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MessageSujet: Le cor sonne le glas Mer 10 Juin - 18:01

Le château Boniface avait rarement eut autant de beau monde réuni. Dans la basse-cour, les paysans observaient, l’œil inquiet, les préparatifs tout autour de la baronnie. Des chevaux dont les pattes claquaient sur le sol, de grands chevaliers en armures de fer complètes qui grimpaient sur leurs selles, et de récents conscrits qui s'entraînaient à l'arbalète.

Depuis maintenant des semaines, la peur de la guerre tétanisait le Royaume d'Agonie. Le tournoi de la colombe avait fini de manière dramatique, et à présent, les rêves d'une paix étaient abandonnés. Dans les Cimes, Mordred Castellanne avait appelé à la mobilisation. Son alliance avec la marche nord était sécurisée, et il pouvait maintenant se permettre de se déployer.

Dans la haute-cour, au milieu d'un grand bâtiment en pierre très luxueux, un grand nombre de seigneurs nobles étaient attablés. Ils buvaient et discutaient devant une gigantesque carte déployée sur une énorme table en bois. Des pions, des jetons et des petits symboles en bois servaient à désigner des unités, des lances, des groupes de soldats prêts à se lancer à la guerre. Le ban était levé. Mais quand est-ce qu'ils passeraient à l'offensive ?

- Votre grâce, l'entraînement est bon. Les hommes que nous avons levés sont fins prêts à se battre.

Le roi légitime du trône d'Agonie était là. Albran de Karbau se tenait debout, les mains posées sur la table devant lui, resplendissant dans une gigantesque armure luxueuse. Derrière lui, deux colosses qui mesuraient près de 2 mètres, accoutrés dans des plates grises et portant un manteau blanc le gardaient.

- De plus, Arnault, l'évêque des Cimes, a officiellement appelé les fidèles à vous rejoindre. Il faut dire que l’Église vous est très reconnaissante... Cela devrait vous rendre très populaire auprès des gueux-... Je veux dire, auprès des gens que nous rencontrerons.
- Bien.

Dans la même pièce se tenait le gratin des chefs de guerre. Flavien de Castellanne, son grand ami, venait juste de terminer de lui faire son rapport. Il était accompagné de François et de Garibald, enfants d'Elric. Elric lui-même était resté dans son protectorat sylvain, à gérer les affaires avec ses nouveaux alliés.
D'ailleurs, les sylvains n'étaient pas en reste. Ils faisaient partie de l'alliance, et était assis à table Neyro, chef de guerre du clan rouge, un homme terrifiant, barbu, à l'allure de monstre et aux peaux d'ours. Il avait beaucoup en commun avec Eliott de Canin, tout juste arrivé avec sa propre petite armée. Les Destouches n'avaient pas amené leur héritier, mais Adrien Destouches, un cousin peu important ; tandis que les Bonifaces étaient représentés par le relativement jeune Baptiste, dont le frère Alexandre avait pris sa place en tant que gouverneur sylvain et dont le père Basile était actuellement au Bosquet. Enfin, il y avait les Rosevallées... Le jeune Firmin était là, par la requête de son Roi, mais avec la demande qu'il reste assez éloigné de combat. Ce serait le titanesque Folker qui gérerait les hommes.

Ce grand groupe planifiait une guerre, oui. C'est alors qu'un homme fit irruption. Un jeune garçon, qui salua son Roi, avant de lui apporter un papier et de prendre congé.

- C'est une lettre du Bosquet.

Albran l'ouvrit et la déploya, fronçant les sourcils alors qu'il lisait la nouvelle.

- Les fous...
- Que se passe-t-il, votre grâce ?
- La tante de Mordred n'est pas parvenue à faire la paix avec Romuald.

Les réactions des visages autour de la table semblaient parler pour la personnalité de chacun des hommes. François serrait les dents, Aignan affichait un air peureux, Flavien sembla déçu, Eliott s'en foutait et Neyro... Neyro semblait plutôt content.
D'un geste vif, Albran attrapa une pièce en bois taillée pour ressembler à un aigle déployant ses ailes, et l'écrasa sur un point du duché d'Epauline.

- Nous marchons sur Eliencourt !

Le silence régna un moment. Le Roi dû reprendre la parole.

- Que savons-nous des forces des Rosons ?
- Mon Roi, le duché d'Epauline est assez puissant. Bien qu'ils manquent de terres fertiles, ils récoltent beaucoup de sel, une denrée importante dont nous avons besoin pour garder notre alimentation.
- Je n'ai point besoin de savoir ce qu'ils récoltent, Flavien.
- Bien sûr, votre grâce. Les Rosons n'ont pas accès à beaucoup de chevaux, leur cavalerie est pitoyable... Mais leur territoire est couvert de marécages, ce qui justement n'est pas favorable à une cavalerie lourde. Leur population est moins grande que la nôtre, mais Romuald a la fidélité de ses vassaux, de très bons archers, et des soldats qui connaissent le terrain.
- Nous, sylvains, nous savons nous battre dans les marécages, un peu d'eau ne nous fait pas peur.

Albran fronça les sourcils. Qu'on le coupe, cela il n'appréciait pas. Mais, imperturbable, Flavien continuait.

- Robert, le chef des armées d'Epauline, n'est pas un excellent stratège, mais c'est un véritable tacticien qui impose une discipline de fer dans ses rangs.
- Le bâtard ? Nous ne craignons pas un bâtard, coupa François.
- Cousin, vous devriez prendre plus peur de ce bâtard-ci. Ce n'est pas parce que c'est un enfant illégitime qu'il n'est pas un grand chef de guerre...

Flavien avait mal pris le commentaire de François, qu'il pensait être dirigé contre lui.

- Ses hommes le suivront, et Robert impose une technique de terreur. Il sera très difficile à battre.
- Combien d'hommes vous pensez qu'il a ?
- Il y a ce qu'il peut lever et ce qui est actuellement prêt à se battre. La plupart de ses vraies forces sont au sud, en train de se préparer. Je pense que le duc d'Epauline peut aisément lever plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d'hommes dans les semaines qu'ils vont suivre... Mais il y a Verastre. Fleur de Karbau désire empêcher Amelin de prendre le trône, aussi, ils vont mener une guerre défensive plutôt qu'offensive.
- L'offense est toujours plus forte que la défense.
- Pas dans un marécage. Pas dans un territoire fidèle à son suzerain. Pas lorsqu'ils ont de l'argent et sont près de la capitale.
- Assez, vous deux ! J'ai pris ma décision, et je sais comment nous allons procéder.

Les autres seigneurs se levèrent et s'approchèrent de la carte, tandis qu’Albran bougeait quelques pions.

- Eliencourt est notre objectif principal. C'est une large ville, avec un accès sur la rivière. Mais elle est défendue par deux baronnies au sud, assez puissantes...
Voilà mon plan. Nous allons envoyer une lettre au Bosquet. Qu'ils envoient nos rares vaisseaux fluviaux en direction de la ville, avec une petite compagnie d'un demi-millier de fantassins, sous le commandement de Gauthier de Castellanne, et de l'approvisionnement. En attendant, nous allons frapper.
Nous commencerons une chevauchée vers le village le plus au nord. L'avant-garde sera dirigée par Flavien Castellanne, avec 900 hommes et 50 chevaux. Je prends également avec moi 8000 autres soldats et 400 chevaux, ainsi que vous, seigneurs.
Mais notre force de frappe sera menacée. Et je ne peux pas concentrer trop d'hommes en un seul endroit. C'est pour cela que j'ai décidé de nous diviser.


Il attrapa un pion, et le fit glisser le long du duché.

- Une force ira au sud, traversant le marécage, et frappera la baronnie de Rispantine. Ils bloqueront les forces ici, et forceront les Rosons à amener des troupes dans ce coin-là.
- C'est suicidaire... On les enverrait à travers le marécage, et on les laisserait seuls ?
- Cela est difficile, pas suicidaire. La forêt bloquerait les forces en provenance de Line.
Je charge François de Castellanne, ainsi que Firmin et son homme Folker. Vous prendrez avec vous une cinquantaine de chevaux, avec 4000 hommes et 50 chevaux. Vous prendrez avec vous un millier de sylvains du clan rouge, qui sont rompus à ce genre de guerre. N'est-ce pas, Neyro ?

- Tout ce que votre grâce désire, répondit-il sarcastiquement.
- Bien. Nous avons réussi à mobiliser beaucoup de forces en un temps record, mais nous n'aurons pas beaucoup de chevaux, et peu de moyens de prouver notre chevalerie. Essayons de frapper vite, de frapper fort, et de forcer Roson à se calmer. N'oubliez pas que ceci n'est qu'une diversion, que notre véritable objectif est de prendre Verastre avant toute chose. Alors, pas de bravoure excessive, je désire vous garder vivant.
Nous marchons avant le crépuscule !


Tous les seigneurs se levèrent et foncèrent vers leurs subordonnés, pour leur transmettre les hommes. Flavien quitterait la ville le premier, à la tête d'une puissante force avec laquelle il comptait chevaucher.

François, lui, accompagna Folker alors qu'ils sortaient.

- Est-ce que vous faites confiance aux sylvains, vous ? On a un quart d'entre eux sous nos ordres... Il va falloir les museler...

Il jeta un coup d’œil derrière-lui, pour observer Neyro qui marchait derrière eux.

- Qu'importe. Folker, prenez vos hommes et dirigez l'avant-garde. Je vais chercher les miens.

Tout autour du château, des hommes en armures se rassemblaient. L'armure traditionnelle des Cimes était terrifiante : De larges plastrons en cuir renforcé, avec un heaume étrange qui donnait l'impression à son porteur d'être un monstre. La tenue était complétée par une sorte de léger manteau sur le dos, qu'ils devraient probablement enlever pour se déplacer dans le marécage...
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MessageSujet: Re: Le cor sonne le glas Mar 16 Juin - 17:25
Un marécage, quatre milliers d’hommes, une cinquantaine de cavaliers et mille sylvains qui savaient se battre dans un endroit dangereux par nature.
Bien qu’il ne fît aucun commentaire sur ses ordres, Folker ne put s’empêcher de penser que les forestiers seraient d’une grande aide dans les lieux qu’ils allaient traverser ; pour avoir déjà été dans un marais, il savait que la fatigue s’invitait vite et que le nez pouvait se décider à ne plus rien sentir à cause de l’odeur infâme.
Ils allaient jouer les appâts affaiblis et épuisés pour forcer un déplacement de troupes ennemies sur leur position, d’habitude les missions suicides ne gênaient pas Folker, mais là c’était simplement courir à leur perte que de s’empaler de telle sorte sur l’ennemie.
Cinq mille soldats c’était tout sauf discret, ils ne pourraient même pas considérer l’idée de prendre l’ennemi de vitesse à cause des lieux à traverser.

- Est-ce que vous faites confiance aux sylvains, vous ? On a un quart d'entre eux sous nos ordres... Il va falloir les museler.

Les museler était un brin excessif, ce n’était pas les combats qui rendaient la guerre dure, c’était ce qu’il y avait avant ; la faim, l’attente, le froid, les intempéries. Ce n’était pas les combats qui rendaient fou les hommes, personne n’avait le temps de méditer sur son sort en pleine bataille, c’était l’angoisse d’avant les affrontements où tous les soldats avaient le temps d’imaginer ce qui pouvait leur arriver.
François observa Neyro comme si celui-ci allait leur mettre une lame dans le dos.

-Qu'importe. Folker, prenez vos hommes et dirigez l'avant-garde. Je vais chercher les miens.
-Surveiller vos arrières ; s’il y a des arbres dans ce marais nous ne verrons guère plus loin que le bout de notre nez.

Sans compter les moustiques qui pouvaient rendre malades les hommes d’une simple piqûre, incontestablement l’environnement serait un adversaire à part entière.
Le commandant rassembla ses hommes et leur ordonna d’enlever leur veste et de la garder sur eux quelque part où elle ne gênerait pas leurs mouvements. Dans les marécages, inutile de se compliquer la vie. Les forces dont il disposait étaient assez faibles ; il avait une avant-garde et donc des éclaireurs, quelques cavaliers et beaucoup d’infanterie légère.
Trois cents forestiers, quatre cents hommes et une quinzaine de chevaux. C’était faible, presque un quart des troupes mais en cas de combats le terrain serait à leur avantage ; des troupes rapides et manœuvrables en plus d’arbalétriers. Peut-être pas l’élite de ce qu’avait Port-Nord mais des volontaires qui ne rechigneraient pas à la tâche, enfin, c’est ce qu’espérait Folker.
Firmin était engoncé dans son harnois, même s’il devait se tenir à l’écart des combats le terrain ne serait pas propice à la fuite, aussi ils devraient sans doutes se salir les mains en cas d’attaque surprise.
Une fois toutes ses troupes réunies, le commandant attendit un peu avant de lancer la marche, laissant le temps à François de coordonner ses soldats qui étaient beaucoup plus nombreux. Une fois leurs hommes en route, la suite se passa sans grandes encombres ; tant qu’ils étaient en territoire Castellane et dans une moindre mesure, en terrain ennemi ils ne risquaient pas grande chose. Avec les forces qu’ils avaient on ne se mesurerait pas à eux.
Puis face au marais les choses se compliquèrent ; il y avait des arbres, beaucoup d’arbres et la végétation étaient touffus ; des résineux qui poussaient les pieds dans l’eau, d’autres sur la terre ferme. Le sol humide ne présageait rien de bon.
Sans attendre les conseils de Firmin, Folker se décida à envoyer des éclaireurs sylvains plus profondément dans le marécage alors qu’ils se déplaceraient plus lentement ; une marche était déjà fatigante sur une route, dans un lieu où chaque pas devait être fait avec attention pour ne pas terminer dans la vase ou recevoir une branche au visage, ce serait pire. Hors ils devaient se battre assez vivement pour convaincre les Rosons d’envoyer des renforts dans la baronnie et ce n’était pas en envoyant des hommes épuisés qu’ils obtiendraient ce résultat.

-L’eau est stagnante… Constata le Rosevallée. Il ne peut rien y avoir de bon qui vit ici.
-De bon ?
-Il doit y avoir toutes sortes de vermines porteuses de maladies ici, j’espère que vous ne craignez pas de tomber malade à cause des insectes.

Folker déglutit ; mourir d’une infection suite à une blessure, pourquoi pas. Il mourrait d’une façon qui avait prouvé sa hargne au combat. Mais perdre la vie suite à cause d’une chose qu’on distinguait à peine, c’était infâme, il aurait honte de sa mort. S’il devait mourir d’une telle manière, l’officier demanderait à ce que la cause de sa mort ne soit pas précisée, ne serait-ce que pour son honneur.

-Au moins, s’il n’y a pas d’animaux ici on peut s’attendre à ne croiser personne et avoir un petit effet de surprise.
-Des centaines d’hommes, ce n’est pas quelque chose que l’on cache facilement et les Rosons nous enverront assez pour nous forcer à fuir s’ils voient que nous pouvons menacer une de leurs baronnies. Le marais serait un calvaire pour une éventuelle retraite.
-Ce n’est pas quelque chose que l’on arrête facilement ! S’énerva Folker. Nous sommes dans un endroit où chaque pierre, chaque arbre peut abriter un combattant, si les Rosons envoient plus que nous ne pouvons affronter, nous n’aurons qu’à les attendre ici. Il y a eu des batailles où les Sylvains ont gagné à un contre dix, justement grâce au terrain.

C’était déshonorable que de frapper ainsi, mais il avait une tâche à honorer et un roi à servir. Ça ne lui plaisait pas, toutefois le terrain ne lui laissait guère le choix quant à la tactique dont ils devaient faire preuve ; avancer avec prudence valait mieux que d’être amputé d’une partie des troupes à cause d’une embuscade meurtrière.
Tout cela n’annonçait rien de bon et le commandant espérait que François ne le force pas à accélérer le mouvement, il le ferait si François se bornait à ne pas écouter ses arguments, mais la prudence prévalait sur la rapidité. Ils mettraient du temps à traverser les marécages et mieux valait savoir à quoi ils se heurteraient.
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MessageSujet: Re: Le cor sonne le glas Mer 17 Juin - 18:00
Voilà toute la journée que les troupes marchaient. Dans les rangs, on entendait des toux, des plaintes, des injures. Les armures des troupes des Cimes étaient larges, faite de plates de fer et d'un gros heaume. Point d'armure dans toute l'Agonie n'était aussi large et aussi épaisse, et cela était très bien en combat. Beaucoup moins pour se déplacer.

François Castellanne était au sec, sur son cheval. Il tenait un bout de tissus sur son visage, tant la puanteur du marais était peu agréable. Cela était étrange. Il y avait une odeur de cadavre en putréfaction anormale. Il y avait, en quelques endroits, de larges compositions d'eau qui montaient aux genoux. Mais, en général, il n'y avait pas d'eau, ce n'était pas un moment de crue. En revanche, une sorte d'épaisse boue humide collait aux bottes, épuisait les hommes, et la chaleur montait. Des moustiques volaient par certains endroits, et venaient dans le cou des soldats. Voilà bien le dilemme auquel ils étaient confrontés : S'ils gardaient leurs gants et leurs armures, ils mourraient de chaud. Dès qu'ils l'enlevaient, ils se faisaient bouffer par d'atroces bêtes.

- ATTENTION !

François tourna vite la tête. Une charrette, piégée dans la boue, venait de casser et tombait. Des planches de bois s'écrasaient sur le sol. Le bois, provenant de la réserve sylvaine, était destiné à construire des armes de siège. Sans, impossible d'espérer prendre le château qu'ils attaquaient. En voyant cela, François ne put s'empêcher de se retourner pour hurler à ses hommes.

- Ramassez les planches, et dégagez moi ce chariot ! Nous n'avons aucune chance sans ça !
- Oui sire !

Ils étaient obéissants, Les soldats étaient toujours obéissants le premier jour. Cela n'allait pas durer.
Des sylvains étaient partis en éclaireur, à pied. Les sylvains n'étaient pas habitués à la chaleur, mais l'humidité ne leur causait aucun problème. Ils s'étaient débarrassés de leurs peaux d'ours et portaient à la place du cuir bouilli. Armés de haches et de dagues (Au lieu des épées cimiennes et des lances), ils espionnaient dans les buissons et l'herbe haute, à la recherche d'irréguliers Rosons.

Des heures qu'ils marchaient, et déjà certains soldats commençaient à s'asseoir et à refuser d'avancer. François était enragé. Mais alors qu'il allait donner de la voix, Neyro le sylvain s'approcha de lui.

- Oï, sire. Nous n'arriverons à rien à marcher par ce temps-là. On devrait camper ici et retourner demain.
- Ce temps-là ? Que dites-vous ?
- Les nuages se couvrent. Le vent se lève. Croyez-moi, j'ai passé ma vie dehors : Ce soir, il y aura une pluie torrentielle, peut-être des orages. Nous devons préparer un camp qui puisse tenir le choc.
- Bien. Sieur Rolland, allez donc prévenir Sieur Folker de quitter l'avant-garde pour venir à mon camp.
- Bien, messires !

Il s'agissait du jeune Rolland de Castellanne, un écuyer, cousin au 4e degré de François. La famille Castellanne était longue et large, même s'ils avaient perdu de leur sang lorsque Julien avait passé à l'épée ceux qui avaient osé se rebeller. Beaucoup de « Castellannes » n'étaient maintenant plus que des nobles sans fiefs, ni statut ni même argent, et vendaient leurs services comme écuyers, gardes du corps ou simplement hommes lettrés. L'histoire sanguinaire et terrifiante de cette famille avait même fait que des nobles Castellannes étaient tués au combat plutôt que pris comme otages, car l'on savait que leurs pères payaient rarement la rançon, simplement par principe.

François descendait de son cheval, et immédiatement, un de ses hommes d'armes fonçait pour attraper les rênes de son destrier. François lui donna ses gants avant de s'approcher de Neyro. Les deux marchaient côte à côte au milieu des soldats qui commençaient à dresser des tentes.

- Où pensez-vous que placer les tentes sera le mieux ?
- Il n'y a pas de terrain sec. On peut dormir dans les arbres si vous préférez, mais en vérité, on risque d'avoir des problèmes. L'eau recouvrira sûrement jusqu'aux chevilles demain, peut-être que si on met du bois par terre on pe-
- Pas de bois ! Nous en avons déjà besoin, hors de question de le souiller ! Mettez de bâches dessus pour qu'il ne pourrisse pas !
- Bien sûr sieur.
- Et organisez-moi des gardes ! Je veux que les chevaux soient protégés, et des hommes qui patrouillent autour du camp ! Dès demain à la première heure on termine notre marche à pas forcé !
- Vos désirs sont mes ordres, sieur.

Neyro s'éloigna vers ses sylvains. Il y avait beaucoup de soldats, qui traînaient des paquetages sur le dos. Ils étaient en train d'installer un camp au milieu du marécage. Certains étaient partis chercher du bois, mais les arbres étaient humides, et il était compliqué de faire un feu de camp avec. Au moins, ils pourraient recouvrir le sol et servir d'abris.

François supervisait la mise en place des tentes, faite de plusieurs cercles un peu partout. C'était un beau bordel, sans véritable organisation, chaque homme cherchant à s'installer là où c'était le plus sec, là où il y avait le moins de moustiques ou de saloperies de guêpes. Des hommes d'armes organisaient alors des patrouilles, un peu partout.

La nuit commençait à tomber. D'épais nuages noircissaient le ciel. Et alors, des petites gouttelettes commençaient à s'écraser. Un orage allait arriver.

Au milieu du camp, il y avait une tente plus grande que les autres, retenue par des poteaux et non des pieux au sol. Lorsque Folker et Firmin Rosevallée y pénétraient, François étudiait une carte sur une large table qui occupait l'espace.

- Ah. Vous voilà.

Les deux hommes prenaient place, bien qu'il n'y avait pas de sièges pour s'asseoir. Neyro était également là, ainsi que deux autres officiers, Louis Boniface, un grand chauve aux yeux cruels, et un vieux roturier barbu du nom d'Yrell, un des nombreux maîtres d'armes des Cimes. Ces deux-là serviraient de subordonnés plus que de conseillers, et étaient plus connus pour leur valeur martiale que leur intelligence.

- Messires. Nous sommes tout proches du château de Rispantine. Nous pouvons terminer notre marche dès demain, à la fin de la journée.
Sur notre chemin, nous passerons par un village bâti sur une mine de fer. Nul doute que vu l'appel des Rosons, le village soit en train de recruter.

- Une très bonne occasion de les attaquer. On devrait cerner le village et leur foncer dessus ! En plaine, nous sommes imbattables !
- Nostre grâce, le Roi Albran de Karbau, nous a expressément interdit de commettre le moindre pillage ou d'attaquer les gueux.
- Rien ne nous oblige de lui dire...
- Je n'ai pas envie de garder des secrets, et encore moins envers un Roi. Non, voilà ce qui va se passer :
Sieur Folker, demain, vous, moi, et Neyro composeront l'avant-garde de la marche. Nous prendrons les chevaux, et 500 hommes, sylvains compris. Nous irons à marche forcée à travers le marécage, et tenterons d'approcher le village. Nous pourrons observer et commencer une campagne de harcèlement.
Pendant ce temps-là, Yrell lèvera le camp et reprendra les hommes. Sieur Louis, je vous charge de l'arrière-garde : Prenez 500 soldats de votre bannière, et assurez-vous de notre garde.

- Oui, sire.
- Sieur Firmin Rosevallée, je sais que Folker est votre chevalier, mais j'aimerai que vous aidiez Yrell. Vous êtes un homme intelligent, et un bon administrateur, vos talents pour la logistique seront extrêmement utiles... Au contraire, j'ai besoin d'un soldat qui sache monter à cheval pour mes opérations de demain. J'espère que vous n'y voyez donc aucun inconvénient.

François se foutait de la réponse. Il ordonnait, et les autres obéissaient. Telle était son opinion. Il avait le regard froid et dur, très fixe. Lorsqu'il parlait, il regardait toujours son interlocuteur dans les yeux et s'exprimait d'une voix forte et concise, le ton aussi tranchant que sa lame.

- Retournez à vos campements. Nous marcherons demain.


-------------------------------------------------------------------

Un énorme son de cor retenti dans le campement. Mais les soldats avaient à peine dormi. La pluie avait été terrifiante, trouant même les tentes. Certains avaient passé leur nuit à tenter de retirer l'eau qui coulait sur eux. Toutes leurs affaires étaient humides et trempées. De la boue collante était dans les allées autour des abris. Un cheval traversa, galopant avec difficulté, jusqu'au centre de la base, tandis que partout, des militaires des Cimes s'excitaient. Le cheval arriva jusqu'à la tente de François Castellanne, et se cambra en hurlant.

François venait juste de sortir de sa tente dans son armure de mailles grises. Le cavalier descendit et donna les reines à son seigneur, permettant au baron de Castellanne de grimper sur son destrier, étonnamment excité tant il était terrifié par l'orage. François ne perdit pas de temps : Sitôt assis sur sa selle, il donna un coup dans les étriers et fonça de l'autre côté du camp, alors que la pauvre bête hennissait.

- DEBOUT SALES CHIENS ! ALLEZ ! VOS MERES PLEURENT D'AVOIR BAISE AVEC MOI EN VOUS VOYANT !

Yrell réveillait les soldats les plus paresseux les uns après les autres, souvent en leur donnant des coupes de pieds au cul. Mais il y avait 3000 soldats à réveiller. Sitôt debout, les hommes hurlaient, éteignaient les feux de camps, partaient pisser ou se faire à manger. Il fallait se préparer, car dans une heure, ils repartiraient pour marcher.

Mais pour 500 d'entre eux, ils n'allaient même pas avoir le temps de se faire quelque chose à manger.

François fonçait vers un petit groupe de sylvains, qui terminait de s'équiper. Neyro sourit en voyant son « seigneur » s'approcher. Il tenait fermement la dague qu'il gardait à la ceinture, alors qu'il levait la tête pour voir le cavalier.

- Neyro ! Vos hommes sont prêts ?!
- Prêts monsieur. Mais nous ferions mieux avec des chevaux, eh ?
- Vos hommes sont des fantassins, pas des cavaliers ! Préparez-vous à la marche !

Le groupe de 500 soldats serait divisé ainsi :
4 groupes de 25 sylvains avanceraient en avant, se divisant pour traverser le marécage en éclaireurs. 200 soldats, des fantassins Castellannes, feraient leur marche forcée, en cinq colonnes, le long du marécage. Enfin, les 200 soldats restant seraient le gros des troupes. Parmi eux, il y aurait 50 cavaliers, des outresylvains du nord comme des outresylvains-aurores du Bosquet. 15 chevaliers, 15 écuyers, et des hommes d'armes pour accompagner François (Et son propre écuyer à lui). La cavalerie marchait en avant du groupe, non pas en colonnes mais en diverses longues lignes profondes de plusieurs rangs. Ainsi, ce large groupe serait peu ou prou mobile dans le marécage brumeux.

Après une quinzaine de minutes, tout ce beau monde était enfin en marche. Le ventre creux et les chaussettes mouillées, ils marchaient vers le sud. François arriva au niveau de Folker, son destrier marchant au pas, tandis que devant eux, Neyro et ses hommes trottaient pour disparaître à travers les arbres et les buissons.

- Sieur Folker. Préparez-vous. N'importe quoi peut arriver à présent.
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