes les coutures. « Ah, je sais déjà que dans quelques années, je monterai l'un de ses descendants, comme vous l'avez si intelligemment proposé... Merci encore pour le cadeau. »

Il était censé être pour mon père, mais qui s'en soucie ?

« Dites-moi, sire..., hasarda-t-elle en lissant ses cheveux, quel est votre rôle exact dans votre famille ? Vous devez avoir beaucoup d'influence pour avoir apporté vous-même un cadeau du Prince Albran. »


*


« Devant Dieu et les Hommes, viennent pour se battre, Charles Lompré et Hugues de Paye ! »

Charles avait sa lance, son armure,son bouclier, il montait son destrier. Il était prêt. Peu importait que sa victoire ne soit pas aussi éclatante que celle d'Oguelande ou Folker, tant qu'il ne mangeait pas la terre et le crottin.

Les adversaires s'élancèrent après un salut au Duc Jehan. Dans le roulement de tonerre des sabots, Charles tendit sa lance presque au hasard... Elle se planta dans le torse de son ennemi, qui chuta. Voilà. Applaudissements. Une joute simple. Il repartit.

Dans la tente des combattants, marron, puant la sueur, il croisa Guillaume qui se changeait, entouré d'écuyers. Il ne remarqua pas, en revanche, trois petites ombres postées non loin de Barthélémy Deschesnêt. Il attendait et ne travaillait pas, comme à son habitude ; Charles ne prêta nulle attention à lui, parce qu'il savait que le jeune homme était impossible à raisonner.
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MessageSujet: Re: Éclats de rire et d'acier Jeu 13 Aoû - 12:20
Maël et Léopold étaient à présent seuls avec Ulrich. Le seigneur d'Isiel ne put s'empêcher de sourire, un sourire carnassier, caché derrière sa moustache, les lèvres recouvrant ses dents jaunes. Il lia ses mains, une posture habituelle de l'homme, et observa le Deschesnêts droit dans les yeux.

- Quel bon chevalier, ce Guillaume... Nul doute qu'il vous rendra fier... De lui. Et de vous. Les fils se battent toujours pour la reconnaissance de leur père.
Mais, dans le cas des princes de Karbau, où le père renie ses enfants équitablement... Alors... De qui le père est-il fier, ainsi ? Ses filles ? Se pourrait-il, que, dans un élan d'ultime haine et dans une bataille mourante pour repousser son propre sang, il ne décide d'en choisir un autre ?


Il n'attendit pas la réponse du duc. Il se retourna pour voir le chevalier noir, Damien, monter sur son destrier. Il avait la visière relevée, ce qui permettait d'observer ses traits.
On voyait qu'il y avait un problème avec cet homme. Il n'était bien grand, mais était très musclé, ses épaules larges et son corps prostré. Il avait les cheveux noirs et gras, le front coulant sous la sueur, sa mâchoire carrée remplie de poils fins, sa barbe n'était pas une longue barbe de guerrier, plutôt des petits points, comme ceux d'un homme qui ne s'entretenait point. Il avait les joues creuses, anormalement creuses, laissant apparaître les os de son visage. Sa bouche avait une large incision au niveau des lèvres, comme si on lui avait tranché la face. Et ses yeux... Les poètes disaient que les yeux étaient les reflets de l'âme. Dans ce cas-là il était compliqué de savoir s'il en avait une. Il avait des yeux bleus, mais pas de beaux yeux bleus innocents, ou bien perçants, comme ceux d'une jeune fille vierge ou d'un damoiseau entreprenant... Il avait des yeux qui n'avaient pas l'air de se fixer sur un point, il clignait beaucoup, comme s'il était dérangé, ou excité.

- Damien d'Oguelande, regardez-le !
« Oguelande » n'est pas un nom de maison, sachez-le. C'est un nom de Duché, le duché d'Oguelande. Il a été anobli là-bas et a décidé de styliser son nom ainsi. Un peu comme si vous vous appeliez « Ulrich de Champdor ». Rares sont les personnes à connaître Damien, a avoir déjà vu sa misérable bannière... Et pourtant, il vient d'une grande famille. Son père est un grand seigneur frison, et sa mère est une respectable dame valentine. Les mœurs du sud sont plus ouvertes que dans le nord... Mais un bâtard, c'est encombrant. Dès qu'il est sorti du vagin de sa mère, il a été jeté à la rue, dit-on.
Son oncle est plus connu... Puisqu'il fait partie de la garde royale. C'est lui qui a anobli Damien, après avoir appris qui il était. Dans tous les cas, cela m'étonne de le voir jouter. C'est un tueur, pas un chevalier. De folles rumeurs circulent sur lui, l'une d'elle serait qu'il trouve du plaisir sexuel à occire. Cela n'est que mon avis, mais... Vous devriez le faire surveiller. Et vous assurer qu'il ne gagne pas.


Damien avait devant lui Baptiste de Boniface. Le beau Baptiste était tout sourire alors qu'il saluait la foule, surtout les demoiselles. Il portait une superbe armure de plates avec une très belle lance, bien trop coûteuses pour le misérable comté qu'avaient en charge les Bonifaces ; C'était Yvain, le frère décédé de Mordred, qui avait payé l'équipement, en tant que présent, car Baptiste avait été son écuyer. Ce n'était donc pas seulement pour les Cimes ou sa famille qu'il combattait, mais pour l'honneur du plus grand des ducs. Resplendissant dans son armure scintillante, le jeune garçon ne put s'empêcher de faire un sourire et un léger signe de tête à Héloïse Deschesnêts...

Mordred l'observait, la mâchoire serrée, ses mains s'écrasant dans le dossier du fauteuil.

Il y eut le coup de trompette. Damien fit tomber sa visière, et donna un coup d'étrier si fort que le cheval, endolori, hurla à la mort... Mais la bête, trop terrifiée par son maître, ne put s'empêcher de charger.
Baptiste faisait de même. Au galop, les deux hommes s'élançaient dans le vent, le soleil à son zénith leur donnant une apparence mystique. Au milieu même, les lances s'écrasaient, dans un fracas énorme et terrible.

Damien fut expulsé en arrière. Baptiste, lui, s'accrocha aux rênes de son destrier dans un ultime réflexe, étranglant son cheval... Mais alors que les deux bêtes continuaient à courir, le constat fut clair : Baptiste était encore sur sa selle, alors que Damien, lui, roulait à terre.

La foule l'acclamait. Ils étaient contents de le voir triompher sur un bâtard violent. Mordred souriait. Baptiste, à bout de souffle, et terrifié, resta fixe quelques secondes, le temps de se rendre compte qu'il venait de gagner. Il se releva, et souleva la visière de son heaume. Il se mit à rire. Un rire nerveux, son cœur s'écrasant contre son torse.

Il fit un peu tourner son cheval, et commença à s'approcher des tribunes. Allait-il remettre une rose à sa dame ? Allait-il manifester son intérêt pour une femme ? Peut-être Héloïse, à laquelle il avait fait un grand sourire ?

- FILS DE PUUUUUUTE !

Le cri, un cri tellement fort, faisant écho dans le casque de son adversaire, perça les tympans du jeune homme. Damien se releva sur ses deux jambes. On entendit un crissement, alors qu'il sortit son épée du fourreau.

- VIENS ! TENTE DE M'ACHEVER SI T'AS DES COUILLES ! OU BIEN JE TE CHARTRE, ICI, DEVANT TOUTE TA FAMILLE DE DEGENERES !

Jusqu'ici, tous les participants désarçonnés avaient reconnus leur défaite. Ils étaient partis, souvent en souriant, en félicitant leur adversaire. Continuer le duel au sol était une pratique à l'époque extrêmement commune, mais aujourd'hui plus rare.

Mais ce n'était pas important pour Damien. Qu'est-ce qu'il en avait à faire d'être bien vu par ces messieurs ? Il s'approcha du cheval de son adversaire. Baptiste mit un moment avant de réagir, mais, pressé par l’instinct de survie, il se prépara effectivement à descendre, en retirant un pied de l'étrier.
On ne luit laissa même pas le temps de descendre. Damien se plia, et fit voler son épée dans un arc bas. Son acier trancha net le jarret du cheval blanc de Baptiste. La bête hurla : Un hurlement terrifiant, tandis que de sa jambe, un geyser de sang se déversa sur le sol. Baptiste s'écrasa avec, et, sitôt à terre, il roula, se leva, et sorti sa propre épée, ayant juste, à une demi-seconde près, le temps de lever son arme pour parer l'attaque du chevalier noir.
Tout ressemblait au duel des contes. Le bon contre le mauvais, le noir contre le blanc, l'immonde bâtard contre le noble et preux jeune soldat, se battant pour leur dame... Sauf qu'en réalité, Damien se battait pour la victoire, et Baptiste se battait pour survivre.

Reculant, le jeune Boniface se remit droit, sur ses deux jambes. Les deux se firent face, épées en main. Ils restèrent fixes un moment, se déplaçant très légèrement en cercle, comme deux cerfs qui cherchaient une faiblesse avant de se jeter l'un l'autre, les cornes s'entrechoquant. Baptiste, dans un élan d'adrénaline, chargea, son épée frôlant le plastron du bâtard. Celui-ci, soudain pris de peur, recula, et donna un coup en biais pour éloigner l'arme adverse. Les deux choquèrent leurs armes en l'air. Ils la coquèrent en bas. Les deux lames se bloquaient mutuellement, comme les langues d'amants lorsqu'ils s'embrassaient. On eut dit qu'ils valsaient, alors que leurs mouvements étaient parfaitement coordonnés.
Damien était plus fort. Baptiste était plus agile. Ce dernier rompu leur sulfureuse étreinte, prenant un pas de recul et pointa sa lame, pour se préparer à frapper d'estoc, ses deux mains tenant fermement la garde.
Son rival, lui, leva les deux mains en l'air.

- Va ! Allez ! Tue-moi !!

Baptiste donna un coup d'estoc... Mais il s'arrêta en plein milieu, alors que Damien l'éloigna d'un coup de taille dans l'air. Ils recommencèrent, une deuxième fois. Une troisième fois. Chaque fois, leurs deux épées ne firent que transpercer l'air, provoquant un soufflement. Ils étaient fixes, l'un l'autre.
Un quatrième coup, et cette-fois, Baptiste ne s'arrêta point. Mais sitôt sa lame se prépara à percer le plastron, Damien se tourna, et lui donna un coup de poing dans l'acier. Le gant métallique du chevalier noir se transperça, et du sang semblait couler d'entre ses doigts... Mais il put attraper l'épée, et la lever en l'air. Il lâcha subitement sa propre arme, et attrapa la lame de Baptiste des deux mains. Il la tint fermement, la souleva, du sang coulant en abondance. Et, alors que Baptiste ne pouvait plus bouger, il lui donna un coup de poing dans la nuque.

Le jeune Boniface s'écrasa à genou, foudroyé. Il ne voyait plus rien. Il était pâle, sous son casque. Damien eut un cri, qui fut mi-rage, mi-douleur, et même un peu de rire là-dedans... Il dégaina son poignard, attrapa le bout de son heaume pour l'obliger à soulever le crâne, et plaça la lame juste dans l'extrémité entre le cou et l'épaule, prêt à l'occire ici même.

- Arrêtez ! Je plie ! Je suis défait !

Instinctivement, Damien jeta sa dague au loin et lâcha le chevalier. Il ne releva pas son casque. Il n'osa pas lever les yeux pour observer les nobles. Il tourna les talons, ramassa son épée, attrapa les rênes de son cheval et parti.

Baptiste fut vite rejoint de quelques pages et écuyers. Son cheval, un sabot en moins, était toujours en train de se vider de son sang. Mordred tourna la tête vers le duc.

- Qu'est-ce que cet homme fait ici ? Ce chien doit payer.




François observa le cheval être placé aux écuries, quand la femme qui l'accompagnait fit une légère remarque, apparemment heureuse d'avoir vu l'embarras du duc de Champdor.

- Je n'ai fait que ce qu'on m'a demandé, dit-il simplement.

François avait délivré la bête. Il se préparait déjà à partir, sans dire un mot, quand Sybille l'arrêta, lui posant une question avec une voix accorte. La pauvre femme... Elle devait se sentir intéressée par lui, s'imaginant certainement avoir affaire à un grand seigneur en devenir.

- Je suis baron de Castellanne. On m'a confié un château vieux de plusieurs siècles, dont le rôle a toujours été de défendre notre Royaume de tout ce qui peut venir de l'est. L'avant-garde même du front des nabdens. Oui, mon rôle est important. Est-ce que j'ai de l'influence ? Pas la moindre. Je suis un embarras pour cette famille. C'est mon père, le cousin du duc des Cimes, qui m'a demandé de faire parvenir un cadeau, et encore, simplement pour me forcer à quitter mon château. Peut-être même étais-ce une sorte de test, comme si, à trente ans, j'avais encore le devoir de lui prouver quoi que ce soit.

Il grinça ses dents. C'était un tic très habituel chez lui, on disait même que la nuit, dans son château, on pouvait entendre ses dents s'entrechoquer dans les allées de la bâtisse.

- Et vous ?
demanda-t-il soudainement, presque pour simplement faire la conversation, chose assez inhabituelle. Vous entendez-vous mieux avec votre famille, pour aimer les voir dans l'embarras ?




Damien revenait, couvert de sang. Son sang. Il ne pouvait s'empêcher de saigner. Il titubait, de manière hasardeuse, alors qu'il retournait dans la zone où les combattants se préparaient.
Il retira sa ceinture, sur laquelle était attachée son fourreau, et le posa sur une table. Il retira son casque et le laissa s'écraser à terre. Il se posa le cul sur une chaise, posa ses mains ensanglantées sur son visage, et hurla. Il eut un hurlement tel que les autres combattants ne purent s'empêcher de tourner la tête. Il agissait comme s'il devait se vider de quelque chose, comme si, dans ses postillons, il recrachait quelque chose...

Chloé avait les yeux rivés sur cette bête humaine. Celui-ci se relevait, s'approcha d'une bassine d'eau réservée aux chevaux, poussant violemment les destriers réservés aux jouteurs. Il plongea la tête à l'intérieur, et se releva, soufflant. La petite de Mordred ne put s'empêcher de se retourner vers Barthélémy :

- Il dérange vos chevaux... Vous devriez aller lui dire deux mots, non ?
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MessageSujet: Re: Éclats de rire et d'acier Lun 17 Aoû - 14:30
Maël parlait, parlait et parlait encore, c’était une encyclopédie sur pattes et le petit exposé qu’il faisait sur le sire Damien d’Oguelande était fort intéressant mais aussi un peu inquiétant ; il était clair que le chevalier avait un problème d’esprit et ce que disait Maël ne rassurait guère Léopold.
Toutefois, le trésorier des Cimes avait suggéré de truquer le tournoi pour empêcher l’individu en question de gagner, il était vrai que cela pouvait être utile, Damien semblait être dangereux et l’arrêter pourrait bien avoir une certaine utilité, ne serait-ce que garantir la sécurité des participants.
Puis on annonça que Sire Damien d’Oguelande et Baptiste de Boniface allaient s’embrocher, chose intéressante quand l’on savait que Baptiste était un bon bretteur à l’instar de Folker. Toutefois affronter l’autre fou serait une tâche bien ardue si l’honneur était une vertu dont il n’avait pas été attribué, Léopold observa attentivement les deux combattants se charger mutuellement et eut un sourire en voyant le bâtard se prendre une lance dans le vendre avant d’avoir une grimace de douleur pour le cheval de Baptiste qui s’effondra une jambe en moins. Pauvre bête qui se vidait de son sang alors que le Boniface était déjà en train de lutter face à l’acharner en face de lui qui essayait de lui faire la peau.
Léopold échangea un regard avec Maël et reste bouche-bée devant la défaite de Baptiste qui avait dégusté : pas très honorable comme combat mais diablement divertissant dans un sens. Ça ferait au Boniface une anecdote à raconter, peu glorieuse certes mais au moins il garderait un souvenir de ce tournoi.

-J’étais quelque peu sceptique à propos de vos paroles, mais oui je pense qu’il serait mieux d’avoir un œil sur lui.

Gaël avait déjà dû reporter son attention sur lui, c’était un maître espion et il avait déjà travaillé sans personne pour lui donner des ordres, alors si ce n’était pas déjà fait, son regard était braqué sur Damien d’Oguelande.
Alors que le comte de Port-Nord continuait de s’entretenir avec Maël, Folker lui n’avait pu s’empêcher d’aller voir son cousin, simplement par solidarité et bienveillance. Baptiste avait reçu une correction qu’il n’avait pas mérité et le commandant comptait bien le venger si l’occasion le lui permettait.

-Tout va bien ? Tu t’en es sortis avec les honneurs et personne ne t’en voudra pour ce qui vient de se passer… Et ne t’inquiètes pas t’auras ta revanche sur cette pourriture.

Du côté de Claire, Mordred avait clairement annoncé ses intentions de vengeance et même si ça ne déplaisait pas à la Rosevallée, ce n’était pas forcément une excellente chose de savoir son mari en colère.
Claire garda le silence : c’était au duc de Champdor que la remarque était adressée, pas à elle et elle se voyait mal s’incruster dans la conversation. Que dire de toute façon ? Si ce n’était une classique expression d’approbation ? Les autres se chargeraient très bien d’abreuver d’injures ce chevalier sans honneur qui devait se battre pour le sang ou la victoire.

Gaël en tant que maître espion n’avait jamais vraiment apprécié le fait de filer des gens ; ce n'était plus sa tâche de puis longtemps et suivre quelqu’un était une tâche relativement ardue dans la mesure où se fondre dans une foule statique en étant en mouvement était peu aisé. Toutefois en bon espion il s’était trouvé un riche négociant qui parlait avec tous ceux avaient l’air assez malin pour flairer les bonnes affaires et c’était tant mieux : celui-ci était du genre a aimé parler en marchant ce qui aidait largement Gaël à garder un œil sur Damien qui était en train de se préparer pour la suite des évènements.
Même s’il n’avait pas reçu directement l’ordre de l’espionner, Gaël savait prendre l’initiative, surtout quand les choses pouvaient déraper.
Toutefois aller voir Léopold par la suite s’avérerait indispensable si le bâtard se mettait à agir trop étrangement, où trop dangereusement.
Maître-espion peut-être, mais pas maître conspirateur.
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MessageSujet: Re: Éclats de rire et d'acier Lun 24 Aoû - 14:31
« Damien d'Oguelande... », murmura Ulrich après le discours de Maël.

Cet homme parlait trop à son goût ; l'important était qu'il avait retenu l'idée principale : Damien était dangereux.

« Comme vous le dites, sire, je place toute confiance en mon fils, et je suis sûr que... »

Les cris de Damien coupèrent le Maître agraire. Il venait d'être défait par Baptiste de Boniface, et pourtant il allait continuer le combat au sol. Le combat... Une vraie boucherie. Ulrich savait à quoi s'en tenir dans un combat « sauvage », lors d'une bataille... Il savait aussi à quoi s'en tenir dans un combat de tournoi. Et Damien d'Oguelande avait somme toute inversé les deux. Alors, Ulrich alla même plus loin que le RoseVallée.

« Il doit partir. Ou même...
— Hiiiiiii ! Baptiiiiiiiiste ! »

Héloïse était devenue complètement hystérique. Le Boniface venait de se rendre. A dire vrai, malgré les œillades qu'il lui avait lancées, elle avait d'abord eu un faible pour Damien, si sombre... Mais maintenant qu'elle voyait Baptiste au sol, face à un adversaire si cruel, sa pensée avait changé.

Elle descendit des tribunes sous les critiques de ses frères et soeurs, de ses cousins et cousines, et les réprimandes de sa grand-mère, son père et son oncle ; elle accompagna les écuyers et les pages s'occuper du jeune homme.

*

Jehan, lui, était de marbre. Cet anniversaire, ce tournoi, étaient déjà bien trop complexes et chers pour juste fêter un jour supplémentaire dans son existence, un jour qu'il ne sentait pas différent. Dieu avait décidé de l'abandonner, en faisant faire une entrée remarquée à Sybille et en ajoutant ce fou de Damien, pour couronner le tout !

Le Duc se tourna vers son conseiller après avoir hoché la tête aux propos de Mordred. « Thomas. Faites-le dégager de ce tournoi. S'étriper, c'est l'apanage de la guerre. Je ne veux pas savoir qui parmi ceux qui ont fait les listes l'a invité, ni s'il était vraiment invité. Occupons-nous d'abord de faire revenir la situation à la normale.
— Bien, mon Duc. » Il se leva. « Si vous voulez bien m'excuser... »

Thomas s'était attendu une réaction pareille dès qu'il avait vu Damien se jeter sur Baptiste comme un enragé. Jehan ne faisait pas dans la demi-mesure.

Mais, faire partir Damien ne serait pas chose aisée, ne serait-ce que pour réorganiser le tournoi ; il faudrait aussi que tout le monde l'accepte ; et même si c'était le cas, il semblait que le chevalier ne partirait pas sans opposer de résistance.

L'espion savait bien que quelque chose n'allait pas. Quel erreur de l'avoir découvert à un si mauvais moment ! Il se dirigea vers l'arrière des tribunes et souffla trois fois dans un petit sifflet. Une jeune fille apparut, et rien que par gestes, il lui ordonna de se charger de Damien d'Oguelande. De son côté, Thomas allait devoir se trouver des soutiens chez les gardes, ou ailleurs...

Jehan grogna et dit à Mordred : « Donner l'odre, cela fait du bien. Je n'aimais pas cet homme. Je suis curieux... Qu'auriez-vous fait en pareille situation ? »

*

Loin de tout le tumulte, Sybille faisait onduler ses doigts fins et gantés de blanc. « Je constate que vous n'avez guère de chance, mon cher François. »

Vous êtes faible et gênant, mais utile malgré tout pour les vôtres.

Elle sourit à la question du baron. « Je suis fille aînée de Duc. Cette phrase parle généralement d'elle-même. » Son sourire s'élargit. « M'écoutez-vous bien, François ? J'aime être honnête avec mes amis, mais les occasions se font rares... Comment dire ? J'ai certains rôles à remplir, et je m'y attelle... Enfin. Mais derrière... Résumons cela : on n'attendait rien de vous, on attendait tout de moi. Un mariage, par exemple... A vingt-quatre ans, je vis toujours ma vie seule. Imaginez, ma grand-mère s'est mariée avec dix ans de moins d'existence !

 »Même si ma famille est... lourde, je pense pouvoir faire ma propre destinée, et vous la vôtre ; moi, je dois me libérer, et vous vous affirmer. Nous avons chacun une grande force, à ce qu'il me semble... Je ne puis que vous souhaiter bonne chance. »


C'était presque sincère. Que pouvait devenir François de Castellanne, au vu du peu qu'elle avait vu de son caractère, une fois lâché dans la nature ?

Alors que Sybille allait lui proposer, à son grand malheur, de retourner assister au spectacle, de grands bruits retentirent.

« Que se passe-t-il encore ? »

*

Il avait suffi que la petite Chloé dise à Barthélémy que Damien dérangeait les chevaux pour que l'écuyer n'aille le voir. Il pouvait s'en charger, après tout, il pissait le sang.

Le jeune homme alla près de l'abreuvoir, et posa sa main sur l'épaule du chevalier.

Un coup de poing de fer partit.

« Arrêtez ! »

C'était Guillaume, fin prêt au combat, qui avait crié. Sa cousine Fleur, cachée dans son dos, était venue le prévenir. Lui et d'autres combattants étaient en train d'essayer de séparer Barthélémy et Damien. Le premier n'avait pas fière allure, et ne se serait sûrement pas relevé depuis longtemps si son frère n'était pas arrivé. Ah, l'orgueil.

« Arrêtez ! répéta Guillaume en s'agrippant à son frère. C'est assez.
— Oui, en effet, sire, c'est assez. »

Une voix féminine, bientôt suivie par le sifflement d'une corde. Sans grâce, le chanvre tourna autour de Damien, et ce dernier manqua une dizaine de fois de s'échapper. Mais à force de serrer, il se retrouva piégé.

La jeune femme, habillée de noir, le visage couvert de noir, se rapprocha du chevalier pour l'immobiliser complètement, et partit en faisant un grand signe de la main à tous les combattants et écuyers.

« Messires... »

Barthélémy rageait. Fleur respirait.

*

« Il reviendra. »

La jeune femme avait prononcé cette phrase une fois Damien mis hors d'Escale. Elle observait la route depuis la grand-porte.

« Il reviendra. »

Son maître, Thomas, avait prononcé la même phrase à voix basse, après avoir reçu l'information. Damien reviendrait peut-être même dans un pire état...

« Que pensez-vous de ce d'Oguelande, sires ? » Il avait trouvé un marchand bavard et un homme curieux, sire Gaël. « … Je vais prévenir les gardes d'être vigilants. »

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MessageSujet: Re: Éclats de rire et d'acier Lun 24 Aoû - 23:09

- LÂCHEZ-MOI ! JE SUIS UN SEIGNEUR ! VOUS M'ENTENDEZ ?! JE SUIS HERITIER AU DUCHE DE VALENTE !

La voix rauque de sire d'Oguelande avait un aspect étrange. Étranglée, sanglotante, il semblait presque être un enfant apeuré. Sa face était blême, rouge de sang et de haine, et blanche d'anxiété. Pas moins d'une demi-douzaine de gardes l'attrapaient. Ils le désarmaient, prenant son épée et sa dague, sans qu'il ne puisse réagir. Au départ, certes, il avait donné des coups de poings, dans tous les sens, cassant des nez et faisant couler un peu de sang...
Mais très vite, il ne put rien faire que de se donner en spectacle. Les chevaliers et les écuyers riaient à gorge déployées devant ses vains efforts. Il était ficelé comme un saucisson, et traîné dans la terre. Les gardes, s'approchant, lui défaisaient ses lourdes pièces d'armures ouvragées, sûrement pour les revendre ou en faire un souvenir. Et Damien, tiré en arrière, étranglé, molesté par des coups de gourdins dans les côtes, ne pouvait rien faire d'autre que de subir. À l'abri du regard indiscrets des nobles (Car, malgré tout son manque d'honneur, le chevalier avait toujours été un homme adoubé), un des gardes de la cité d'Escale l'accrocha à son cheval, et le traîna ainsi manu-militari hors des portes de la ville. Mangeant la boue et la poussière, il fut amené bien plus loin, dans la forêt, et laissé sur place, le cavalier chargeant au galop loin de Damien.

Le chevalier hurlait et pleurait. C'était comme si, d'un coup, tout ce qu'il avait sur le cœur fuyait. Ensanglanté, couvert de bleus et de coupures, il était maintenant sans rien, au milieu de nulle part. Il arracha la terre avec ses doigts et se leva en titubant, hagard et sonné.
Mais rien ne l'empêcherait de réussir. Il n'était pas venu ici pour rien.




La joute s'était brusquement arrêtée avec le spectacle qu'avait donné Damien. De toute façon, on avait assez paradé, et maintenant, cette épreuve devait être ajournée.
Cela ne voulait pas dire que le tournoi était fini : S'ouvrit la compétition d'archerie, où Louis « Trois-doigts » essayait de planter ses flèches à 100 mètres, ou bien la mêlée, où cette fois, les hommes comme Damien étaient parfaitement dans leur élément, taillant et tabassant tous ceux qui restaient dans leur chemin. Mais la mêlée attirait beaucoup moins de monde... Enfin, non, elle attirait beaucoup plus de monde, mais c'était moins prestigieux. Il n'y avait pas de dames pour qui se battre, juste des parieurs et des hommes qui prenaient de l'alcool.

- Qu'auriez-vous fait en pareille situation ? 

Mordred, rassuré de savoir Damien disparu, souffla.

- Je ne le sais point, messires. Vous savez... Je n'ai jamais été destiné à ma charge de duc... Tout ce que je possède, c'était destiné à mon frère...
Mh... Si mon frère avait été en pareille situation, je sais ce qu'il aurait fait. Il aurait bondi de son siège, épée à la main. Il aurait défié le malotru en duel, et l'aurait humilié devant tout le monde. Puis, une fois qu'il fut mis à terre, et qu'il eut appris la discipline, il l'aurait proposé de faire de lui son écuyer, ou un de ses chevaliers, pour qu'il puisse lui apprendre ce qu'est le respect.
Yvain était toujours comme ça. Il y a des hommes qui commandent le respect, mais lui, c'était une qualité naturelle. Même ses pires ennemis et ses plus féroces rivaux acceptaient de l'entendre. Même Damien d'Oguelande se serait excusé devant lui.
Il ne méritait pas de mourir malade dans son lit... C'est à la guerre qu'il aurait dû mourir...


Mordred frappa le dossier de sa chaise, avant d'afficher à nouveau un sourire.

- Mais enfin. Je ne devrais pas vous parler de ça. Aujourd'hui, c'est votre fête, et c'est nous que nous devons fêter, malgré l'intervention de quelques troubles-fêtes ! Que ce soit Damien, ou mon cousin François !

Mordred attrapa subitement la main de sa femme, Claire, et l'embrassa tendrement. Il se sentait beaucoup plus détendu à présent, et cela pouvait presque se sentir.




Baptiste était transporté par Folker. La force de Folker était telle qu'il était capable de soulever le jeune chevalier, et son armure, comme s'il ne s'agissait que d'un sac de plumes. Il ne fallait tout de même rien n'exagérer, et au bout d'une dizaine de pas, le grand Folker fut forcé de le déposer sur une table, où ses écuyers commençaient à le débarrasser de ses côtes et ses plates.
En réalité, ce fut bien plus de peur que de mal. Bien qu'il fut groggy par le coup de poing, et qu'il avait été bien bonnement humilié, il était encore en pleine forme. Le jeune blond sourit à son cousin.

- Merci, Folker... C'est toi qui aurais dû l'affronter. Il ne serait même plus un problème à présent.
Bon sang... J'arrive pas à y croire, que j'ai été jeté dès mon premier combat... Je ne vais même pas pouvoir mettre la pâtée à ce fieffé vilain de Garibald.

- Moi et Folker s'occuperont de lui demain, très cher !


Flavien était sorti, on ne sait d'où. C'était à se demander où il avait passé la dernière heure. Il n'était même pas en armure...
Il donna une poignée de main au grand Folker.

- Où est-il, d'ailleurs ?
- Sûrement à courtiser les femmes. C'est la seule chose qu'il sait faire, courir. Les jupons et les lièvres !
- C'est un bon jouteur.
- Et moi je suis meilleur que lui.


Alors qu'ils étaient ensemble, dans une tente à l'écart, une femme s'approcha. L'homme d'armes à l'entrée leva la paume de la main.

- Héla ! Eh ! Céti d'où qu'vous allez ?

Flavien posa une main sur l'épaule du garde.

- Laissez-la donc entrer, allons...
Folker, venez donc avec moi. Nous allons célébrer votre victoire sur Léon de Granville.
Dame Héloïse.


Ils la laissèrent entrer, et le garde baissa la bâche, presque pour la cacher de sa famille qui devait la chercher. Basile, torse-nu, un bandage sur le haut du crâne, souriait bêtement en la voyant.

- Ma dame... Vous m'honorez par votre présence... Je ne pensais pas que vous voudriez venir voir les perdants.




François assistait, aux côtés de Sybille, à l'humiliation de Damien d'Oguelande. Le grand chevalier, roué de coups, mis à terre, emprisonné de liens, se retrouvait à ne pouvoir que cracher et hurler. Ce spectacle devait faire sourire la jeune femme, mais François, lui, tirait la tronche. Il souleva sa lère supérieure, montrant ainsi ses dents, comme s'il était enragé par ce qu'il voyait.

- Je suppose que cet homme a dû ennuyer votre père... Et voilà que, au lieu de lui laisser une chance de se défendre, ils le battent à 6 contre 1 puis le traînent hors de là.
Bande de couards.


Mais malgré tout, il n'appartenait pas à François de rendre la justice. Ce n'était point ses terres, ce n'était point son rôle de réagir. Et pour cela, il décida de tout simplement tourner le regard.

- Vous êtes une femme intelligente, ma dame. Je n'ai nul doute que vous arriverez à accomplir ce que vous souhaitez, même si cela implique aller à l'encontre des vôtres... Mais je ne pense pas que vous sachiez grande chose sur moi. Je n'ai aucun plaisir à être ici, mais je suis là, car j'obéis. Je n'aspire à rien d'autre dans la vie que d'accomplir mon devoir.
Et si ma destinée est de mourir bêtement alors que je suis seul dans un château abandonné... Ainsi soit-il.
Je dois me retirer. Nous nous reverrons.





Chloé avait assisté au spectacle, et ne semblait pas contente. Elle se tourna vers Fleur, et haussa la voix.

- Pourquoi es-tu allé le chercher, lui ?! Maintenant regarde ça, ils expulsent ce maudit chevalier sans même un ennui.

Le petit Oldéric était monté sur une botte de foin pour observer, à l'abri d'une planche de bois, le gros chevalier hurler et être molesté.

- La vache ! Pauvre homme !
- « La vache » ? C'est ça la seule insulte que tu as ? Allons, je vais te détruire !


Elle tira violemment le pied de son frère et le fit tomber de sa botte, le laissant s'écraser tête la première sur le sol.

- Je suis dame Chloé de Castellanne, duchesse des Cimes et comtesse du Bosquet !
- Tu ne seras jamais duchesse ! Les femmes n'héritent pas de titres !
- Si elles héritent !
- Non c'est faux !
- Même que je serai une chevalière ! Comme Prospérine, cheffe de la garde !
- Non c'est faux !
- Si c'est vrai !
- Tu épouseras un monsieur et tu seras une épouse, jamais tu n'auras une épée !
- Hein, Fleur, dis-lui ! Dis-lui que les femmes elles peuvent être chevalières et porter une épée !
Toi aussi tu montes à cheval ? Moi mon papa se met en colère quand je lui dis que je monte à cheval, mais je m'en fiche, déjà, hein, d'abord, parce que je fais ce que je veux ! J'ai pas envie d'épouser les messieurs, je suis pas une guiche !





Les rues d'Escale étaient en fête. Des jongleurs amusaient, des petits théâtres de rues étaient improvisés, alors que les gens chantaient et braillaient en buvant.
Flavien était accompagné de Folker alors qu'ils marchaient tranquillement dans les petites rues. Qu'est-ce que ça changeait du Bosquet... Au Bosquet, tout puait la merde et le cadavre en putréfaction, on voyait des ivrognes qui jonchaient les rues, et si on ne portait pas une épée, on risquait d'avoir un couteau sous la gorge au moindre coin de rue.
En fait, Escale était une ville, et comme toutes les villes, surtout portuaire, il y avait bien sûr des dangers et des coins moins recommandables... Mais pour l'anniversaire du duc, la garde faisait preuve d'un zèle exemplaire

- C'est Maël qui m'a recommandé l'endroit... Ce mec est incroyable... Il connaît tous les coins à minettes du monde entier...
Ça doit être comme ça qu'il a des informations... Surtout, fait attention à ta langue. C'est le genre de trucs qui peuvent t'attirer des emmerdes.


Au détour d'une petite rue, il aperçut deux grands hommes, très musclés, bras croisés devant une porte. C'était l'endroit. Il s'approcha, sourit, et retira sa ceinture sur laquelle se trouvait son épée et son fourreau pour la poser sous la garde des deux hommes, avant d'entrer, suivi du jeune chevalier de Léopold de Rosevallée.

C'était un bordel, comme il y en avait plein. Mais ce n'était pas un vulgaire chenil où les gens venaient se vider les bourses et chopper des maladies... C'était un établissement de luxe. Bâti près de la côte, il avait une vue plongeante sur la mer azur. Elle était bâtie plein sud, et avait d'énormes vitres cristallines, ce qui laissant scintiller la lumière. Ça sentait bon les parfums féminins, il y avait de la soie très chère et des draps, des corbeilles de fruits venues des champs les plus fertiles du duché, et puis, surtout, il y avait des femmes...

- Ah, mes'siers, oh, bien'v'nue là...

La tenancière s'approchait d'eux. C'était une très petite femme, grasse, avec des cheveux courts et du mauvais maquillage. Tyrannique avec ses travailleuses, elle savait se montrer charmante et joyeuse avec ses clients.

- Oyez, la gueuse. Je suis venu offrir vos meilleurs services à mon ami ici.

Un large sourire affiché sur son visage, il sortit de sa bourse quatre petites pièces d'argent, des sous. Un paysan ou un petit artisan gagnait moins que cela par jour, montrant bien à quel point les services de cette maison étaient peu accessibles...
La tenancière arracha soudainement les pièces et s'écarta avec, comme un petit marsouin qui dérobait les grains. Elle mordit dans l'une dedans, comme pour s'assurer qu'ils étaient vrais. Même les nobles étaient parfois des tricheurs.

- Mais qu'ouiiiii ! Bien entendu, va ! Allez, mes mignons, qu'vous êtes ici chez vous, une fois !

La pièce principale était remplie de femmes, de 13 à 25 ans. Elles avaient de charmants sourires, et prenaient des positions suggestives sur les meubles, comme si elles étaient des sculptures valentines, ne portant sur elles que de fins vêtements dont la fabrique transparente laissait imaginer la peau. Et puis, il y avait des liqueurs, toute une sorte de poisons, que ce soit des champagnes de la Bordure ou de la bière dure d'Oguelande. Toute la pièce semblait être un anachronisme, et semblait sortir des récits exotiques du Caldéra ou de l'Occident, bien loin de la société traditionnelle galançaise.

Flavien posa une main sur l'épaule de Folker, et le guida pour qu'il aille s'asseoir sur un divan, avant de faire un clin d'oeil à des femmes pour s'occuper de lui.

- Allez, mon brave, essaye de te détendre...

Le jeune fils d'Yvain parcourait la pièce. Il cherchait, comme un loup au milieu d'une bergerie, en train de se lécher les babines. Mais ce qui l'intéressait, c'était aussi la clientèle. Avec le tournoi annulé, nul doute que pas mal de chevaliers connaissant l'adresse allaient s'y rendre.

Deux femmes s'approchèrent de Folker. L'une d'elle, assez âgée, était une très grande demoiselle, presque aussi grande que le brave combattant lui-même, mais beaucoup plus fine ; elle avait la peau noire venue du sud, de longs cheveux, un léger sourire de ses grosses lèvres, et un énorme croupion. Elle s'assit en rigolant sur les genoux de l'homme. La deuxième, elle, semblait plutôt être une gamine, très petite, à la poitrine peu développée et au sourire peu rassuré. Elle s'assit, une jambe sur le divan et une autre au sol, et commença à caresser la joue creuse et barbue de l'homme.

- Oh, quoi que tu te appelles, toi ? demanda la noire avec un accent exotique. Moi que je m'appelle Adama.

Elle ressemblait à la princesse qui habitait les Cimes. Ou du moins, toutes les noires se ressemblaient pour des gens qui n'avaient pas l'habitude de les fréquenter.




La nuit tombait sur Escale. Les gens s'amusaient encore dans la nuit. Et alors que certains se détendaient au bordel, les gens « civilisés », eux, étaient invités à un grand banquet du duc Jehan Deschesnêt.
Le gâchis était incroyable. Des tables gigantesques avaient été préparées, un nombre incalculable de poulets rôtis et de cochons bouillis. Des invitations envoyées partout dans le Royaume, des tourtes ou des salades préparées spécialement pour les goûts connus de certains nobles... Et au final, si peu d'invités. Il allait avoir assez de restes pour nourrir la moitié de la ville, cela était certains.

Mordred et Claire arrivaient, bras-dessus bras-dessous, à l'intérieur du palais du duc. Il y avait de grandes tapisseries, des gardes scintillants dans leurs larges armures qui patrouillaient au pas de l'oie, de la musique douce qui faisait écho dans les longues allées du château, et des chevaux qui trottaient.
Le banquet avait lieu en extérieur, dans un jardin fleurit dans l'arrière du château. Quel beau jardin, putain... Les bosquets de fleurs, les buissons taillés au millimètre près... Les jardiniers, très bien payés, chassaient les limaces et les escargots en déployant des hérissons, et se débarrassaient des pestes en amenant des coccinelles qu'ils élevaient dans des bocaux, des connaissances très pointues qui étaient tout une science, même si peu respectée par les académiciens. Tout sentait beau, tout semblait beau. Et tout ceci était frustrant pour Mordred, qui jalousait la beauté de ce superbe château aux pierres blanches. Lui, tout ce qu'il avait, c'était un donjon glauque et pourri, et la seule chose qui poussait, c'était l'orge ou le seigle. Oh, oui, certes, les Cimes étaient terrifiantes, fortes, martiales, et les gens les craignaient lors des guerres et blablabla... Mais on ne construisait pas une civilisation glorieuse avec des épées et des lances.

Ce fut donc ainsi que Mordred, énervé, tint fermement la main de sa femme alors qu'il s'approchait de son beau-frère, Léopold de Rosevallée, qui était dans une discussion passionnante avec Aignan Destouches et Basile de Boniface.

- Messieurs ! s'exclama le duc des Cimes. Une joie de vous voir ici.

Ses vassaux présentèrent leurs hommages au couple ducal.

- Alors, Léopold, mon frère, qu'as-tu appris de beau lors de ta discussion avec Ulrich ?

Les hommes discutèrent un long moment, un peu de tout et de rien, alors que les Deschesnêts semblaient arriver à la fête au compte goutte.

Mais... J'y pense... Où sont les enfants ?




Fleur, Chloé et Oldéric n'étaient en réalité jamais revenus des écuries. Toujours aventureuse, et toujours aussi influente, Chloé avait entraîné les deux autres enfants avec elle, et ils avaient fui dans la ville. Tout le long, les deux plus « pétochards » n'avaient pas arrêtés d'émettre des objections, de dire qu'ils devaient rentrer, que leurs parents allaient s'inquiéter... Mais elle se contentait de pester, de les traiter d'enfants, de leur dire d'arrêter leurs pleurnicheries.
Ils n'avaient pas arrêté d'emmerder tout le monde. Ils avaient subtilisé des pommes. Ils avaient mis du vin dans la gourde d'un garde. Ils avaient caché les étriers d'un cavalier. Enfin... « Ils ». Chloé l'avait fait, en entraînant les deux autres pour qu'ils deviennent ses complices et ne puissent pas aller le raconter à leurs parents.

Mais oui. La nuit arrivait et maintenant Oldéric grelottait de froid et de peur, alors qu'ils se dirigeaient le long des quais.

- O-On... On devrait rentrer, non ?
- Ah, tais-toi donc, couard ! Personne ne nous fera jamais de mal, nous sommes les héritiers au duché des Cimes ! Même que si quelqu'un nous attaque, eh bien, je le pourfendrais ! Et je demanderais à père de lui arracher le cœur !
- J-Je... Je me sens... Je me sens pas bien...
- Tu crois que tu n'as pas assez mangé ? Allez, va, on rentrera... Bientôt. J'ai envie de voir où que les grandes personnes vont s'amuser la nuit.
C'est pas juste. Moi la nuit je suis obligée d'aller dormir alors que eux ils continuent de jouer.


Ils marchaient tranquillement. C'est alors que Chloé s'arrêta brusquement lorsqu'elle aperçut un homme marcher, le dos voûté, une capuche sur la tête.

- Hey ! C'est pas le chevalier d'Oguelande ?!


Oldéric manqua de s'étouffer.

- Mais non ! Tu délires !
- Si ! Si c'est lui ! Le bâtard refuse d'écouter la justice du duc de Champdor ! Il faut le traîner devant la justice !
- Laisse... Laisse-le !
- Avec moi, on va voir ce qu'il prépare !


Chloé attrapa d'une main Fleur, et de l'autre Oldéric, et les tira pour suivre l'homme, malgré leurs protestations.

- Chut ! Taisez-vous bande d'idiots !


Damien marchait le long des quais. Comme d'habitude, les ports étaient remplis. Bien qu'il fut la nuit, des matelots sortaient pour aller à la taverne, des gueux payés quelques deniers aidaient à décharger des caisses, et de riches marchands observaient tranquillement. Quelques négociants profitaient de cet horaire tardif pour inspecter des cargaisons et faire une offre. Il arrivait quelques fois que la cargaison, dans la seconde où elle fut mise à quai, devait rembarquer car un autre commerçant pensait avoir une autre offre. C'est ainsi que des joailleries, de la nourriture, des meubles ou des armes changeaient de place.
Le grand homme semblait n'être qu'un spectre au milieu de la foule. Sa démarche n'était en aucun cas troublée. Lorsqu'un malheureux se mettait sur son chemin, il l'écartait simplement, sans trop de violence, en le bousculant. Tout un art... Les trois enfants, eux, se perdaient aux pieds des adultes, et Damien semblait les semer...
C'était sans compter sur Chloé, qui sautillait partout, rentrait dans les gens, et à un moment, rampa sous les jupes d'une femme pour continuer à suivre le chevalier.

Mais sa filature ne put durer bien longtemps. Au bout d'un moment, Chloé l'aperçut entrer dans une allée. Elle fonça, mais des mains l'agrippèrent et la soulevèrent.
Elle hurla et se débattait.

- Oh ! Pour quoi qu'tu te prends p'tit démon ?
- Lâchez-moi ! Je suis une duchesse !
- Bah tiens, c'pas une heure p'tite duchesse !


Le gros qui la tenait posa la fille à terre, et la sécha d'une claque dans la tête. Chloé s'écrasa à genou, en pleurnichant.

Damien n'avait pas entendu. Peut-être qu'il s'en foutait. Toutes les villes, même la belle Escale, avaient leurs coupes-gorges... Là où il marchait, dans l'allée étriquée, il n'y avait que de vieilles putes, couvertes de pustules ou de cicatrices, qui souriaient avec luxure et dévoilaient leurs seins en gueulant comme des truies. Ça ne puait non plus la rose ou l'oranger, mais la pisse et la sueur.

Damien détestait les femmes. C'était peut-être à cause de sa mère ; Sa mère, on disait d'elle qu'elle était l'une des plus belles femmes du monde. Et son père, oh, c'était l'un des hommes les plus beaux et les plus forts du monde. Et cette salope de mère, elle n'avait pas hésité à baiser avec lui, comme toutes les salopes, nobles ou gueuses, baisaient. Mais plutôt que de se faire avorter, comme une personne normale, cette pute avait choisi de le mettre au monde, lui, Damien, la merde, le sous-être, et elle l'avait jeté dans la rue. À l'âge de 5 ans, le bambin qu'il était dû se nourrir de ce qui traînait dans les caniveaux. À l'âge de 7 ans il avait presque été déchiqueté par une meute de chiens. À l'âge de 11 ans il avait été abusé sexuellement par des hommes. À l'âge de 14 ans il avait tué un homme. À celui de 17 ans, son meilleur ami fut pendu, nu, les pieds à terre, par un cruel seigneur, et fut forcé de le voir, dansant sur la pointe des pieds, son pénis éjaculant, avant de mourir en bavant, la face violette. Et tout ça, parce qu'une espèce de SALOPE pouvait pas fermer son putain de vagin ! Si elle avait eu un semblant de charité religieuse, oui, si la Foi était vraiment pure, alors elle se serait foutue une épingle à coudre dans son orifice, et tout serait mieux !
Alors oui. Damien devait serrer les dents et les poings pour ne pas massacrer toutes les prostituées qui lui souriaient en passant. Un miracle que les gardes de la ville lui aient dérobé son épée, autrement, il y aurait déjà eu un drame...

L'enragé s'arrêta devant une sorte de petit bâtiment en pierre. Devant la façade, deux hommes se soulageaient, leurs minuscules pénis à l'air. Il les ignora et s'approcha au contraire d'un rideau. Il le tira violemment et entra à l'intérieur.
Sitôt eut-il fait quatre pas à l'intérieur, qu'un homme chargea sur lui et colla un poignard contre son cou.

- La politesse sauve des vies, SIRE ! Je pensais que votre mère vous aurait appris ça, Ah ah ah !

Damien s'accrocha à son bras tout en penchant la tête en arrière.

- Sale chien ! Vous m'avez brisé !
- Et pourtant vous êtes revenu... Vous devez être vraiment très courageux. Ou très désespéré.


L'homme lâcha finalement Damien, qui se repassa la main sur le gras du cou, nerveusement.

- Ce bâtard de duc ! Ses gueux m'ont tout volé ! Est-ce qu'ils n'ont aucun honneur ?!
- Vous devriez vous plaindre au Roi, alors.
- Et pourquoi pas ?! Mon oncle m'a adoubé en son nom !
- Le Roi n'a plus toute sa tête, Sire. Si vous désirez pleurnicher au chevet d'un vieillard sénile, c'est votre problème. Moi, j'ai des projets plus... Ambitieux.


L'homme s'approcha d'une petite table. Il déposa son poignard et se servit un verre de vin.

- Vous me proposez pas à boire ?
- Vous avez bien assez bu.
Sérieusement, qu'est-ce qui vous a pris ? Vous jeter corps et âmes dans un stupide combat contre... Le deuxième fils d'un minuscule comte ? Savez-vous que la famille Boniface n'a quasiment rien ? Ni routes, ni ressources, ni relations, ni populations.

- C'est pas une question de ça. Il m'a désarçonné ! Je n'avais pas d'autre choix !
- Si ! Vous aviez le choix de vous la fermer et de vous laisser battre ! J'aurai trouvé un autre moyen pour vous utiliser !
C'est le tournoi d'un des ducs les plus riches du Royaume, bon sang ! Vous n'êtes plus en Frisonnie, vous n'êtes plus dans le sud... Vous ne pouvez pas régler tous vos problèmes avec votre épée. Bon sang, Jehan pourrait vous voir pendu !


Damien fit un pas en avant. Il ne put s'empêcher de hurler.

- Je n'ai rien fait de mal ! J'ai gagné un duel, c'est tout !
- Vous avez manqué de respect à un noble, et ce devant toute la famille Castellanne !
- Eh bien... Je suis là maintenant. Vous avez besoin de moi.


L'homme but son vin d'une traite. Il se passa la main sur le visage, et soupira.

- Mais vous n'avez plus vos armes... Ou votre cheval...
- C'est facile à trouver, ça. Vous pouvez en dérober.
- Oui... Certes...
Mais. Il reste un problème. Vous ne reviendrez pas au tournoi sans soutien. Il vous faut trouver le soutien d'un noble... Cela aurait été facile eussent les Anghians ou les Mincor-Serutas ramenés leurs postérieurs. J'ai bien peur qu'à moins que vous ne trouviez un riche marchand à qui offrir vos services de mercenaire, vous ne puissiez survivre bien longtemps à Escale.


À moins que...


L'instigateur eut une idée de génie.

Il observait effectivement Damien de la tête au pied, une main sous le menton, et un large sourire dessiné sur sa face.

C'est vrai qu'il avait une bonne parenté, ce Damien. Il était musclé, large, aux yeux bleus et aux cheveux noirs. Ses deux géniteurs étaient extrêmement beaux, et voilà peut-être le seul avantage qu'il avait.

- Je vais demander à ce qu'on vous prépare un bain.
- … Suis-je censé demander pourquoi ?
- Vous allez faire la cour à une dame.


Damien pesta.

- Qu'importe, si cela est votre seule idée...
Nous verrons bien, sire Maël.





Alors que les nobles envahissaient le jardin du palais, François de Castellanne, qui venait juste d'arriver, paraissait être une tâche dans le décor. Il ne portait pas d'habits de soie, colorés et vifs, mais un simple doublet gris et un uniforme austère. En outre, il avait toujours son fourreau à la taille, même s'il avait gardé son épée dans l'entrée du donjon, un signe de courtoisie et du fait d'accepter l'hospitalité.
Le pauvre François semblait complètement perdu au milieu de ces gens. Cela faisait des années qu'il n'avait pas été à un tel événement. La dernière fois qu'il était sorti, ce devait être... Lors du mariage de Baptiste et d'Olga Destouches. Il avait fait un petit spectacle à cheval où il avait été applaudi, puis avait passé toute la soirée dans un coin, à boire silencieusement.
Tiens, oui, c'est vrai que Baptiste était marié. Pourtant il ne le criait pas sur tous les toits. C'est que Baptiste, à 17 ans, était plus intéressé par le fait de s'amuser que d'être un bon mari, surtout avec une trentenaire passée.

François vagabondait. Il aperçut Mordred d'un coin de l’œil, grinça des dents, et ne s'en approcha pas. En fait, il s'éloignait plutôt. Secrètement, il espérait que Sybille réapparaisse, pour au moins être assez guidé, pour au moins traîner avec quelqu'un et ne pas attirer les regards des gens.




Pendant que les nobles s'amusaient dans les jardins, peu de gens s'amusaient à suivre les murailles. Un garde faisait bien la ronde, mais ne fut pas sidéré de voir, subitement, un grappin se bloquer sur l'une des meurtrières.

Damien escaladait le mur à la seule force des bras. Il regarda un instant en contrebas. S'il lâchait brise, il pourrait prier de se briser la nuque et pas les jambes. Encore que... Le récif pouvait l'emporter et le noyer assez facilement.
Il regarda en l'air, et, tout en suant et en crispant la mâchoire, parvint à se ramener jusqu'en haut, et à se hisser. Immédiatement après, il se colla à un mur pour éviter la ronde des gardes.

Il rentra à l'intérieur du donjon. Il traversait le long des ombres, courbé. Ses pas feutrés faisaient attention de bien marcher sur les tapis, et non sur le carrelage qui claquait et résonnait. Qu'est-ce que ça grouillait de gardes bon sang... Si on voulait faire une razzia sur le fort, ça allait être compliqué.
Pourtant, il parvint, en utilisant toute son adresse, à arriver jusque vers un des balcons. Maintenant, c'était à voir si Maël d'Isiel était vraiment sain dans la tête.

Il ouvrit l'une des fenêtres, en enfonçant un clou et une tige dans la serrure. Il poussa lourdement la porte avant de faire quelques pas dans la pièce. Ses pas résonnaient, cette fois, il ne s'occupa plus trop de la discrétion.

Il s'approcha de la porte à l'intérieur. Il l'ouvrit lentement.

Joséphine Deschesnêts était assise. Une servante était en train de lui faire sa coiffure.

Damien s'approcha tel un loup dans une bergerie, oui. Ses pas se firent entendre au bout d'un moment. La servante et Joséphine se tournèrent subitement. Il posa un doigt sur sa bouche.

- Pas. Un. Mot.

Il s'approcha. Il resta silencieux, un long moment, étudiant les deux femmes. Il fit un signe de tête à la jeune ménagère, et, apeurée, elle s'en alla dans la pièce d’à côté.

Damien resta seul face à Joséphine.

- Ma dame.
Vous me reconnaissez ?


Il tenta de sourire. C'était en réalité assez peu évidant.

- N'ayez pas peur. Je ne suis pas venu vous faire du mal.
Je... Je suis venu vous confier quelque chose.


Il s'agenouilla face à elle.

- Je vous ai aperçue, au tournoi. Je vous ai vue entre toutes les femmes... Et je ne sais ce qu'il m'a pris...
Toute ma vie n'a été que haine et cauchemar... Mais lorsque mon regard vous a croisé... Je ne sais ce qu'il m'est arrivé...
D'un coup, c'est comme si mon cœur avait chaviré. Vous devez me prendre pour un fou, mais, je pense... Je crois... Je crois que vous êtes la femme la plus belle, et la plus pure que j'ai jamais pu voir de toute ma vie.
Votre père me hait, et m'a expulsé, mais ce n'est point pour manque d'honneur. C'est parce qu'il ne met veut pas auprès de vous.
Je vous demande quelque chose, ma dame... Je souhaite être votre champion. Je souhaite tenir haut votre bannière et défaire tous ceux qui s'opposent à vous. Je souhaite que toute la Gallance connaisse votre nom et votre beauté.
Est-ce que vous l'acceptez ?

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Éclats de rire et d'acier
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