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MessageSujet: De pourpre et d'acier Mar 30 Juin - 23:29

An 466. Palais Ducal de Port-Orient.

Le conseil ducal s’était réuni, comme à son habitude, dans une des grandes salles du palais de Port-Orient. Etaient présents Aengus et les plus hauts représentants du Duché, civils comme militaires. Seul manquait à l’appel Arald, le frère d’Aengus, retenu au Sud  pour inspection des flottes le long des Comtés de Cept et du Mont Pourpre. Aujourd’hui, le thème de la réunion était évidemment la guerre, qui menaçait chaque jour d’éclater. Les gestionnaires économiques et judiciaires du Duché laissèrent donc la parole au commandant de la Garde Prétorienne, à celui des armées terrestres, et aux capitaines de vaisseaux assis autour de la longue table. Aengus se massa les tempes, et attaqua sans préambule.

« -Messieurs, ne perdons pas de temps. Quelle est la situation ? Globalement, pour commencer.
-Rien de vraiment nouveau. Le royaume tout entier est une gigantesque poudrière, que la moindre étincelle pourrait faire exploser. Amelin et Albran sont tous deux dans leurs fiefs, les Rosons de leur côté. Peut-être même que les combats ont déjà commencé à l’autre bout du royaume ; Roseval serait en proie aux flammes que l’on n’en saurait rien.
-Du côté des alliances ?
-Chacun reste assez discret… Mais des discussions ont surement lieu. Corneval ne soutient officiellement personne, ce n’est qu’une question de temps avant que l’on reçoive de la visite nous… Ordonnant de soutenir un tel, roi légitime de…
-Parlons-en, d’ailleurs.
-De ?
-Du fait que Corneval ne soutient personne.
-Vous y voyez un inconvénient ?
-Je ne sais pas trop… Le fait est que si nous nous faisons attaquer par un des camps à nos frontières, il nous suffira de nous allier à l’autre. C’est un pari risqué, mais qui peut payer. Nous pourrions presque rester neutres dans ce conflit.
-Même si nous le voulions, je doute fort que les autres duchés soient de cet avis. Corneval reste malgré tout un Duché clef.
-En effet. Pour le moment, ne nous précipitons pas sur la première faction venue. A l’intérieur des terres ?
-C’est là que la situation est la plus critique, vous vous en doutez bien. Nous avons renforcé les patrouilles le long des frontières, mais notre armée permanente ne fera pas le poids si jamais les Cimes veulent nous envahir, et eux aussi le savent. Sur terre ils sont plus nombreux, plus habitués aux combats ; depuis des décennies voir des siècles, les Cimes sont une terre de guerriers.
-Que peut-on faire, dans ce cas ?
-Espérer que les Cimes ne nous tombent pas dessus. Mais pour le moment, c’est peu probable, car ils seront quand même obligés d’envoyer un minimum d’hommes, quitte à dégarnir leurs autres frontières. Et Amelin et les Rosons n’attendent que ça pour leur tomber dessus à leur tour. Je pense qu’ils ne peuvent pas se lancer dans une longue campagne vers Port-Orient sans risques. Enfin, pour résumer, les Cimes sont la menace terrestre, mais ne peuvent sans doute pas prendre le risque de se diviser.
-Commandants, j’ose espérer que la situation sur nos côtés est plus réjouissante.
-Elle l’est. Le seul danger immédiat est la flotte des Cimes à Port-Nord. Seulement, nos informateurs à la frontière Nord du Comté de Mérive m’assurent qu’ils n’ont pas vu dans le port assez de vaisseaux pour nous inquiéter.
-Les sources sont fiables ?
-Totalement. De plus, les Cimes n’ont pas de flotte permanente. Ils devront réunir un équipage s’ils veulent s’engager en mer, et je doute fort sur la capacité d’un tel équipage à rivaliser avec les nôtres.
-Honnêtement, je pense que la question ne se pose même pas. D’un point de vue numérique, quelles sont nos forces ?
-La seule armada ducale dans la rade de Port-Orient suffirait à envoyer la flotte des Cimes par le fond. C’est sans compter sur les vaisseaux des comtés côtiers, et ceux de la flotte royale mouillant dans la baie. Officiellement, ils sont sous les ordres du Régent, mais vous êtes toujours Grand Amiral… Pour résumer, nous tenons les mers.
-Au moins une bonne nouvelle. Je tiens à m’assurer d’une chose, quelle est notre marge de manœuvre en termes de financement militaire ?
-Sans toucher aux impôts ? Plus de deux cent Ewyns par mois supplémentaires. D’autant plus que nous avons des vaisseaux de réserve, et d’autres presque prêts au combat dans le port militaire. On peut facilement doubler notre flotte, il doit être possible de sortir en un laps de temps assez court cinq vaisseaux lourds supplémentaires et une quinzaine de caraques, sans autant être en défaut de paiement.
-Hum. Pas sûr qu’on en est vraiment besoin, sauf si on doit assiéger Verastre… Mieux vaudrait s’en servir pour renforcer nos forces terrestres.
-On a de la marge pour faire un peu des deux, quitte à augmenter légèrement les impôts.
-Très bien. Hormis des affaires liées à cette satanée histoire de succession, des événements ou autres à me signaler ?
-Rien. L’éventualité d’une guerre cristallise les esprits.
-Pas sûr que cela soit une bonne chose. Messieurs, cela sera tout pour aujourd’hui. »

Aengus se leva, rapidement imité par les personnes autour de la table. Après des années à le côtoyer, ils savaient tous très bien que le moment était mal choisi pour venir lui parler encore du sujet. La discussion était close pour aujourd’hui, et même s’il n’avait rien dit, ils savaient que le duc était préoccupé par quelque chose. Quand Aengus sortit sur l’une des terrasses permettant d’observer la ville, le cri strident d’un rapace lui fit tourner la tête. Au-dessus de lui, un aigle pourpre planait dans le ciel sans nuages de Port-Orient, décrivant des cercles autour de l’une des deux plus hautes tours du palais. L’aigle ralentit, et rentra à l’intérieur du bâtiment. Il n’en n’était pas sûr, mais il y avait de fortes chances pour que sa fille y soit également, un rapace posé sur un gantelet de cuir sur son avant-bras. Depuis toute jeune, Elliana avait l’habitude de se réfugier là-haut, après de ces majestueux oiseaux si distinctifs de Corneval. Trois jours plus tôt, Aengus lui avait annoncé que pour le moment, il n’allait pas soutenir officiellement la maison de son défunt promis. Si jusque-là, le duc était resté évasif sur le sujet, Elliana n’avait pour ainsi dire pas apprécié la clarification de la chose. Aengus savait qu’elle s’était attachée à Amédée, mais la situation avait changé. D’autres paramètres entraient maintenant en jeu, et il devait tous les prendre en compte avant de prendre sa décision finale. Il fit quelques pas, s’appuya sur le balcon et contempla la ville qui s’étalait devant lui. Au loin, il distinguait deux vaisseaux qui s’apprêtaient à rentrer au port, surement après une mission de lutte contre la piraterie. Ils arboraient fièrement le blason des Mincor-Seruta sur leur voile, et devaient donc faire partie de l’armada ducale. Un peu plus au large, deux caraques chargées de surveiller la rade étaient ancrées, balistes et scorpions sur le pont prêts à faire feu. Aengus resta là de longues minutes, observant les deux bateaux de l’armada qui affalaient leur voile, avant de rentrer dans le port militaire. Une fois arrimés, quatre cent hommes mirent le pied à terre, et marchèrent en rang jusqu’aux bâtiments principaux de l’Arsenal. Le regard d’Aengus se perdit quelques instants dans l’expression de cette puissance maritime qui faisait la fierté de Corneval. Il resta sur la terrasse pendant une durée qu’il était incapable d’estimer, et seuls des bruits de pas dans son dos le firent sortir de ses pensées. Son fils ainé approcha, et le salua dignement.

« -Léthias.
-Aengus. Le garde au bout du couloir me dit que tu es là depuis plus d’une heure.
-Possible. Je n’en sais rien. Où étais-tu ?
-A l’Arsenal. Tu as du voir les deux navires qui rentraient, d’ici.
-Lutte contre la piraterie ?
-En effet. J’écoutais le rapport des capitaines. Rien de spécial à signaler, quelques petites embarcations rapides suspectes, mais sans plus. Ils ont suivi un convoi de quatre bateaux de commerce, le temps qu’ils croisent dans nos eaux.
-Notre politique de dissuasion commence à porter ses fruits.
-Il semblerait. Mais le danger existe toujours en hautes mer, et les pirates accostent presque en toute impunité dans ces terres, à l’Est.
-Pas notre problème, surtout dans la situation actuelle.
-Elliana, demanda Léthias en désignant une tour, elle est toujours là-haut ?
-Je pense. Je ne suis pas allé vérifier.
-Je devrais peut-être lui parler.
-Non. Nous savons tous les trois que tu veux que je soutienne Albran.
-A juste titre, puisque…
-Stop ! Pas un mot de plus. J’en ai eu ma dose pour aujourd’hui. Quand j’aurai pris ma décision, je vous le ferai savoir.
-Très bien. Père. »

Léthias retourna à l’intérieur du palais. Au-dessus du Duc, un aigle s’envola de nouveau dans les airs, et se dirigea vers le large. Ces oiseaux pouvaient voler des heures au-dessus de l’eau, et servait de signe aux marins approchant des côtes. Voir un aigle pourpre signifiait qu’ils approchaient du terme de leur voyage. Aengus retourna à son vaste espace de travail du palais, et se pencha, pensif, sur des cartes du royaume d’Agonie. Il se mit à estimer des temps de voyage, pour une armée terrestre comme pour ses navires. Trois coups secs retentirent contre la lourde porte de bois, quand quelqu’un frappa à cette dernière. Sans même détourner le regard de sa carte, Aengus ordonna à la personne d’entrée. Le cliquetis métallique de l’armure du soldat, eux, en revanche, attirèrent son attention, puisqu’il ne s’agissait pas d’un simple serviteur lui annonçant quelque chose. Il tomba nez-à-nez avec un soldat de la Garde Prétorienne, qui se mit au garde-à-vous.

« -Duc Aengus.
-Sergent.
-Duc Aengus, un cavalier de la compagnie de la Garde Prétorienne à la porte Est de Port-Orient via d’arriver avec un message urgent. La compagnie nous informe que Fleur de Roson vient d’entrer en ville, et elle l’escorte jusqu’au Palais. Une nouvelle compagnie est déjà en route vers la porte pour prendre la relève de la garde. »

Aengus manqua de s’étouffer. Si Fleur de Roson se déplaçait en personne sans prévenir, elle devait bien avoir une idée derrière la tête. Le duc se félicita de la présence d’hommes de sa garde d’élite aux portes de la ville, mais se reprit rapidement.

« -Manquait plus que ça ! Faîtes préparer de quoi s’assoir sur la terrasse haute donnant sur la ville, prévoyez également de quoi se rafraichir. Je vais allez l’attendre à l’entrée du palais.
-A vos ordres, monseigneur. »

Le sergent repartit au pas de course, donnant des ordres au passage aux serviteurs qu’ils croisaient. Aengus, de son côté, récupéra sa lourde ceinture porte-épée, et se dirigea vers les étages inférieur du palais, et l’entrée où allait arriver Fleur de Roson.
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MessageSujet: Re: De pourpre et d'acier Mer 1 Juil - 0:17
Le Duc de Corneval accueilli la Duchesse d'Epauline avec tout la galanterie possible. Aengus savait y faire avec ses invités, surtout ceux de la gente féminine.
Passé le cérémonial traditionnel lorsque l'on recevait des grands nobles, ils parlèrent de banalités et d'autres en montant les marches qui menaient jusqu'à la terrasse.
Du haut du palais ducale de Corneval, on y voyait toute la ville de Port-Orient. La cité avait bien grandit depuis sa fondation par les républiques du Caldéra il y a des centaines d'années.

Fleur se posa sur l'un des sièges. Elle avait l'air épuisé de son voyage et surement, de tout ce qu'elle avait vécu ses dernières semaines. La jour d'un fils, surtout assassiné, n'était jamais facile pour une mère.
Elle regarda l'horizon de ses yeux tristes, restant silencieuse un moment.

« Vous savez pourquoi je suis là Sieur Aengus. On ne parle plus que de ça dans tous le royaume.
Vous imaginez si mon fils était toujours là ? Nous serions tous à fêter son couronnement à Verastre, votre fille à ses côtés sur le trône. Il aurait fait un excellent Roi... »

Elle retomba dans son silence, mais cette fois si elle baissa ses yeux embués.
Puis elle les remonta vers Aengus, lui pénétrant l'âme de ses grands yeux verts mélancoliques.

« Vous vous souvenez comme mon père le Roi Lucien était un homme bon, Sieur Aengus? S'il a jugé ses deux fils incapables de reprendre le trône ce n'est pas pour rien non. Même s'il n'est plus là pour nous le dire, mon père avait ses raisons, certainement de bonnes raisons car il a toujours fait passer le bien du royaume avant tout.
Plutôt que de laisser la couronne à un incapable il a jugé bon de nommer son petit fils pour être son successeur. Amédée était un jeune homme dès plus remarquable, son grand-père l'avait bien vu. »


Elle marqua une pause, ses yeux tristes de femme brisée se remirent sur l'horizon lointain.

« Vous savez pourquoi mon fils était bon ? C'est parce qu'il reçu une éducation exemplaire. J'ai toujours fait en sorte de lui apprendre les bonnes valeurs, de lui faire suivre un enseignement exemplaire. Sans le savoir, je lui ai fait suivre dès son plus jeune age l'éducation d'un Roi.
Votre fille avait bien vu en Amédée la profonde bonté, alors qu'elle n'était pas enchantée par ce mariage arrangé, elle a finit pas tomber amoureuse de son futur époux. Voyez comme le chagrin l'emporte à présent, nous sommes deux femmes brisées elle et moi... 
Comment pensez vous que cette guerre va se terminer Sieur Aengus ? Si Albran et Amelin sont défait, qui va monter sur le trône ? Théophane de Rivienne ? Il est encore plus incapable.
Non, si Amédée était l'héritier légitime et s'il n'est plus aujourd'hui, c'est son petit frère qui doit légalement et légitimement reprendre la couronne.
Albert est un peu jeune (note : 15ans), mais il est tout aussi bon que l'était Amédée, il a reçu la même éducation, si mon père était encore là c'est certainement lui qu'il aurait nommé pour être son héritier.
Albert était très proche de son frère, il lui ressemble beaucoup, et durant son séjour dans le château de Tace, votre fille s'est beaucoup rapprochée de lui...
Ne serait-il pas l'être idéal pour combler le manque qu'à laissé Amédée dans le cœur d'Elliana? »


Fleur regardait à nouveau Aengus dans les yeux, lui faisant son regard le plus persuasif. Cette femme savait si prendre avec les hommes, mais voyant qu'Aengus n'était pas totalement convaincu elle continua son monologue.

« Lorsque je vous avais proposé le mariage d'Elliana à Amédée, c'était pour la marier à l'héritier d'un Duché. Cette fois je vous propose de la marier à l'héritier du Royaume tout entier.
En tant que beau père du Roi, votre famille et vous aurez une place de choix dans le pouvoir royal. Mon fils Albert est bon, nous lui avons apprit à remercier gracieusement ceux qui lui sont fidèles.
Battez vous pour lui à nos côtés, écrasez les usurpateurs qui veulent s'emparer du trône !
S'ils ont été capables d'assassiné lâchement un être de la grandeur d'âme d'Amédée, ne pensez vous pas qu'ils seraient nuisibles à la couronne une fois sur le trône ?  »

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MessageSujet: Re: De pourpre et d'acier Mer 1 Juil - 23:17

Le pas réguliers des cavaliers de la Garde Prétorienne résonna dans l’entrée principale du palais ducal. Comme un seul homme, ils placèrent de part et d’autre du cortège de la Duchesse. Tant dis que cette dernière descendait de son véhicule, deux gardes prétoriens ouvrirent les lourdes portes au fond la veste pièce, laissant entrer Aengus. Le duc s’approcha de celle qui avait véritablement le pouvoir en Epauline. Il s’inclina respectueusement, comme l’exigeait la bienséance.

« -Duchesse Fleur. Vous auriez dû me prévenir de votre arrivée, j’aurai demandé à ce que quelque chose soit organisé. J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur pour la simplicité de l’accueil. Suivez-moi, je vous prie. Montons à l’air libre. »

Les deux nobles s’installèrent comme l’avait demandé Aengus sur une terrasse avec vue sur la ville, et Fleur prit la parole, après avoir fixé l’horizon. Aengus se retint de toute réflexion désobligeante, ne tenant surtout pas pour le moment à froisser une éventuelle, et puissante alliée.

« -Nul doute qu’Amédée aurait fait un bon roi. Il a été élevée auprès de vous et de notre regretté Lucien. Vous lui avez appris à se comporter comme un homme promis aux plus hautes sphères, et le roi lui a transmis toute son expérience de la gestion royale. Il ne pouvait être mieux préparé. Et honnêtement, je me dois de vous avouer que ma fierté de père me pousse à penser qu’Elliana aurait aussi fait une parfaite reine... Sa mère lui a transmise l’élégance et les manières, j’aime à penser que je lui ai apporté le pragmatisme et la vivacité d’esprit nécessaire à son rang… »

Les yeux d’Aengus et de la duchesse d’Epauline se croisèrent brièvement, avant qu’elle ne refixe l’horizon.

« -La question de la succession est sur toutes les lèvres. Chacun pense être dans son droit, et à mes yeux, l’affrontement est malheureusement inévitable. Et ça à cause de deux jumeaux incapables de d’honorer les dernières volontés de leur père. »

Aengus se força à ne pas hausser un sourcil quand Fleur aborda Albert. Un mariage ? C’était bien la dernière proposition qu’il attendait de Fleur de Roson. Le duc sourit intérieurement en voyant que Fleur interprétait les évènements passés comme bon lui semblait. Ce n’était pas pour se rapprocher d’Albert qu’Elliana avait fait poser un rapace sur le bras du jeune homme, mais au contraire pour montrer à Amédée qu’elle pouvait très bien vivre avec la famille de Roson. Certes, la proposition était tentante. Avoir sa fille mariée au potentiel futur roi d’Agonie ne pouvait qu’être profitable pour les Mincor-Seruta, mais plusieurs éléments venaient s’opposer cette option. S’il acceptait, Fleur n’allait pas tarder à annoncer officiellement les fiançailles, chose qui n’avait pas été fait officiellement pour Elliana et Amédée ; cela signifiait de facto que Corneval se rangeait auprès des Rosons, et donc qu’il s’opposait à Albran et Amelin. Tant qu’Aengus n’était pas sûr des alliances conclues par chacune des factions, il ne pouvait pas prendre de risque. Le deuxième élément était sa fille elle-même. Il était sûr qu’elle s’opposerait à cette union. Et même s’il la mariait de force, il ne se faisait que peu d’illusions sur la suite des évènements. Reine malgré elle et peu voir pas encline à assumer ce poste, elle ne tarderait à être remplacée dans son rôle ; chose qui ne serait d’aucune utilité aux Mincor-Seruta. Aengus réfléchit quelques instants, cherchant la bonne réponse à donner.

« -Un nouveau mariage ? Avec tout le respect que je vous dois, Duchesse, je crains fort que cela ne soit la meilleure option. Je n’avais pas prévu de marier Elliana au futur roi d’Agonie, et elle non plus. Nous ne savions pas ce qu’avait prévu Lucien. Durant le temps qui s’est écoulé entre le moment où l’annonce du testament de Lucien est parvenue à Port-Orient, la réception de la funeste nouvelle, j’ai vu ma fille traversé par une multitude d’émotions. D’abord la joie et l’honneur, pour le rôle confié à son futur mari, mais aussi la peur. Peur d’être dépassée par les évènements, peur de ne pas être à la hauteur de ce qu’on attendrait d’elle. Puis la confiance, sachant qu’elle serait aux côtés d’un homme digne et prêt à l’épauler. Et enfin l’anéantissement, quand la nouvelle du lâche assassinat d’Amédée arriva ; elle ne s’en est toujours pas remise. Aujourd’hui, je doute fort qu’elle accepte de s’engager auprès de quelqu’un d’autre, surtout si vite après la perte d’un être cher. Certes, le premier mariage était arrangé, mais parfois, le destin nous engage sur un autre chemin, et les choses changent. Je ne veux pas que ma fille voie Albert comme un mari de substitution qu’on lui imposerait, malgré le fait qu’il ressemble en beaucoup de points à son frère. Elliana ne voudra pas de ce mariage, et vu ce qu’elle vient de subir, je ne peux le lui imposer. »

Aengus marqua une pause, se leva, et s’approcha du balcon. Il sentait les yeux de Fleur qui le dévisageaient, et était incapable de dire si elle était encore sous le choc, perdue dans ses pensées, ou bien au contraire en pleine possession de ses moyens, et déjà en train de réfléchir à la suite à donner aux évènements.  Un cri d’oiseau se perdit au-dessus d’eux. Léthias désigna d’un signe de tête l’aigle qui revenait vers une tour.

« -Bien qu’il soit trop haut pour que je sois sûr, je pense qu’il s’agit de d’un aigle du couple d’Elliana. Peut-être la femelle. Ma fille est là-haut depuis ce matin, cela fait deux jours qu’elle se réfugie dans cette tour. Même sa mère n’a pas réussi à la faire descendre. »

Il se tourna de nouveau vers Fleur, et soupira.

« -Je ne veux pas perdre ma fille, Duchesse, mais je me demande s’il n’est pas déjà trop tard. Pour le moment, il est trop tôt pour penser à un nouveau mariage. Je laisserai à ma fille le temps qu’il faudra ; c’est elle qui se décidera en temps voulu. »
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MessageSujet: Re: De pourpre et d'acier Mer 1 Juil - 23:35
Fleur était partagée entre le rire et la colère, mais elle était maître dans la gestion de ses émotions, seul la tristesse apparaissait toujours dans ses yeux. Aengus voulait laisser sa fille décider, et puis quoi encore ? L'amour qu'il portait à ses enfants allait le perdre.
A vrai dire, Fleur n'avait même pas discuté avec Albert pour savoir s'il approuvé de se marier avec la veuve de son frère, il n'avait pas son mot à dire.

« C'est un grand honneur que je fais à votre fille Sieur Aengus. Il est vrai qu'elle n'est pas dès plus bavardes, elle est même relativement discrète, je comprends son inquétude à devenir Reine.
Mais elle n'a que 18 ans, elle est encore toute jeune, c'est toujours une enfant dans ce corps de jeune femme. Si elle épouse Albert, elle vivrait avec nous dans le Chateau de Tace.
Je la formerait à sa futur fonction, vous savez qu'elle femme de poigne je suis Sieur Aengus. »


Fleur eut un léger sourire, le premier que le Duc voyait s'affichait sur le visage triste de la jolie Duchesse depuis qu'elle avait mit les pieds à Port-Orient. Fleur savait ce qu'on racontait sur elle, c'était un secret de polichinelle, elle savait qu'on la désignait comme une femme autoritaire, castratrice, qui possédait le vrai pouvoir dans le Duché d'Epauline.

« Ellianna est une jeune femme généreuse, attentionné, profondemment gentille, je l'ai bien vu lorsqu'elle était avec Amédée. Je n'aurais à lui montrer comme se comporter devant la cour, comment ne pas se faire marcher sur les pieds, comment se faire respecter. »

Fleur se leva et rejoignit le Duc au balcon. Elle leva les yeux vers la tour où se trouvait la fille du Duc.

« Laissez moi lui parler Sieur Aengus. Nous sommes deux femmes qui partageons la même tristesse, je pourrais peut être la convaincre de sortir de sa tour et de reprendre sa vie normale. »
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MessageSujet: Re: De pourpre et d'acier Jeu 2 Juil - 22:23
L’honneur qu’elle me fait ? Comme si elle me faisait une fleur en me proposant ce mariage… Albert n’est franchement pas sûr de devenir roi…

Tout en pensant, Aengus fit mine d’écouter patiemment la duchesse, mais en vérité, il se doutait déjà de l’issue qu’il devait donner à la discussion. Pour le moment, pas question de s’engager auprès d’une faction ; il était prêt à parier que d’autres viendraient bientôt rendre visite au Grand Amiral du Royaume d’Agonie.

« -Ne vous fiez pas son âge, dit-il en esquissant un sourire. Elle peut très bien mener la vie dure à certains, je plains d’ailleurs les fauconniers. Les pauvres, à dix-huit ans, elle fait déjà aussi bien, si ce n’est mieux qu’eux. »

Fleur de Roson se leva, et rejoignit Aengus près du rebord. Le duc n’était pas sûr que laisser la duchesse d’Epauline parler à sa fille fut une bonne idée, mais mieux valait ne pas la vexer. Il héla un serviteur, qui s’approcha de lui.

« -Oui monseigneur ?
-Allez me chercher Elliana, elle doit être là-haut. Dîtes-lui que Fleur de Roson désire lui parler. Ne vous fatiguez pas à monter là-haut, reprit-il à l’attention de Fleur, j’espère que pour vous, elle acceptera de descendre.

Quelques minutes plus tard, le serviteur arrivait essoufflé en haut de la tour, après avoir grimpé au pas de course l’interminable escalier en colimaçon. Il reprit son souffle, avant de frapper à la lourde porte de bois menant au sommet.

« -Dame Elliana ? »

Il n’obtint pas de réponse, aussi réitéra-t-il ses coups sur la porte et son appel. Se heurtant toujours au silence, il entrouvrit le battant. La porte pivota sur ses gonds dans un léger grincement.

« -Laissez-moi tranquille ! »

L’exclamation le fit sursauter. Dans sa précipitation, il claqua la porte, et se retrouva dehors. Il attendit quelques secondes avant de frapper à nouveau.

« -Je vous ai dit de me laisser tranquille !
-Pardonnez-moi de vous importuner, Dame Elliana, mais quelqu’un désire vous parler.
-Si c’est mon père qui vous envoie, dîtes-lui qu’il sait ce que je veux !
-C’est certes lui qui m’envoie, ma dame, c’est Fleur de Roson qui voudrait vous rencontrer
-Fleur de Roson ? Elle est ici ?
-Elle est arrivée sans prévenir il y a moins de deux heures. »

Le silence s’abattit de nouveau des deux côtés de la porte. Le serviteur se risqua à l’appeler.

« -Dame Elliana ?
-J’ai compris ! Dîtes-lui que je descends.
-Très bien, ma dame. Ils vous attendent sur la terrasse haute au Nord.»

Le serviteur dévala les marches sans attendre, et retourna porter la nouvelle aux deux dirigeants ducaux. Aengus hocha la tête d’un air satisfait. Quelques minutes plus tard, il distingua sa fille dans l’embrasure de la porte, et s’approcha d’elle pour pouvoir lui parler à l’abri des oreilles indiscrètes de la duchesse.

« -Merci d’être descendue.
-Remercie plutôt la duchesse, répliqua-t-elle froidement, C’est uniquement pour elle que je suis ici.
-Écoute, je sais que tu m’en veux, mais je t’en prie, surveille ce que tu vas dire. Et attends-toi à une proposition qui te paraitra incongrue, mais je te demande de ne pas te braquer.
-Et je suppose que tu as quelque chose à voir avec cette proposition ?
-Non ! Devant le Dieu, je jure que j’ai essayé de l’en dissuader. »

Elliana fronça les sourcils, respira un grand coup, et se dirigea vers la duchesse, qui elle-même faisait quelques pas vers elle. La jeune fille portait encore au poignet son lourd gantelet de cuir, qui protégeait son avant-bras des puissantes serres des aigles, mais qui aussi contrastait avec le raffinement de sa robe. Devant Fleur, Elliana fit une révérence.

« -Dame Fleur, c’est un honneur de vous voir ici. Désolé de ne pas être venue avant, mais je n’avais pas eu vent de votre présence à Port-Orient. »

Elle essuya ses yeux encore rougis, et s’excusa aussitôt.

« -Désolé. C’est juste que… Enfin, vous comprenez après tout, c’était votre fils… »
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MessageSujet: Re: De pourpre et d'acier Ven 3 Juil - 15:16
Fleur de Karbau commençait à perdre patience. Aengus était un malin, elle avait bien comprit que sa proposition lui déplaisait et qu'il avait l'intention de rester neutre dans cette guerre.
Elle aurait préféré parler seule à seule avec la fille du Duc, son ancienne et peut être futur belle-fille, mais Aengus semblait se méfier de la Duchesse d'Epauline.
Mais c'était sans compter sur le culot de la fille de Lucien III, qui n'allait pas se priver de parler franchement à Elliana sous prétexte que son père était présent.

« Ma pauvre enfant. »

Fleur sourit tristement, le yeux rougit autant que ceux de sa belle-fille, et enlaça celle ci pour la réconforter.

« Elliana, ma fille, nous partageons la même tristesse toutes les deux. C'est tellement injuste ce qui est arrivé. Amédée ne méritait pas cela, nous ne méritions pas cela.
Mais le monde est cruel, surtout lorsqu'il est gouverné par des hommes sans valeur. Amédée aurait fait un si bon Roi, et toi ma fille, tu aurais fait une si belle Reine. »


Elle prit Elliana par les épaules et la regarda droit dans les yeux d'un regard attendrit.

« Maintenant qu'Amédée n'est plus là, c'est à nous de prendre les choses en mains, c'est à nous d'honorer sa mémoire et de rendre la justice. Le crime de mes frères ne doit pas rester impunis.
La mort de notre bien aimé est injuste, mais voir son meurtrier à sa place sur le trône serait tellement plus injuste encore. »


Fleur lança un regard à Aengus qui écoutait la discussion entre les deux femmes à quelques mètres d'elles.

« Nous devons prendre nos responsabilités. Moi, ton père, mais toi aussi tu as un rôle à jouer.
Je sais bien que ce n'est pas le moment, que ce que je vais te dire va peut être te choquer, mais il le faut, tu dois prendre tes responsabilités pour honorer la mémoire d'Amédée. »


La duchesse caressa la joue d'Elliana comme une mère le ferait pour son propre enfant.

« Si Amédée n'est plus, c'est son petit frère Albert qui doit monter sur le trône.
Tu connais Albert, il ressemble comme deux goûtes d'eau à son grand frère.
Si mon père, ou Amédée, étaient encore là, il verrait qu'Albert est la meilleur solution à ce conflit.
Mais Albert a besoin de soutient, il a besoin d'allié et il a besoin d'une femme aimante, d'une Reine.
Je ne te demande pas de l'aimer comme tu as aimé Amédée, je te demande simplement d'être présent pour lui.
Si tu veux honorer la mémoire d'Amédée et lui rendre justice, tu te dois d'épouser Albert. »

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MessageSujet: Re: De pourpre et d'acier Ven 3 Juil - 23:26
Tandis que Fleur se lançait dans un long monologue mélancolique, Aengus observait en fronçant les sourcils une colonne de fumée grisâtre qui s’élevait depuis maintenant de longues minutes près de l’océan. A peine la duchesse avait-elle fini de parler qu’un prétorien en armure faisait irruption au pas de course sur la terrasse. Les deux dames eurent un léger sursaut, tandis que le soldat s’arrêtait brusquement, voyant qu’il venait d’arriver au milieu de quelque chose d’important.

« -Duchesse, Dame Elliana, veuillez m’excuser pour cette interruption. Duc Aengus, votre présence est requise immédiatement à l’Arsenal, nous avons un problème.
-Ça ne peut pas attendre ?
-J’ai bien peur que non. »

Aengus grimaça. Il n’avait pas trop envie de laisser sa fille seule avec la duchesse, mais si la Garde venait le déranger de la sorte, la situation devait être grave. Et puis, en s’éloignant de Fleur, il évitait d’avoir à lui rendre des comptes, ce qui n’était pas forcément une mauvaise chose.

« -Très bien. Elliana, duchesse, je dois m’absenter. Prenez le temps qu’il vous faut. Duchesse, mon palais est le vôtre. Vous pouvez rester ici autant de temps que vous le souhaitez, Elliana vous guidera ; vous pouvez passer la nuit ici si vous ne voulez pas voyager de nuit.Je tacherai d’être de retour au plus vite. »

Aengus s’inclina, et partit en courant. Dans les couloirs, il croisa son fils, lui-même surpris de voir son père courir ainsi.

« -Léthias, pas le temps de t’expliquer, je dois y aller. Tout à l’heure, passe mine de rien voir Fleur de Roson et Elliana sur la terrasse, et essaie de tâter le terrain. Je te fais confiance Léthias, surveille tes propos !
-Je ne serai pas celui qui déclenchera cette guerre père, vous pouvez compter sur moi.
-Je sais. Mais… »

Il s’approcha de son fils, et lui souffla quelques paroles.

« -Fleur veut qu’Albert épouse Elliana. Je pense que tu comprends pourquoi je ne suis pas vraiment d’accord…
-Albert ? Le frère cadet d’Amédée ? Elle ne perd pas de temps, tiens. Je serai prudent. »

Dans les profondeurs du palais, Aengus enfourcha le cheval qui l’attendait, traversa au galop le pont de pire reliant le palais au reste de la ville, entouré de quatre cavaliers. Pendant ce temps, sur la terrasse, les deux femmes s’étaient remises de cette interruption, et Elliana prenait conscience de ce que Fleur venait de lui dire. Son père avait beau l’avoir prévenue d’une proposition étrange, elle ne s’attendait surement pas à ça. Elle s’assit dans un des fauteuils, desserra son gantelet de cuir, et regarda la duchesse d’un ait triste.

« -Moi, une si belle reine ? Je n’aurai été à l’aise qu’à côtés d’Amédée… C’est un monde bien différent de celui que j’ai connu jusque-là… A la base, cela devait être un mariage arrangé… Et puis les choses ont changé. Je l’aimais. Jamais je n’avais pensé qu’on pouvait s’attacher autant à quelqu’un. Rares sont ceux qui savaient que nous devions nous marier. Je sais qu’il faut… Enfin, qu’il faut honorer sa mémoire, comme vous dites. »

Elliana se leva, et remit son gantelet. Elle observa avec suspicion la colonne de fumée grise qui noircissait et grandissait à l’horizon, avant de se retourner vers Fleur. Elle joignit son pouce et son index, qui formèrent un anneau qu’elle posa entre ses lèvres, avant de siffler. Le son aigu retentit sur toute la terrasse, et bientôt lui répondit un cri strident. En haut de la tour, un aigle sortit, s’éloigna, et se laissa planer vers la fille d’Aengus. A quelques mètres d’ailes, il donna quelques puissants coups d’ailes pour ralentir, et Elliana sentit, tout comme Fleur le du, ses cheveux voler sous l’effet du courant d’air artificiel. Les serres de l’oiseau se refermèrent sur le gantelet, et Elliana vacilla quelque peu. La jeune fille, bien plus frêle que les maitres fauconniers du Duché, avait encore du mal à se faire à la force de ces oiseaux de plus de cinq et dépassant les deux mètres d’envergure. Une des pattes de l’aigle était entourée d’une légère mais solide corde, dont les deux bouts étaient noyés dans un cachet de cire où était apposé le blason de la Maison ; une marque distinctive permettant de savoir qu’il s’agissait d’un des aigles élevé par le Duché. L’aigle tourna la tête de travers et émis un petit cri, avant qu’Elliana ne fasse glisser sa main sur son coup. Il enroula sa tête dans son plumage, et resta quelques instants, jusqu’à ce qu’Elliana arrête de lisser ses plumes. Cette dernière se retourna vers Fleur, consciente qu’elle ne tiendrait pas très longtemps avec l’animal posé comme ça sur son bras. Dans le dos de Fleur, à une fenêtre voisine, Léthias observait discrètement la scène, sans entendre ce qui se disait.

« -Vous savez ce qui est magnifique avec ses oiseaux ? En plus de leur allure. Quand un mâle et une femelle se rencontrent, ils restent unis pour la vie. Ils resteront fidèles à leur territoire, et construiront des nids qu’ils utiliseront durant des années. Vous voyez où je veux en venir ? J’ai un profond respect pour Albert, mais ce n’est pas Amédée. Je ne devais pas épouser le futur roi d’Agonie, juste Amédée. Mais il est mort. Je sais qu’il faut honorer sa mémoire, je sais qu’il faut se battre pour qu’Albert monte sur le trône. Mais ce n’est pas en l’épousant que je pourrai accomplir ce rôle. Je suis prête à être à ses côtés, mais pas en tant que reine. Je n’y serais pas à ma place…  Que pourrais-je bien lui apporter ainsi ? Si je ne peux l’aimer comme j’ai aimé Amédée, comment pourrais-je être digne d’être reine ? »
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MessageSujet: Re: De pourpre et d'acier Dim 5 Juil - 14:43
Cette sotte commençait à énerver Fleur de Karbau. La petite s'était imaginer vivre une histoire d'amour, mais hélas pour elle, elle venait d'apprendre ce qu'était le vrai monde.
Par chance Aengus avait dù partir, ce qui laissait la Duchesse parler franchement avec la jeune Elliana.

Fleur ne laissa pas paraître sa colère, mais lorsqu'elle avança d'un pas, l'aigle que portait Elliana s'envola. Avait-il ressenti la véritable nature de la Duchesse ?
Celle ci prit les mains d'Elliana. Son regard n'était plus mélancolique, il était ferme et déterminé.

« Écoute moi Elliana.
Ton mariage avec Albert permettra d'allier la famille des Rosons aux Mincor-Seruta. Nous avons besoin que ton père se déclare contre Amelin et Albran car sans lui nous serons détruit.
Les assassins d'Amédée n'auront pas seulement tué ton amour et mon fils, ils auront détruit tout ce qui faisait d'Amédée un être si bon. Sa famille, sa maison, son souvenir, tout sera massacré par les usurpateur si ton père ne s'engage pas à nos côtés.
Prend tes responsabilités Elliana, fait le pour le souvenir d'Amédée. Il faut que tu fasses ce sacrifice pour le bien du royaume. »


Fleur relâcha les mains d'Elliana.

« Si tu es assez intelligente pour comprendre la situation, tu iras convaincre ton père de te laisser repartir avec moi dans le Duché d'Epauline. Tu épouseras Albert quand il sera sur le trône et les Mincor-Seruta nous aiderons pour cela.
Je te laisse une heure pour prendre ta décision. Si tu parviens à prendre la bonne, tu me retrouveras sur les marches du palais où ma calèche t'attendra.
J'espère te revoir très vite Elliana. »


Fleur se retourna et croisa le regard de Léthias Mincor-Seruta à une fenêtre. Elle ne savait pas depuis combien de temps il était et s'il avait pu entendre la conversation entre les deux femmes, mais elle ne s'en soucié pas.
Elle ne laissa pas apparaître sa surprise et fit un grand sourire et une légère révérence lointaine.

« Tu diras à ton père que je le remercie de son hospitalité Elliana. »

Puis elle quitta la terrasse pour rejoindre l'entrée du Palais.
Là bas, son carrosse l'attendait.

« Alors ? Vont-il s'allier à nous ? »

Robert le Bâtard, neveu illégitime de Romuald de Roson, avait accompagné la Duchesse dans son voyage. Assis dans la calèche, il y avait attendu sa Dame.
Fleur s'assit à côté de lui, et laissa enfin apparaître sa colère.

« Cet imbécile et sa garce de fille. Comment ai-je seulement pu avoir l'idée de marier cette gueuse à mon Amédée ? Cette famille a trop de principe pour être de bons alliés. Aengus est du genre à gracier les femmes et les enfants lorsqu'il attaque une ville. Ces faibles ne servent à rien.
- Mais ils règnent sur l'un des plus puissants Duchés d'Agonie ma Dame, sans eux nous n'aurons aucune chance face aux troupes de Mordred.
- Mon mari écrasera Mordred. Les Cimes sont peuplés d'illettrés abrutis, nos troupes et nos mercenaires font marcher dessus sans aucune difficulté. »


Robert ne fit aucune réflexion sur les talents militaires de Fleur de Karbau, il connaissait parfaitement sa Duchesse et lorsqu'elle était énervée de la sorte mieux valait de ne pas faire de remarques désobligeantes.
Mais le batard connaissait l'importance de cette alliance.

« Que faisons nous ?
- Attendons de savoir si cette garce possède un cerveau. Mais je suis septique, son regard ne brille pas par l'intelligence, c'est un aigle qui a du la chier après que son père l'ait engrossé. »


Robert se mit à rire. C'était rare quand l'élégance de Fleur de Karbau laissait place à une tavernière des bas fond de Verastre. Pour cela il fallait vraiment qu'elle soit remontée.
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MessageSujet: Re: De pourpre et d'acier Dim 5 Juil - 17:41

Elliana resta seule sur le terrasse, et contempla l’océan. La jeune femme était perdue. D’un côté, elle savait qu’elle devait tout faire pour soutenir les Rosons, mais de l’autre, elle ne pouvait se résoudre à épouser aussi vite un autre qu’Amédée. Les bruits de pas derrière elles la firent se retourner, et Léthias se plaça debout à ses côtés.

« -Je suppose que tu es au courant de ce qu’elle me demande ?
-Notre père m’en a parlé avant de partir pour l’Arsenal.
-Et qu’en penses-tu ?
-Tu le sais déjà, Elliana. Ma réponse ne sera surement pas très objective.
-Tu veux soutenir Albran. Et les Rosons ne doivent plus intervenir.
-En effet.
-Essaie d’oublier les Cimes. Si tu étais à ma place, que ferais-tu ? »

Léthias soupira, et croisa le regard triste de sa sœur cadette. Il s’assit à côté d’elle, pour réfléchir quelques instants ; même s’il était partisan d’une alliance avec les Cimes, Elliana était sa sœur, et il tenait à sa famille.

« -Honnêtement ? Je ne sais pas. Je ne peux pas prétendre savoir ce que tu ressens. Si tu penses que cela est juste, oui, tu dois soutenir la famille d’Amédée. Seulement, tu dois comprendre que si tu l’épouses, la guerre sera inévitable.
-Et si je la prends au mot ?
-C’est-à-dire ?
-Elle m’a dit mot pour mot que j’épouserai Albert quand il sera sur le trône. Ce qui veut dire qu’avant, je suis libre de mes choix. Je peux convaincre père d’aider les Rosons sans me marier.
-Si tu n’épouses pas Albert, tu ne lui sers à rien. Ce mariage est pour l’instant le seul moyen de s’assurer le soutien de notre Maison, je pense que tu n’as pas besoin de moi pout t’en rendre compte. Si nous nous allions simplement aux Rosons, ils nous devront quelque chose en échange, et vu la situation, ce quelque chose devra être conséquent. Alors que si tu te maries… Les liens du sang suffiront pour que les Rosons exigent notre aide.
-Tu ne m’aides pas, Léthias.
-Je te dis ce que je pense, et tu sais que je ne vais pas t’inciter à accepter ce mariage. Aengus ne pensait pas qu’il allait marier sa fille au futur roi d’Agonie. Les évènements l’ont dépassé.
-Accepter ce mariage serait donc le seul moyen pour aider les Rosons ?
-Je le pense. Mais ne t’attends pas à ce qu’Aengus accepte sans entendre les autres propositions, qui ne tarderont surement pas.
-Fleur m’a donné une heure pour me décider et pour convaincre notre père. Elle m’attend en bas.
-Sauf que lui est en ce moment à l’autre bout de la ville, et nous ne savons pas quand il rentrera. Bien joué de sa part.
-Elle veut que je prenne ma décision seule, c’est ça ?
-C’est fort probable.
-Et que se passera-t-il si j’accepte sans le consentement d’Aengus ?
-Difficile à dire. Déjà, il enverra la Garde Prétorienne te récupérer, mais pas sûr que les Rosons la laisse t’approcher. Le mariage sera je pense vite célébré. A partir de là, Aengus aura deux choix : le premier, soutenir les Rosons sans discuter, puisque tu seras marié à celui qu’ils présentent que le successeur légitime d’Amédée. Après, vient la question que ce dernier n’a pas été couronné, mais bref… Ça sera la guerre.
-Et le deuxième choix ?
-Te déshériter.
-Quoi ?!?
-Ça sera pour lui la seule solution pour pouvoir entendre les propositions des autres factions. Mais cette action sera irréversible, tu couperas tout lien avec notre famille. Et les Rosons ne manqueront pas de nous déclarer la guerre pour t’avoir abandonnée. »

Elliana voulut se mettre debout, mais vacilla. Léthias bondit de son fauteuil pour l’empêcher de tomber à la renverse, et la fit se rasseoir.

« -Calme-toi… Ça ne va pas ?
-C’est à cause de moi… Tout ça…  La guerre éclatera à cause de moi… Tout ça pour avoir eu le malheur de… De l’aimer...
-Ne dis pas de bêtises. Tu n’y es pour rien.
-Bien sûr que si ! Si je m’étais contentée d’accepter le mariage avec Amédée sans autre émotion, nous n’en serions pas là ! C’est à cause de moi que notre père hésite ! Tout serait plus simple… Si je n’étais plus là non plus.
-Elliana ! Reprends-toi ! Ecoute, Fleur t’attend pendant une heure, le temps que tu convaincs Aengus mais il n’est pas là ? Très bien, ne la faisons pas attendre, cela serait indigne de notre part. Tu lui parleras à son retour, et si Fleur veut cette alliance, elle devra attendre un message de notre part.
-Que vas-tu faire ?
-De la diplomatie. »

Léthias se leva, et quitta la terrasse. En passant, il fit signe à un serviteur de s’approcher.

« -Surveillez ma sœur. Faîtes-la rentrer, amenez-la auprès des fauconniers, mais ne la laissez pas seule ici.
-Bien, monseigneur. »

L’héritier du trône de Corneval descendit, et se retrouva dans la vaste salle creusée dans la roche, ou attendait la calèche de Fleur de Roson. Le voyant arriver, un soldat de l’escorte frappa à la porte, et chuchota quelques mots que Léthias ne put entendre. Fleur de Roson descendit.

« -Duchesse Fleur, je me suis permis de descendre pour Elliana afin de vous saluer en personne. De plus, vous avez dû voir que mon père a dû partir, ses fonctions de Grand-Amiral le réclamant à l’Arsenal… Malheureusement, je ne sais quand il reviendra. Elliana vous fait savoir qu’elle prendra une heure, comme vous lui demandiez, pour convaincre notre père d’accepter le mariage lorsqu’il rentrera. Néanmoins, nous n’allons pas faire attendre ici sans raison ; votre emploi du temps est surement chargé il serait indigne de vous retenir ici à attendre une réponse dont on ne sait pas quand il arrivera. Si vous désirez partir, vous êtes libres. Un messager vous fera parvenir une réponse dès que possible. Ma dame.»

Léthias s’inclina, et fit demi-tour tandis que Fleur remontait dans sa calèche. A peine passait-il les portes de la salle qu’il entendait le fouet du cocher claquer. Le convoi de Fleur se remettait en route, précédé de quelques cavaliers prétoriens qui allaient lui ouvrir la route jusqu’aux portes de la ville.

Pendant ce temps, à l’Arsenal, Aengus observait les militaires s’activer autour de la colonne de fumée. Le forgeront travaillant, sans s’en rendre compte, près de tissus imbibés de poix à la réfection d’un éperon avait failli mettre le feu à une galère. Heureusement, avec une quantité d’eau illimitée à proximité, seules quelques structures sur le pont avaient soufferts. Le duc souffla de soulagement en constatant l’étendue limitée des dégâts, et ne profita pour faire une rapide inspection des chantiers en cours. Mais sa bonne humeur allait être de courte durée, quand nouveau cavalier prétorien traversa l’arsenal en trombe, sans même prendre le temps de ralentir son cheval. Aengus tourna la tête en entendant les cris, tandis que le cheval du soldat s’arrêtait tout prêt de lui.

« -Sergent, que signifie cette conduite ?
-Duc Aengus, un message urgent de l’amiral de Roseval ! »

Le soldat lui tendit un pli, qu’Aengus lut rapidement, et la nouvelle contenue ne le fit pas sauter de joie. Roseval était sous un siège mené par la Lucie, et une partie des bateaux de la flotte royale, stationnant alors au large, avait réussi à s’échapper par la mer, quand les autres bateaux étaient bloqués au port. La flotte rescapée faisait à présent route vers le Sud, en attendant des ordres complémentaires. En tant que Grand Amiral, Aengus devait gérer la protection des côtes, mais il se retrouvait privé d’une composante essentielle de sa force, qui surveillait une grande partie de la façade maritime Ouest. Privé de ses yeux et oreilles sur place, une armada pirate pourrait être en route vers le Nord-Ouest du pays qu’Aengus ne pourrait rien y faire.

« -Fait chier ! »

L’exclamation fit sursauter les soldats à côté de lui. La flotte en mouvement n’avait certainement pas assez de ressources à bord pour patrouiller des semaines le long des côtés, et Aengus ne savait pas sur quel port il pouvait compter. Il se rappela qu’il avait quelques navires à Port-Robert, plus au Nord, et ceux-ci allait avoir du boulot pour palier à l’absence de flotte à Roseval.

« -Au palais ! »

Le groupe de cavalier remonta jusqu’au Sud de la ville au galop, et Aengus se précipita pour écrire plusieurs lettres, sans réellement prendre le temps de se demander pourquoi la calèche de Fleur n’était plus là. Les pigeons voyageurs partirent dans les minutes qui suivirent. Le premier message était destiné à Port-Robert, qui allait devoir assurer seul pour le moment une grande partie de la surveillance côtière. Le deuxième message, pour le régent du royaume, le prévenait qu’une partie de la flotte de Roseval se dirigeait vers Verastre, et que  Port-Orient accueillerait quelques vaisseaux pour éviter d’engorger le delta de l’Eltuse.  Le dernier message donnait l’ordre à la flotte de Roseval au large de faire route pour une partie vers Verastre, et vers Port-Orient pour l’autre, où les vaisseaux survivants retrouvaient l’abri du gros des forces navales royales. Ceci fait, il se dirigea vers la terrasse où se trouvaient plus tôt Fleur et Elliana, mais celle-ci était vide. Il croisa un serviteur qui le renseigna sur la situation.

« -Votre fille est dans ses appartements, Fleur de Roson est partie, et votre fils voudrait vous voir de manière urgente, afin de vous expliquer la situation.
-Très bien, trouvez-le, et dîtes de me retrouver dans la salle du conseil. »
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MessageSujet: Re: De pourpre et d'acier Mar 7 Juil - 0:50

Le délai de la duchesse d’Epauline ne fut évidemment pas respecté, puisque Léthias et Aengus discutèrent déjà pendant une heure de ce qui s’était passé en l’absence du duc de Corneval. Tout ça à cause d’une histoire de tissu enflammé. Au final, Aengus s’aperçut qu’il aurait préféré rester au palais, mais bon, on ne pouvait malheureusement être partout à la fois.

«-Enfin, que l’on soit bien d‘accord, rien n’avait été signé pour ce mariage ?
-Non. Jusque-là, il était resté secret, l’annonce officielle de l’union ne devait avoir lieu que quelques jours avant le mariage.
-Donc nous ne leur devons rien ?
-Absolument rien.
-Elle risque de ne pas apprécier.
-Qui donc ? Elliana ou Fleur ? Enfin même, elles n’apprécient déjà pas la situation.
-Faisons comme ça alors ?
-Cela me semble la meilleure chose à faire.
-De toute façon, nous enverrons un messager, qui prendra surement un peu de retard en chemin, n’est-ce pas ?
-En effet. De plus, je n’ai pas croisé son cortège en retour, donc je n’ai aucune idée du temps qu’il s’est écoulé entre son départ et mon arrivée, et elle non plus. »

Léthias sourit, pendant que son père appelait un serviteur. Ce dernier fit presque aussitôt son apparition, et Aengus lui demanda d’aller chercher sa fille. Après la visite impromptue de Fleur de Roson, il était temps de clarifier la situation, et ce une bonne fois pour toutes. Elliana arriva quelques minutes plus tard, et la voix anormalement froide d’Aengus la fit frissonner.

« -Assieds-toi. Ton frère m’a raconté ce que Fleur t’avais demandé. Et également ce que lui t’a dit une fois qu’elle soit partie. Nous devons mettre les choses au clair. Te connaissant, je suppose que tu n’es pas restée sans réfléchir. Elliana, ton avis sur le camp que nous devons soutenir ?
-Il n’a pas changé. Les Rosons.
-Comment les soutenir ?
-Je… Je n’en sais rien ! La Duchesse Fleur veut que j’épouse Albert mais… Je ne peux pas !
-Ça tombe bien, moi je veux pas. Léthias ?
-Albran.
-Comment ?
-Appui économique et militaire. Si nos forces terrestres ne sont pas les plus aguerries, nous avons la meilleure flotte.
-Très bien. Que les choses soient donc claires. Sans mariage, pas d’accord possible avec les Rosons.
-Mais et si…
-Pas d’accord possible avec les Rosons… Pour le moment. Quand Fleur de Roson a une idée en tête, elle ne la lâche pas. Elle voudra ce mariage, à moins que la situation ne change. Elliana, tu sens-tu prête à aller dans le Duché d’Epauline ?
-Quoi ?!?
-Escortée comme il le faudra par la Garde, il y va de soi.
-Je… Je ne sais pas. Mais pourquoi ?
-Premièrement, nous allons envoyer une lettre au château de Tace. Elle stipulera que tu refuses, aussi bien que moi, ce nouveau mariage, mais que pour autant, nous pouvons soutenir les Rosons ; à eux de voir s’ils tiennent vraiment à cette alliance. Il n’est plus question d’amour, Elliana ; il est question de faire dès le début le bon choix pour éviter une catastrophe pour le Duché. Nous allons attendre les autres propositions. Elles viendront, à n’en pas douter. Néanmoins, vu le contexte géopolitique, je doute qu’Amelin envoie quelqu’un jusqu’à Port-Orient.
-Sauf qu’à y réfléchir, si Roseval est sous un siège de la Lucie… Cela veut dire qu’Amelin n’a presque plus de flotte. Il aura besoin de nous. A l’opposé, si Albran a mis la main sur la flotte de la Lucie, cela lui fait déjà quelques vaisseaux. La Lucie est le seul territoire disposant d’assez de vaisseaux pour espérer s’opposer à notre flotte. De plus, l’ost que peut lever le Sud-Ouest du pays est très important.
-C’est juste. Qu’en conclues-tu ?
-Que si Amelin n’a pas de flotte, il aura besoin de nous. Si par je ne sais quel miracle il arrive à en trouver, il sera bien aussi capable de trouver des hommes.
-Alors attendons. Nous ne sommes pas le seul Duché indécis, aux dernières nouvelles, Champdor et Rivenoir n’ont déclaré leur allégeance, pas plus que la Carmolite. Dernière chose, Léthias. Je ne veux pas être pris au dépourvu une nouvelle fois. Envois quelques patrouilles prétoriennes en amont de la ville.
-Compris. »

Léthias se leva, salua son père et sa sœur, avant de se diriger vers les quartiers de la Garde Prétorienne du palais ducal pour y dicter les ordres d’Aengus. Pendant ce temps, plus haut dans le palais, Aengus était resté seul avec sa fille.

« -J’espère que tu comprends que je n’ai pas le choix. Je dois faire ce qui est le mieux pour le Duché, tel est mon devoir. Ce mariage, je ne pouvais l’accepter. Crois bien que s’il avait célébré, alors j’aurais sans hésiter apporté mon aide aux Rosons. Mais la situation est bien différente aujourd’hui.
-Je sais. Mais au final, tu fais comme les autres. Tu regardes là où l’herbe te semble la plus verte, et tu y emmènes ton troupeau.
-C’est la politique, Elliana ! Et peut-être bientôt la guerre !
-Ces discussions et mon mariage avec Amédée n’avaient que si peu de valeur à tes yeux ?
-Ils en avaient bien plus que tu ne peux l’imaginer, mais rien n’avait été signé.
-A croire que ta parole ne vaut plus rien. Et que la mienne soit insignifiante.
-Ne dis pas de bêtises. Le conseil ducal, toi, Léthias… Vous avez tous une opinion différente ! J’ai vu défiler devant moi des dizaines de scénarios, mais aucun ne pouvait contenter vos trois opinions. Ecoute Elliana, tu as du le voir, Fleur de Roson veut ce mariage, et rien d’autre. Nous le refusons d’un accord commun, alors ne viens pas t’en prendre à moi parce que je ne leur apporte pas mon aide.
-Et maintenant tu rejettes la faute sur moi ? Tu crois que je n’ai pas assez souffert comme ça ? Tu veux maintenant me faire porter le poids de cette guerre ?
-Je n’ai jamais dit…
-Et pourtant ! Ce que tu fais n’a aucun sens ! Tu louvoies face au vent, entre deux récifs ! Et que tu le veuilles ou non, nous finirons par en heurter un ; tu sembles persuadé que tu peux tenir la barre, mais tu ne fais que retarder l’inévitable !
-Elliana, tu te contredis-toi-même. Tu me dis que je te fais porter le poids d’une guerre, et l’instant d’après que je cherche à l’éviter mais que je finirai par l’affronter.
-C’est toi ! Toi qui ne vois que ce que tu veux voir ! Je ne t’ai jamais entendu parler de l’option d’aider les Rosons sans contrepartie !
-C’est hors de question ! Pas seulement pour eux, pour toutes les factions. C’est une option qui n’arrivera jamais sur la table ; pour le duché, cela serait inacceptable.
-Le duché ! A croire que tu fais tout ça pour lui !
-C’est le cas ! »

Aengus se leva d’un seul coup, et frappa du poing sur la table, son regard ardent croisa les yeux noirs de sa fille, qui se laissa pas démonter. Rares étaient les fois où ils se disputaient ainsi.

« -Tu n’a aucune idée des responsabilités que cela implique.
-Et toi tu y aura perdu tout sens de l’honneur.
-Ne répète jamais ça.
-Sinon quoi ?
-Sors de cette pièce !
-Non.
-Garde ! »

Un homme en armure ouvrit la porte, et se trouva face au regard d’Elliana et d’Aengus. Il avait déjà entendu les cris à l’intérieur, mais blêmît légèrement, ne sachant pas ou se mettre face à ces deux personnes.

« -Sergent, raccompagnez ma fille dans ses appartements.
-Tu menaces ta propre fille maintenant ?
-Non mais...
-Encore des excuses ?
-Silence ! Sors de là ! Immédiatement ! »

Elliana fixa encore quelques secondes son père, avant de tourner les talons, bousculant sans ménagement le garde se tenant dans le dormant de porte. Il se reprit rapidement, mais la jeune femme lui fit rapidement comprendre qu’elle n’avait pas besoin de lui pour retrouver le chemin.

« -Je sais où se trouve ma chambre, merci ! »

Ne sachant que faire, le sergent regarda Aengus, qui lui fit de laisser tomber. Le duc de Corneval abattit à nouveau un poing sur la table, fit plusieurs fois le tour de son large bureau, et se laissa tomber dans un fauteuil à côté. Cela faisait plusieurs nuits qu’il ne dormait pas très bien, et il ne pouvait plus résister à la fatigue. Voyant ça, le soldat ferma lentement la porte, et se plaça devant cette dernière, afin qu’Aengus ne soit pas déranger. De son côté, Elliana pestait contre père dans ses appartements, tandis que Léthias discutait avec la Garde Prétorienne, et en profitait pour redescende vers l’Arsenal.
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