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MessageSujet: La Colombe Agonise Dim 24 Mai - 23:53


Aujourd'hui était un jour de fête dans le bourg de Dagimberd. La menace de la guerre Gémélite, la mort d'Amédée de Roson, la peur d'une famine et d'une maladie qui approchaient... Tous ces tracas n'étaient, pour le temps d'une journée, qu'un petit désagrément passager.

À l'entrée du bourg, des mercenaires montaient la garde, lourdement armés. Ils se préparaient à calmer le moindre problème, à pacifier le moindre signe de résistance. La tension était palpable. Le duc de Carmolite, Grégoire de Vellier, avait envoyé des invitations dans toutes les seigneuries du Royaume, même celles qui bientôt pourraient devenir ennemies...

Dans les rues puantes du bas-fond de la ville, des femmes s'attelaient avec des vêtements sales au lavoir de la ville. Les enfants aux dents noires et manquantes riaient, tandis que les hommes, profitant de ce jour de grâce, buvaient en riant dans les tavernes. La milice privée de Dagimberd surveillait toutes les allées, et tous les coupes-gorges ; ces gardes-là brandissaient leurs épées carmolaines à tout va, n'hésitant pas à apeurer ceux qui s'approchaient trop près des endroits stratégiques. Pour la première fois depuis longtemps, l'on pouvait y marcher tranquillement.
Le soleil était haut dans le ciel, et il n'y avait que très peu de nuages. Enfin, une bonne journée !

Dans la haute-cour, loin au fond de la ville, le duc de Carmolite avait paré son plus beau costume, que des serviteurs lui faisaient enfiler. Sa femme, une bonne et vieille dame, le regardait, assise sur un fauteuil en bois devant la fenêtre, un sourire rempli de nostalgie et de vieille sympathie à l'égard de son amant. Il eut été un temps où ils étaient jeunes et beaux, où lui était un fougueux chevalier et elle une séduisante princesse. C'était une de ces histoires bien médiévales : Celle du guerrier qui obtint sa main par ses faits de gloire, et celle de la jeune fille qui lui donna de beaux enfants.

- Ah ! Bande de cochons ! Pas capables de faire quelque chose de propre ! Fustigea le duc alors que ses serviteurs tentaient de lui serrer ses vêtements.
- Du calme, mon beau... Garde ta fougue pour quelqu'un d'autre...

Elle lui fit un clin d’œil plein de malice, et le duc se calma aussitôt.
Aussitôt après, la longue porte de la salle s'ouvrit, et un jeune homme avec un bouc et une belle armure brillante se présenta. Le duc poussa ses serviteurs et s'approcha de lui bras ouverts.

- Ah ! Mon fils ! Frais de Verastre ?!
- Père !

Les deux se prirent bras dessus-bras dessous, alors que la mère elle aussi fonçait pour enlacer son fils.

- As-tu fait bon voyage ?
- Fort bien, mère. Mais je crains que nous ayons des problèmes. Virgile de l'Espée a prévenu Albran et Amelin.
- Est-il prêt à céder le royaume ?
- Oui, père. Le premier à atteindre Verastre deviendra le nouveau roi d'Agonie.
- Et... Les Rosons ?

Le fils baissa les yeux.

- Pour l'instant, ils ne sont pas enclins à supporter une revendication plus que l'autre... Mais j'ai pu apprendre par Malon de Mussi quelque chose. Mordred Castellanne a envoyé l'un de ses proches tenter de négocier avec le duc d'Epauline.
- Mordred et lui sont cousins. Il serait logique qu'ils se soutiennent mutuellement...
- Et nous, père, pour qui devrions-nous nous déclarer ?
- Eh ! Pour personne, la belle affaire ! Cette guerre est une arnaque ! Nous n'en serions pas là si Amédée n'était pas mort ! On enquête toujours dessus, d'ailleurs. Et le grand Chamelier a d'ailleurs découvert quelque chose de surprenant...

Le trio fut alors coupé lorsqu'un autre homme, plus vieux mais également en armure, arriva.

- Pardonnez-moi, suzerain.
- Ah ! Jeor ! Mon champion ! Que se passe-t-il ?
- La foule attend, monsieur. Les représentants des Cimes sont déjà arrivés, et son pressés de se battre.
- Eh bien, allons-y. Mon fils, nous nous parlerons plus tard. Va donc aider ta mère.
- Bien, père.

Les deux furent séparés tandis que Grégoire suivait Jeor de Lannisport. Jeor avait beau être âgé, il était l'un des meilleurs combattants d'Agonie. Il sera son champion pour la joute qui allait se préparer.

Le tournoi de Dagimbert était surnommé le « Tournoi de la Colombe », car son but officiel était de tenter d'assurer la paix entre les seigneurs. Tous les plus grands d'entre eux étaient invités, oui, même les deux rois, Albran et Amelin (Qui avaient tout deux refusés de venir, mais avaient envoyé leurs vassaux). Pour cela, le duc avait bien entamé sa trésorerie : 40000 pièces pour le gagnant de la joute, 20000 pour le second, 20000 pour le gagnant de la mêlée et 10000 pour celui qui remporterait la compétition d'archerie. Avec des récompenses aussi hautes, rares étaient ceux qui avaient pu oser refuser une telle offre. 40000 pièces, ce serait assez pour engager les services d'une compagnie de mercenaires, ou même se faire construire son propre château.

Les Castellannes du duché des Cimes étaient arrivés en grande pompe. Mordred était venu sur son grand cheval, avec sa couronne de duc, bien décidé à rentrer chez lui avec les honneurs de ses fidèles. Il était venu accompagner de Flavien et Garibald de Castellanne, ainsi que de Baptiste de Boniface. Chacun des 3 hommes étaient accompagnés d'un écuyer : Pour Flavien, il s'agissait du jeune Nathan de Castellanne, un très très lointain cousin aux jambes courtes, aux bras longs et au nez pointu, courageux mais peu habile de ses mains. Pour Garibald, il s'agissait du vieux Meryn de Hautcourt, un vieil homme qui avait beaucoup entraîné le jeune homme. Quant à Baptiste, il n'avait pas amené un vrai écuyer noble, mais un jeune sylvain du nom de Robin, du clan Rouge.
Mordred avait également amené dans ses bagages Margaud et Gauthier, les deux enfants d'Yvain. Ils étaient là pour tenter de se trouver un conjoint, de manière à faire de vraies alliances. Si Gauthier était heureux d'être là, Margaud avait été une vraie peste peu coopérative, jusqu'à ce que l'on demande à son précepteur d'intervenir. Même à la trentaine, la femme était resplendissante dans sa jolie robe rouge-sang, ouverte sur le haut du dos et dévoilant légèrement sa poitrine. Un moyen bien économe de tenter de la rendre attirante.

La famille Castellanne était assise dans la tribune devant l'endroit où la joute se tiendrait. Les 3 combattants et leurs écuyers se préparaient. Mordred et Gauthier étaient dans les rangs au fond, côte à côte. Mordred semblait faire la tête, replié au fond de son fauteuil, contrairement à Gauthier qui observait les chevaliers avec une certaine avidité.

- Regardez, oncle ! Cria-t-il. C'est Laurent de Brasville !

Sur un large cheval blanc arrivait un homme qui portait une énorme armure de fer brillante au soleil. Il était acclamé par la foule, et saluait les nobles. Les jeunes femmes baissaient les yeux en souriant alors qu'il passait.

- Ah, de Brasville... Il est au service du duc de Champdor, c'est bien cela ?
- C'est cela même, répondit Mordred qui appréciait un peu de conversation.
- C'est l'homme le plus grand que j'ai jamais vu...
- Un grand soldat, et un homme charmant. Mais son nom n'est pas assez important. Il serait un pauvre mari pour une vraie jeune fille.

Gauthier haussa les épaules. Il n'était pas une femme, il n'épouserait jamais un homme de sa vie. Laurent ne l'intéressait que pour d'autres choses... Non, lui, il épouserait une femme pour la retenir en otage, tel Mordred et Claire.
Claire, quelle douce et belle femme... Mordred pensait à elle. Il l'avait laissée seule au Bosquet. Son frère était censé négocier avec les De Canin. Et s'il échouait ? Il aurait le nord à garder. Oh, Claire, il l'aimait. Elle était belle, elle était douce... Mais il l'aimait comme une pauvre enfant. Car, voilà ce qu'était Claire, une enfant dans un corps de femme.

Le duc arriva, et tous les nobles se levèrent pour l'applaudir. Il monta sur l'estrade et cria en la direction de la tribune.

- Mes amis ! Mes amis ! Quelle joie ! Quel plaisir de tous vous voir ici, ah ah !
La joute commencera bientôt ! Mais d'abord, festoyons, mes amis !


Un large banquet était en train d'être mis en place. Les nobles se levèrent pour aller s'attabler.

Margaud était assise dans les premiers rangs. Elle resta vissée à la chaise, quand une main se posa sur son épaule, ce qui la fit tressaillir.

- Ah. C'est vous.
- Allons, Margaud... Je t'ai déjà expliqué. Il faut faire bonne impression.

Elle soupira longuement et rejoignit son tuteur. Les deux s'approchèrent lentement de la table du banquet, mais découvrirent que Mordred et Gauthier étaient déjà en train de discuter.

Mordred se tenait devant un grand homme, et lui fit un large sourire.

- Ah ! Sieur Hoël ! Dame Judith ! Quel plaisir de vous voir aujourd'hui.

Les Roseval-Castelyr. Leur nom très proche de « Rosevallée » et « Castellanne » prêtait souvent à des problèmes de compréhension malheureux. Cette famille autrefois puissante n'était maintenant rien de plus que l'ombre d'elle-même, comme les De l'Espée dont la femme de Hoël était là. Une beauté froide que celle-là. Elle avait un charme indéniable, qui ne laissait pas Mordred trop indifférent. Quant à Gauthier, lui, il les observait passablement. Hoël n'était pas vraiment son genre d'homme.

- Je vous présente mon neveu, Gauthier de Castellanne, fils cadet d'Yvain.
- Un honneur pour moi de vous rencontrer.
- Quelle charmante journée, vous ne pensez pas ? Comment se porte donc votre famille ? Et le duc de Lucie, a-t-il répondu à l'invitation ?

Avant même que Hoël ne puisse répondre, Margaud s'approcha à pas de loups. Elle fit une très courte révérence devant eux.

- Messieurs...
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MessageSujet: Re: La Colombe Agonise Dim 31 Mai - 20:00

Léopold avait peur, pourtant il n’en montrait rien et se cachait derrière ce que beaucoup appelaient « un air de petit con », ce qui était vrai avec son petit sourire en coin. C’était une parade très classique qui marchait souvent ; faire croire qu’on était un idiot sûr de lui alors que derrière se cachait un concentré de ruse et de trahison. C’était aussi un bon moyen de cacher une angoisse grandissante.
Cette pensée éveilla une nouvelle question dans l’esprit du noble ; de qui avait-il plus peur ? De Canin était un fou dangereux et François était très porté sur l’honneur. Valeur que l’alchimiste ne connaissait pas trop. D’ailleurs les deux devaient le détester ; c’était un traître, ce qui n’était pas forcément un avantage dans la négociation d’une alliance.
Dire que s’il échouait Mordred lui tomberait dessus avec autant de force qu’un morceau de pierre lancée par un trébuchet.
Les lieux étaient un croisement infâme entre l’austérité d’un monastère et une salle de torture ; il faisait relativement sombre, il y avait peu de fenêtres et des armures trônaient dans certains couloirs. A vrai dire, Léopold était presque étonné de n’avoir vu aucune vierge de fer. Enfin, il avait du vin et un repas, ce qui était suffisant pour qu’il digère une partie de sa peur.
Puis le comte croisa le regard de François.

Cette gueule… Est-ce humainement possible de paraître à la fois aussi contrarié et dégoûté ?

-Au moins nous ne manquons pas de vin.

Même s’il fallait éviter de boire avant de rencontrer la paire, un petit verre ne lui ferait en rien du mal.

-Je ne bois pas de vin.

Haussant les épaules, l’empoisonneur regarda son assiette ; s’il était comme ça tout du long des négociations ça allait être difficile d’obtenir une aide de sa part durant le dialogue.

-C’est la première fois que vous venez ici ?
-Où ? Le château ou la marche ?
-La question s'applique aux deux.
-Je suis déjà venu dans la marche. Jamais dans le château.

C’était bon à savoir.

-Vous avez déjà rencontré Elias et Elliot?
-Mon père les a rencontrés.
-Il en est ressorti?
-Mon père n'a pas peur des De Canin. Vous les craignez ?

Droit au but. Même s’il n’était pas causant il savait où frapper.

-Je crains les adversaires à ma taille.
-Vous n'avez pas une grande taille, alors, Sieur Léopold.

Pourquoi Léopold s’attendait à ce que François l’épargne sous prétexte qu’ils devaient coopérer ensemble ? Toutefois, le comte n’avait pas dit son dernier mot et même s’il ne comptait pas faire valoir son rang pour obtenir un faux respect, ce n’était pas dit qu’il n’emploierait pas cette carte.

-Les apparences sont parfois trompeuses.

C’était un loup, il s’était réuni avec d’autres de son espèce pour chasser un ours de sang royal. Ce n’était pas simple mais ils pouvaient réussir cette entreprise.

-Ne faites pas le coq trop fier, Sieur. Mordred vous a demandé de venir ici pour une raison.
-Vous n’aimez pas ma franchise ? Pour une fois que je fais preuve de franchise.  
-Aye sieur Léopold.

L’empoisonneur eut un sourire.

-Vous préféreriez être à la place de votre frère ?
-Il est vrai que mon frère a droit au luxe et à vivre une vie de débauche. Mais c'est moi qui suit appelé pour négocier avec les De Canin, pas lui.
-Vous le détestez pour ce qu’il a où pour ce qu’il est ?
-Sieur Léopold, je sais que vous essayez de passer le temps, mais abstenez-vous de parler de mon frère.
-J'essaie de vous cerner pour savoir avec qui je m'engage.
-Nous ne sommes pas engagés, sieur. Nous sommes venus représenter ceux qui nous sont supérieurs...

S’ils échouaient ce serait lui, le malchanceux comte, qui prendrait toute la rage de Mordred en pleine figure. A moins que Claire ne subisse tout, même si c’était peu probable.

-Nous sommes venus représenter et si nous échouons à représenter, nous faillerons à notre devoir.
-Etrange que vous parliez de devoir.
-Je remplirais mon devoir. Vous avez changé de sujet car vous vous sentiez en difficulté, n’est-ce pas ?
-Est-ce que c'est une blague ? Vous êtes en train de tenter de l'humour ? Vous êtes un comte, pas un bouffon, sieur !

Il essayait de le déstabiliser et c’était réussi.

-J'essaie de vous déstabiliser et je constate que j'ai réussi.

Devant le silence qui commençait à s’installer, Léopold rajouta :

-Vous devriez fréquenter un bordel. A moins que vous ne souffriez d'un cruel manque d'expérience en la matière et que vous jalousez votre frère sur ce point?
-Pourquoi vous ramenez le sujet là-dessus, comte ?
-Je me demande si vous avez déjà connu la chaleur d'une femme.
-Pourquoi cela vous intéresse-t-il ?
-Vous ne faites pas spécialement d'effort pour trouver une femme.
-Je me marierais pour mon statut, lorsque mon père le choisira.
-Votre statut? Votre frère qui est bourgmestre a plus d'influence que vous? Fils aîné, baron et pourtant votre cadet à un meilleur poste. Vous aurez le second choix. Comme d'habitude j'ai envie de dire.
-Et alors ?! Qu'est-ce que cela peut vous faire ?!
-Je suis navré de savoir cela. Mordred en vous envoyant ici tente de vous valoriser aux yeux de votre père et vous êtes en train de détruire ses chances en m'empêchant de savoir ce qui vous ronge.
-Oh, je comprend mieux... C'est un sorte, de... De quoi, de test ? Vous voulez dire du bien de moi à votre beau-frère ? Très bien, ne vous en faites pas, je me rendrai utile avec les De Canin. Mais c'est tout.
-Je n'essaie pas de vous tester. J'essaie de vous faire réaliser que vous pouvez vous hissez plus haut dans la noblesse.
-Votre préoccupation est appréciée, mais pas nécessaire. Je n'ai pas besoin de votre aide.
-Vous aurez pourtant besoin d'aide pour votre ascension...

Les frères entrèrent. Les deux hommes se levèrent. C’était maintenant que tout allait se jouer, il avait l’aide de François, c’était le mieux possible dans l’état actuel des choses.
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MessageSujet: Re: La Colombe Agonise Sam 6 Juin - 0:19


Au milieu de la lime nord, bâti sur une plaine verdoyante. Mais ce n'était point des champs qui poussaient, simplement de l'herbe. Il n'y avait point, dans ce coin-là de lieux fertiles où faire la culture de céréales ou de légumes. Rien, rien sinon de l'herbe.

La journée était fraîche, et peu intéressante. François de Castellanne et Léopold de Rosevallée avaient beau être les invités d'honneur, ils n'avaient pas été reçus en grande pompe. Hier, tard dans la nuit, leurs hommes étaient invités à dormir à une auberge dans l'enceinte du fort tandis qu'eux deux avaient leurs chambres dans le château lui-même. Après un copieux petit déjeuner, ils devaient à présent attendre depuis plusieurs longues, longues minutes. Les Canins s'amusaient d'eux.

Devant le château, des gueux marchaient. Ils vaquaient à leurs occupations. Les hommes d'armes des deux nobles des Cimes, eux, s'amusaient... Dans la basse-cour du château Canin, à l'extrême limite du territoire véritable du trône d'Agonie, ils buvaient, rigolaient, alors que de jolies femmes d'origine sylvaines les menaient danser ou s'amusaient à s'asseoir sur leurs genoux. Ils se détendaient, un repos bien mérité après une nuit très agitée. Si François de Castellanne était à la tête de ses hommes, à cheval, Léopold avait préféré le confort d'une voiture.

François et Léopold. Il était logique que ce dernier soit choisi pour la négociation, tant il avait de la capacité à la négociation. En revanche, le fait que François se retrouve ici était un choix... Surprenant. La lettre de Mordred au comte du Nord avait été simple : « Vous emmènerez mon cousin, François, avec vous ». Aucune explication, aucune raison avancée. Pourquoi l'amener ici ?
Surtout que le Baron de Castellanne n'avait aucune envie de se retrouver là. Arraché à son château-fort au milieu des montagnes, il trouvait sa présence ennuyante et sans intérêt, surtout qu'il n'avait que peu de respect pour les Canins, ou même les sylvains qu'il avait combattu.
Mais ces sylvains pulluaient dans ce coin-là des sylvains amis avec le régime en place.

Elias de Canin portait des habits de ville, très luxueux et légers. Il s'était rasé court et affichait une mine de fer. Eliott, lui, portait une large armure de chevalier et avait encore les cheveux crépus. Ce fut l'aîné qui parla.

- Ah ! Messires François ! Sire Léopold ! Au nom de la marche nord, nous vous présentons toutes nos excuses pour votre désagrément et notre lenteur pour arriver ici... Mais de nombreux problèmes à résoudre nous attendaient...
- Vous voulez dire, un problème plus urgent que celui de votre Roi, Albran de Karbau ?

François fusillait Elias du regard. Eliott faisait de même envers l'homme qui venait de répondre à son frère. Pas même une minute, et déjà l'ambiance était froide et une large tension s'emparait de la pièce.
Mais Elias se contenta de sourire, un sourire forcé et figé, et de faire un léger signe de main pour rassurer son frère.

- Vous avez raison, sire. Aussi, asseyez-vous donc... Prendriez-vous un verre ?

Elias prit place à la table, et bien vite, tout le monde fut attablé. Une jolie et grande brune, en habits de servante, arriva avec un large pichet dégoulinant de bière.

- Bien, bien. Alors, commençons. Que nous vaut donc l'honneur de la visite de nos amis des Cimes ?
- « Nos amis ». Car, bien sûr, Mordred nous fait l'insulte de ne pas venir, mais d'amener à la place son beau-frère !
- Ah ah ! Du calme, Eliott, du calme ! Messires Léopold est un homme honorable, et respectable, et il mérite tout notre respect et notre hospitalité.

C'était un rictus peu convainquant que Elias avait sorti. C'était un homme de fer, un combattant, pas un politicien. Et il est vrai que s'il essayait de calmer son cadet, il éprouvait le même sentiment que lui.

- Sieur Mordred est occupé, répondit François.
- Est-il occupé à pavaner dans une joute à l'autre bout de l'Agonie ? Nous en avons eu vent, mais le duc de Carmolite ne nous a même pas fait l'honneur de nous inviter ! N'est-ce pas qu'il ne nous considère que comme des bâtards illégitimes ?!
- Eliott !
Soit. Sire Léopold, je vais être clair. Nous ne sommes pas dupes. Il y a des tensions, bientôt une guerre, et Mordred recherche des alliés. Vous êtes venus ici pour demander à ce que nous plions le genou devant Albran de Karbau. Sûrement que vous désirez notre aide. Il est vrai que nous avons dans notre marche des militaires professionnels très entraînés, et des relations avec beaucoup de clans sylvains. Nous seulement nous pouvons vous donner des hommes mais nous pouvons vous assurer que vous ne finissiez pas avec un second front au nord, au sein même de votre territoire.
Mais voyez-vous, une guerre, ce n'est jamais vraiment bon. Notre père a juré de défendre le nord et de garder les sylvains, pas de se mêler d'intrigues politiques. Notre actuel régent, l'honorable Virgile de l'Espée, a décidé de proclamer sa neutralité, pourquoi ne devrions-nous pas faire de même ?

- Et je vais aller plus loin : Pourquoi ne pas nous déclarer pour Amelin de Karbau ? Il est clair que nous pouvons constituer une force. Nous pourrions descendre au sud et prendre votre cher Port-Nord, comte Léopold, et couper toute voie d'accès à la mer à votre cher Roi. Qu'est-ce que vous pouvez nous apporter ?

François grinçait des dents. Le but du jeu était maintenant celui de convaincre les Canins.
Avant cette réunion, François et Léopold s'étaient mis d'accord : Léopold utiliserait des arguments pour attirer leurs faveurs, en gros, agiter une carotte à l'âne. François, lui, utiliserait des arguments de force pour calmer les ardeurs des frangins, donc le bâton.

- Prendre Port-Nord ? Et vous pensez cela possible ?
- Très réalisable. Nous avons sous nos ordres 5000 soldats professionnels entraînés constamment et armés par la couronne. Nous avons un trésor, certes moins grand que le vôtre, mais tout de même suffisant pour lever une petite force de 5000 autres hommes. Et je ne vous parle pas des clans sylvains que nous pouvons lever...
- Et Port-Nord a une mine de fer. Et l'accès à la mer. Et le château de Rosevallée, qui est renforcé. Vous ne vous rappelez-vous pas de la dernière guerre du Nord ? Les armées Rosevallées n'ont pas été battues. Port-Nord et le château Rosevallée ne sont pas tombés. Il a fallu s'infiltrer pour avoir une chance. Quant à vos précieux sylvains... Certes, vous avez des relations avec des clans très au nord. Mais se battront-ils pour vous ? En échange d'or ? Nous avons également des sylvains alliés, et pas seulement par des promesses... Par les liens du sang.
Vous devriez faire attention lorsque vous menacez d'autres seigneurs, sieur Eliott, surtout au tout début d'un conflit. Nous pouvons faire déplacer presque 6000 hommes, le quart d'entre-eux à cheval au sud de votre précieuse marche en deux semaines. Est-ce que cela vaut le coût ?
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MessageSujet: Re: La Colombe Agonise Dim 7 Juin - 12:20
Il n’avait même pas eu le temps de desserrer les dents qu’on se jetait déjà sur lui et à vrai dire, c’était toujours désagréable de se faire insulter alors que les négociations n’avaient pas encore commencé. Toutefois, Léopold s’en tiendrait au plan ; il parlerait alors que François aurait le plaisir de remettre à leur place les deux frères.
Même si le baron n’avait pas été très bavard lors de leur entrevue, le comte constata que passer à l’offensive n’était pas un problème pour lui.
Puis vinrent les menaces sur son domaine et Port-Nord, un grand classique de le menacer dessus, toutefois survivre à une guerre fratricide sur son propre territoire amenait forcément à savoir les points d’intérêts de son comté. Aussi, le noble feint l’indifférence, même si au plus profond de lui, il pensait que la paire en face de lui était assez stupide pour tenter le coup.
François, loin d’essayer d’avancer des arguments politiques ou autres, se contenta d'affirmer que les armées des Cimes étaient plus puissantes que celles des De canin. Ce qui en soi était un argument de taille même s’il était amené avec autant de subtilité qu’un coup de marteau sur le crâne d’un chevalier.

-Non, cela n’en vaut pas le coût. Les guerres nuisent à l’économie, encore plus quand elles sont civiles. Les ruines de Port-Nord ne vaudraient plus grand-chose et si les frontières près de chez nous sont pacifiées, c’est bien grâce à vous messieurs.
Port-Nord est une plaque tournante du commerce et beaucoup de vos marchandises passent par chez moi, je pourrais diminuer les taxes sur vos marchandises et vous donner la priorité sur beaucoup de choses, la Marche Nord pourrait être bien plus prospère qu’elle ne l’est actuellement.


Toutefois, il y avait bien plus à proposer ; du fer, c’était sans doutes ce qui les empêchait de se ranger d’un côté ou d’un autre, car si la couronne retirait son soutien logistique leurs soldats tiendraient une bataille voire deux. Se battre avec des épées cassées et des armures cabossées n’aidait pas vraiment durant un affrontement.  
Enfin, ce n’était que supposition, mieux valait éviter de dire des conneries maintenant. Par contre les promesses, ça, c’était quelque chose de primordiale.  
S’ils acceptaient, il ne restait plus qu’à proposer qu’à proposer un mariage entre Marion et Firmin, en plus de faire en sorte qu’Elliot puisse faire campagne. Après tout, la guerre apportait aussi de la gloire en plus de la dévastation.
Enfin, ça c’était si François ne venait pas mettre son grain de sel en faisant une remarque déplacée sur la capacité de la Marche Nord à faire du commerce.

-Bien sûr, si vous acceptez il faudra penser à un mariage ; les liens du sang sont ceux qui unissent le mieux les dynasties entre elles.

Intérieurement, Léopold priait pour que François ne dise rien de stupide.
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MessageSujet: Re: La Colombe Agonise Mar 9 Juin - 17:00
On est d'accord que c'est un RP qui compte pour du beurre avant l'ouverture du forum ? Parce qu'il est légèrement anachronique.

- Le Duché de Carmolite est détenu par les Karbau (le titre reviendra à Albran ou Amelin en même temps que celui de Roi). C'est pas un truc que je viens d'inventer, c'était écrit déjà bien avant que vous ne commenciez votre RP (pour ça qu'ils sont neutres dans le conflit)
- Vous n'êtes censé jouer que vos familles et vos vassaux. Le Duc de Carmolite et les de Canin ne sont pas des vassaux des Castellannes alors Dole ne peut pas les jouer, le rôle revient à un MJ.
- Evitez de nommer des PNJ à des titres importants, Ducs, Comtes, au risque de prendre la place de futur PJ.

Malgré ça c'est cool, ça annonce du bon pour la suite, pour le vrai RP. :o)
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MessageSujet: Re: La Colombe Agonise Mer 10 Juin - 16:34
T'inquiète Louet, c'est tout pour du beurre, du inventé à 100%, hein

c'est juste pour voir à quoi ressemblerait un RP sur les blasons ^^

Dis-toi que c'est un pilote pour une série
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MessageSujet: Re: La Colombe Agonise
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