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MessageSujet: Le Taureau sans cornes Ven 6 Nov - 1:42
La légère ondée balayait la ville du Bosquet. Une pluie fine, qui ne formait pas de flaques d'eaux, qui s'accrochait aux visages et s'écrasait sur la route. Les feuilles mortes d'automne jonchaient le parvis, collée à une boue dense qui s'installait au fur et à mesure que des souliers ou des bottes venaient s'écraser dessus. Dorénavant, on ne devait pas marcher trop vite, car sinon, on risquait de glisser sur cette mélasse brune.

Au nord du Bosquet, juste sur la rive ouest de l'Eltuse, se dressait la vieille ville, celle bâtie déjà au temps de l'Empire. On y accédait par une première enceinte, l'enceinte dite « Basile Boniface », pour celui qui la construisit il y a de cela 500 ans. Le domaine privé des Castellannes était séparé par de larges tours, avec une courtine en pierre qui reliait chacun d'eux. D'habitude, la cour externe était ouverte au public, car y vivaient, au cœur de la vieille ville, les « bonnes gens », les bourgeois aisés, des médecins éminents et des chefs de guildes. Cela n'était pas exception aujourd'hui, mais le nombre de garde avait étonnamment augmenté. Des sergents patrouillaient bruyamment, le cliquetis de leurs côtes de mailles retentissant à chacun de leurs pas. Ils se baladaient en groupes de 2 ou de 3, la main sur l'épée, à regarder avec un air patibulaire chacun des passants.

Mais dans la cour interne du domaine, il n'y avait pas un bruit. Pas un seul, hormis celui d'autres sergents zélés qui eux aussi patrouillaient les parvis et les jardins du château. Mordred les observait depuis un balcon dressé sur le donjon. Il les regardait, avec ses yeux gris et froids, exactement les mêmes yeux que ceux des statues de pierres qui parcouraient tout le hall du château. Il y avait la statue du Légat Lanius, qui avait soumis les Loens d'Estrie. Il y avait celle de Nathan de Broie, chevalier légendaire dont nous n'étions même pas sûr qu'il avait vraiment existé. Celle de Claude le second, meurtri par une lance d'un Severn. Et puis, plus récente, celle de Saint-Fabien, qui avait défendu jusqu'à la mort un monastère attaqué par des frissons.
Tant de héros vénérés, gravés dans la pierre pour qu'ils soient mémorables, pour que les gens qui passent dans ce hall et les observent s'arrêtent, un instant, petits face à leur taille imposante, leurs épées entre leurs mains, le globe qu'ils tenaient dans leurs mains, les édits qu'ils signaient d'une plume de marbre, formant nations et manipulant l'Histoire. Plus jeune, Mordred les regardait avec passion, se demandant si lui aussi, un jour, serait gravé dans la pierre à leurs côtés.

- Votre grâce.

Chassé de ses pensées, Mordred fut forcé de se tourner, tandis qu'un de ses gentilshommes de sa Maison lui faisant une large révérence. Le duc ne lui dit pas mot. Il se contenta de bien mettre ses épaules en arrière et de l'observer silencieusement.

- Pardonnez-moi, sire. Sire Yvain votre frère est arrivé.
- Mon fils est-il avec lui ?
- Messires le marquis Gallard n'est malheureusement pas venu jusqu'ici, Votre Grâce... Il n'a pas justifié son absence.
- Bien. Parfait. Faites-moi parvenir sa majesté, s'il le souhaite, bien-sûr.


« Sa majesté »... Mordred avait encore un peu de mal à s'y faire. Le jeune Albran aussi ne semblait pas encore s'y faire. Comment pouvions-nous lui en vouloir ? Il n'avait que 13 ans. Il n'avait que 13 ans, c'était un garçon, qui avait tout juste l'âge d'être écuyer, il ne savait pas encore qu'il pouvait être le plus grand des Rois de Gallance.
« A condition bien sûr qu'il m'écoute », songea Mordred. « C'est un brave garçon, intelligent et fort. Mais j'espère bien qu'il m'écoutera toujours, que lorsque l'adolescence frappera il ne se transforme pas en irrespectueux salopard. »

Mordred traversa son hall, et descendit les marches d'un large escalier, ses pas résonnant dans la gigantesque pièce. Son mantel en soie volait derrière lui, comme une cape. Mais ses autres vêtements lui tenaient au corps. Ils étaient en cuir, bien taillés, austères et droits. Il portait un large collier, en or et en bijoux, ainsi qu'un anneau, signes de son pouvoir politique, militaire et religieux. Il est vrai que depuis maintenant plusieurs années le Roi avait perdu beaucoup en grandeur et en prestige...

Il s'approcha d'une chambre. Deux hommes postés en faction devant lui ouvrirent. Non pas des brutes de sergents en côtes de mailles, mais des gentilshommes en uniformes, une épée courte à la ceinture. Mordred pénétra à l'intérieur. C'était en quelque sorte la « salle du duc ». Son bureau, son office. Une large salle, rectangulaire, froide, sombre, chauffée par un feu de cheminée et uniquement illuminée par de larges vitres derrière lesquelles on avait placé des vitres en fer. Il y avait, sur le mur en pierre, un tableau représentant la victoire d'Imry de Castellanne sur les infâmes Töters lors de la Croisade en Longuejarrie, ainsi qu'une armure en plate ayant appartenu à son neveu. Point d'autre décoration.

- Ah. Mon frère.

Il aurait dû prendre une voix cordiale et amicale. Mais ses mots sortirent froids et monotones.
Yvain, comte de Pélengrin, s'était redressé et avait un peu voûté le dos devant son frère.

- Sire.
- Voyons, Yvain.
- Pardon. Mon frère.


Alors que Mordred s'approcha du bout de la table, prêt à prendre sa place habituelle, celle du chef, il eut tôt fait de voir d'autres personnes, en bout de pièce, qui toutes courbèrent rapidement le dos. Il les reconnus toutes.
Son deuxième fils, Arnault, qui lui faisait un sourire en coin. Sylvain, le fils d'Yvain, qui avait la mine froide et fermée. Martial Destouches, qui fermait les yeux et s'appliquait dans sa révérence, comme s'il s'agissait d'un exercice audacieux. Guyard de Hautecour, qui pour une fois ne portait pas de pièces d'armures. Et Maël d'Isiel, qui avait ce visage, cette mine... Il souriait mais ses yeux ne souriaient pas avec lui.
Pas une femme n'était présente dans la salle. D'ailleurs, de toute l'histoire des Cimes, jamais aucune femme n'avait été admise près du Duc lorsqu'il dirige. S'il devait être conseillé par une femme, c'était par des murmures, en privé, le plus souvent dans l'intimité d'une chambre à coucher ;

- Messires.
Sire Sylvain. Vous êtes parmi nous. Cela doit bien faire... Dix-huit mois, que nous ne sommes point déjà vus ?

- Effectivement, sire. J'étais parti en pèlerinage au Caldéra.
- Bien sûr, je le sais. Mais vous êtes rentré il y a de cela plusieurs semaines. Vous auriez pu me donner de vos nouvelles.
- Pardonnez-moi, mon oncle, mais j'étais occupé par certaines affaires.


« Baiser est ta seule affaire, chien. Tu crèveras de la syphilis ou dans une ruelle dans ton propre vomi. Je donnerais tes terres en apanage à cet abruti de Gallard et tout sera résolu. »
Mordred fit un signe de main et, comme d'obéissants soldats, tout ce beau monde vint s'asseoir à la table. Il y avait une place, réservée, juste en face de Mordred, au Roi Albran de Gallance.

- Messires, dit Guyard. Notre ost se compose de-
- Sire Guyard. Pardonnez-moi. Mais j'aimerai qu'Albran nous assiste. Je pense que cela peut-être bon pour son éducation. C'est un Roi de droit, maintenant. Il faut qu'il puisse apprendre cette fonction.
- Bien sûr. Bien sûr...


Un silence gênant s'installa. On n'entendit plus que le crépitement de la bûche derrière Mordred avant que Martial ne se mette à tousser.
« Chloé doit être encore en train de jouer avec lui », se dit Mordred. « Je lui ai déjà interdit. Albran est un Roi maintenant, il faut qu'elle arrête de lui rôder autour. Si elle veut s'amuser à cache-cache, je lui trouverais bien un gueux orphelin. ».

La porte s'ouvrit. Tous les seigneurs, se levèrent aussitôt. Ils ne firent pas une petite révérence ; Ils plièrent le dos presque entièrement, la main sur le cœur. « Mon Roi », « Votre majesté », « Votre altesse », fusaient en écho dans un brouhaha entre eux. Un gentilhomme tira la chaise pour le jeune Albran, qui put alors s'installer.
Mordred essaya de lire en ses yeux. Etait-il impressionné ? Ce n'était pas son genre. Il ne l'avait pas élevé comme ça. Au fond de lui, Albran devait se sentir fier. Pas supérieur ou hautain, mais fier. Du moins c'est ce que le duc se disait.
Les seigneurs attendirent un ordre de leur majesté pour se rasseoir. Ils le firent silencieusement. Il y eut encore quelques secondes sans bruit, quand Mordred se tourna vers Guyard.

- Seigneur. Vous disiez quelque chose tout à l'heure.


Guyard regarda Mordred, puis Albran, les yeux écarquillés. Il ne savait pas trop à qui s'adresser.

- Heu... Oui. Oui c'est cela, bégaya-t-il avant de se dégager la gorge et de reprendre sa voix rauque et puissante. Je voulais vous parler de nos forces militaires.
Je me suis déjà permis d'envoyé les missives, signées de la main de votre grâce duc Mordred et avec votre sceau, pour appeler à moi tous les seigneurs du duché et tous leurs vassaux. J'ai aussi pris sur moi d'envoyer des lettres à des représentants éminents, des bourgeois de guildes, qui pourraient nous fournir des milices d'hommes en armes.
Nous sommes en automne. C'est le temps des labours, aussi, ça va être compliqué de faire appeler à nous les paysans que nous voulons levés...

- Ne parlez pas de ce que les paysans veulent, coupa Mordred avec un ton de persiflage. Si nous étions en été ils se plaindraient des moissons, et si nous étions en hiver ils se plaindraient des semailles.
C'est la guerre. Par définition, personne n'est content ! Mais ils feront leur devoir et il n'y aura pas d'insoumission. Nous l'avons déjà punie par le passé et croyez-moi qu'ils s'en rappellent.

- Bien sûr Votre Grâce...
- Combien d'hommes pouvez-vous mettre à notre disposition ?
- Nous pouvons arguer d'une forte et puissante armée, rugueuse et habituée à l'hiver qui vient. Nous pouvons lever 11000 hommes, bien plus que les forces de la couronne.


Mordred tourna le regard directement vers les yeux du jeune Albran, qui écoutait attentivement devant lui.

- Dans combien de temps pensez-vous avoir levé notre ost complète ? Hasarda Yvain.
- Nous nous sommes pris tôt pour cela. Nos chevaliers travaillent déjà. C'est une affaire de jours.
- Et une fois que nous aurons notre armée. Que pensez-vous faire avec ?
- Nous prenons le trône.
- En marchant sur Verastre ?


Guyard resta silencieux un moment. Quelques secondes de trop, certainement.

- Sire Martial. Qu'en est-il de vos capacités maritimes ?
- Elle est... Insuffisante, Votre Grâce. Nous pourrions transporter une partie de notre glorieuse armée, mais, si je puis dire, nos capacités financières sont limitées, et, malheureusement, si nous pouvions conscrire des galères marchandes, cela requièrerait un investissement particulière-
- Vous ne pouvez pas. Bien.
Admettez, sire, que nous souhaitions prendre Verastre. Nous ne sommes pas limitrophes de la capitale. Nous avons à marcher directement sur Champdor. Et Amelin est plus proche. Si nous faisons une course, nous perdons, alors que Verastre a des murailles tellement fortes que celui qui s'en empare sera compliqué à assiéger.


Maël sourit. Il souriait tout le temps, mais il avait fait un petit bruit. Il avait, et ce n'était sûrement pas par inadvertance, toussé un petit peu trop fort.
Mordred l'observa.

- Votre trop haute confiance en vous est dangereuse, mon duc. Les alliés sont faciles à gagner, lorsque tout est remis en cause... Et c'est ce dont nous manquons cruellement, d'alliés. [/b]

Mordred se redressa dans son siège, et dévisagea le petit noble.

- Je ne suis pas idiot, sire Maël. Cessez de dire des choses que je sais déjà.
Il y a deux maisons qui se dressent sur notre chemin vers Verastre. Les Mincor-Serutas de Corneval, et les Deschenêts de Champdor. Ces deux maisons règnent sur des terres riches et fertiles, et ils sont puissants par le prestige et par l'influence politique. Si nous désirons gagner, il faut immédiatement trouver un moyen de nous allier à eux.
A présent est l'heure de nous assurer de les avoir dans notre camp.
Votre majesté,
s'adressa-t-il subitement à Albran, vous devez vous préparer à vous marier. Épouser une Deschesnêt ou une Mincor-Seruta. Il faut aussi nous préparer à faire des concessions, à proposer des postes au conseil restreint. Mais ne surtout pas promettre des lois plus avantageuses, car il faut renforcer votre autorité, pas servir de simple paillasson. Ce qu'il faut, c'est promettre à ces nobles de renforcer le pouvoir royal, mais qu'ils en profiteront parce qu'ils seront alliés de la couronne.
Il y a aussi mon cousin, Balian d'Epauline, qui est le plus proche de la capitale... Il faudra que je m'assure de son allégeance le plus tôt possible.
Sire Maël, vous êtes très fort là-dedans. Je vous enverrais en mission diplomatique. Et vous, sire Martial.


Les yeux de Martial semblèrent briller quelques instants.

- J'aurai besoin des services de votre frère.

Mais ce fut un court instant.

- La victoire dépendra de notre vitesse d'action, mais elle ne fera pas tout. Il faut vite s'arranger pour que Amelin abandonne ses revendications.
Le soutien de l’Église sera absolument nécessaire dans la suite de nos projets, quels qu'ils soient. Une fois que nous aurons la couronne, il nous faudra se débrouiller pour obtenir le soutien des évêques. Et dans tous les cas... Nous n'y arriverons pas sans faire couler du sang.


On aurait presque dit que tout avait été dit.

- Convaincre nos voisins n'est pas assuré, sire. De plus, vous traitez vos ennemis comme si eux non plus n'avaient pas de ressources, alors que ceci est faux...

Mordred regarda Maël droit dans les yeux.

- J'ai appris une rumeur, une rumeur assez étrange. On parle d'alliés incongrus que la Lucie aurait trouvé. On parle d'une armada invincible de navires modernes, remplis de guerriers barbares qui ne connaissent pas la peur. On parle d'hommes à la peau halée et de femmes aux charmes exotiques, venant avec des animaux inconnus en Gallance. Un contingent entier d'étrangers, puissamment armés. Ils viennent avec leurs propres coutumes, et leur propre religion, et surtout, leurs propres denrées...

Tout le monde écouta le délire que venait de déblatérer le petit noble.

- Des hommes du sud ? Du Caldéra ?
- Oh non, mon duc... Un peuple plus proche de vous que vous ne le pensez... Un qui partage votre sang...
- Les Khastars.
- N'est-ce pas la glorieuse branche cadette dont son chef a tout trahi pour une jeune fille au temps de votre grand-père ? Dit Maël avec un ton condescendant.
- Mon grand-père, Elric, Paix à son âme, était parti en croisade, avec ses enfants. Trois de ses quatre fils. Deux sont morts là-bas. L'aîné aurait dû aussi, s'il avait eut une once d'honneur.
- C'est donc la famille de votre oncle qui est avec eux... Serais-ce les Khastars qui leur auraient parlé de la Gallance ? Serais-ce eux qui leur auraient conseillé de se gagner de nouveaux alliés ? Voilà une bien grande révélation... Une chaotique...


Maël se délectait de savoir la hargne qui remuait au fond de son suzerain. Il souriait beaucoup plus vicieusement à présent, ses larges dents apparaissant derrière sa barbichette.

- Par chance, les preux défenseurs de Calanthe sont parmi nous... Lucien VI, Paix à son âme, a laissé l'Ordre Töterique s'installer un peu partout en Gallance. Si nous souhaitons légitimer notre règne, quoi de mieux que de déclarer une guerre sainte contre ces hérétiques ? Quoi de mieux que de brandir Amelin comme un hérétique infidèle ? Et quoi de mieux que d'en appeler à l'aide d'une armée de chevaliers zélotes ?
- Depuis combien de temps me cachiez-vous cette information, Maël ?!
- Oh, sire... Ce ne sont que des rumeurs... Je ne voulais point hasarder avec de légères suppositions...
Si je peux me permettez, vous mettez la charrue avant les bœufs, Votre Grâce. Lever une armée, oui, cela est nécessaire... Mais pourquoi à tout prix partir en marche ? Rassemblez vos forces... Engager des mercenaires s'il le faut... Mais c'est la Gallance qu'il faut rallier...
Commençons par en appeler aux vassaux directs de la Couronne, aux fiefs qui lui sont mouvants. Envoyons-leur une missive.
Quant à Amelin, attendons. Attendons de voir ce qu'il prépare...


Comme si cela était habituel, un silence régna.

- Messieurs. Avez-vous des choses à ajouter ?


Il y eut quelques murmures, mais pas vraiment de réponses. Alors Mordred s'adressa à son Roi.

- Votre majesté. Vous avez un peu tout entendu. Nous lèverons une armée en votre nom, nous appellerons vos vassaux directs, nous enverrons des émissaires pour négocier.
Cependant, tout ceci n'est qu'un travail préliminaire. Arrivera un moment, et ce jour arrivera très vite, où nous devrons nous mettre en marche.
Le prince Amelin n'a aucun véritable droit. Ils sont des traîtres à la couronne et doivent être amenés devant votre justice.
Êtes-vous d'accord avec les propos que j'ai tenu, et que mes conseillers ont pu tenir ?


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MessageSujet: Re: Le Taureau sans cornes Dim 22 Nov - 21:40
Albran, du haut d'une tour du château, regardait la pluie tomber sur la contrée, emmitouflé dans un épais manteau de fourrure tout juste à sa taille.
Il s'était éloigné d'Oldéric et de Chloé avec qui il jouait. Depuis quelques jours il se sentait troublé et peu de mots étaient sortis de sa bouche depuis les funérailles de son père, le Roi Lucien VI.
Il n'avait jamais été proche de son père, à cause du « meurtre de sa mère » comme lui disaient certaines méchantes nourrices, mais il était tout de même en deuil.
Il avait les yeux dans le vides lorsqu'un soldat vint le chercher, son tuteur Mordred, qu'il appelait son « oncle », le faisait demander.

Le jeune Prince, pas encore véritablement Roi, suivi le soldat à travers les couloirs austères du château du Bosquet, que décoraient des toiles et des sculptures grossières racontant l'histoire du Duché. Son précepteur, l'admirable Armand de Dunny, un moine hautement érudit, lui faisait raconté la vie des hommes qui l'avaient précédé et Albran connaissait parfaitement l'histoire des Cimes et du royaume.
Il reconnu Nathan de Broie sur une peinture, un héros qui avait bercé son enfance et à qui il aimerait tant ressembler.

Le soldat s'arrêta devant une porte que le Prince connaissait bien, le bureau du Duc Mordred.
Lorsqu'il entra, il vit tout les grands du Duché qui le regardaient fixement, certains avec des yeux méprisants. L'enfant sentit les responsabilités sur ses épaules, désormais on l'appelait « votre altesse », « votre majesté », « Mon Roi ».
Il s'assit à côté de son tuteur. Il était au premier très impressionné, surtout par ceux qui le regardait de travers. Il n'était qu'un enfant, même Roi, il ne se sentait pas à sa place ici. Qu'est ce qu'il connaissait à la guerre ?
Mais la peur s'estompa quelque peu quand il se rendit compte que devant lui, il n'avait que des sujets, des vassaux. Désormais il leur était supérieur. C'est du moins comme cela que le jeune Albran tenta de se rassurer.

La réunion continua. Ils parlaient de la guerre, des soldats, des alliés potentiels et des ennemis. Albran essayait de se souvenir des cours que lui prodiguait Armand pour replacer dans sa tête les familles citées autour de la table et leur territoire.
Puis Mordred se tourna vers lui, lui demandant son avis. Le Prince sentit tous les regards se tourner vers lui. Il aurait aimer fuir loin et se cacher, mais ce n'était pas ce que lui avait enseigné son oncle, le Duc serait très déçu s'il faisait cela.

« Hey bien... réussi à sortir le jeune garçon dont la voix n'avait pas encore muet.
Hey bien... pourquoi... pourquoi somme nous obligé de faire la guerre ? Nous ne pouvons pas nous arranger avec mon frère avant d'envoyer des hommes se battre ? Armand dit que Dieu veut la paix entre les hommes, il m'a dit que les gens ne devrait pas se faire tuer en mon nom. Je ne veux pas ça... je... »


Albran se tue lorsqu'il vit le regard de Mordred.
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MessageSujet: Re: Le Taureau sans cornes Dim 22 Nov - 22:11
Mordred écouta calmement la remarque du jeune homme. Il ne sourit pas, il ne rit point, il ne s'énerva pas de ce qu'il disait.

Sottises... se dit-il intérieurement. Armand est un homme bon. Mais que connaît-il du pouvoir ? Que connaît-il du Royaume ? Seule la force est légitime, et seule la force fera entendre raison.

Il réfléchit un instant, les autres conseillers n'osant parler, quand finalement Mordred répondit au Roi, avec une voix calme même s'il avait toujours le même ton froid et hautain.

- Votre majesté, les choses ne sont pas si simples en l'état. Le Roi est le Roi par la Grâce de Dieu, mais malheureusement, nous sommes dans une situation où nous ne savons pas qui Dieu a gracié.
Vous souvenez-vous, mon Roi, il y a quelques mois, lorsque à la cour était venu un homme, qui prétendait que l'argent lui avait été volé par son gendre, alors que le gendre prétendait qu'il ne s'agissait que d'un mensonge et que son beau-père avait caché l'or ? Nous n'avions aucune preuve. Aucun témoignage de bonne foi. Rien qui ne nous servait pour connaître la vérité du mensonge.
Alors, nous en avons appelé à Dieu. Nous avons donné à chacun une épée, le chapelain les a bénits, ils se sont battus, et c'est l'innocent qui a triomphé sur le coupable.
Je sais que ce que nous nous apprêtons à faire est difficile... Mais si nous ne frappons pas fort, si nous ne frappons pas vite, jamais votre légitimité ne sera établie. Pour le reste de votre vie, et le reste de votre règne, vous ne serez jamais vu comme le Roi que vous êtes.


Guyard hocha la tête lentement. Maël continuait de sourire.
Mais Yvain, lui, semblait plus... Choqué.

Mordred l'observa d'un coin de l’œil, passif.

Son frère ne put s'empêcher de faire une remarque :

- Tu oublies que Amelin est élevé en Lucie. Par la famille de ta femme.

Le duc des Cimes tourna sa tête, lentement, comme s'il était une statue troublée dans son repos éternel. Il observa Yvain, directement dans les yeux, le dos légèrement voûté.

- Où veut-tu en venir, cher frère ?
- Nous ignorons les intentions de la Lucie, répondit-il immédiatement. Et pourtant, avant même que quoi que ce soit n'est décidé, tu veux lever ton ost, marcher de force sur Verastre, et risquer une guerre qui brûlerait toute la Gallance ?
Arnault a le sang des Thaal. Et tu voudrais l'envoyer tuer ses cousins juste pour être ferme ? Comment Albran va-t-il justifier son règne en sachant qu'il repose sur un fratricide ?


Mordred cligna lentement des yeux. Il prit quelques secondes pour réfléchir à une répartie, juste le temps de faire bouger son regard vers le jeune Albran, voir quelle était sa réaction.

- Le problème, cher frère, c'est que la Lucie n'a aucune raison de ne pas vouloir placer Amelin sur le trône.
- Donc, ta logique, c'est que parce que nous avons peur qu'ils nous égorgent, nous devons tout de suite sortir la lame du fourreau ?
N'as-tu pas peur que cela les légitimes ? Qu'on soit montrés comme les agresseurs ?

- Et quels autres choix avons-nous, Yvain ? Il nous faut bien un moyen de prouver la légitimité d'Albran !
- Pas à n'importe quel prix. Pas quand on peut trouver une autre solution.

Mordred, encore une fois, pris une seconde pour réfléchir.
En vérité Yvain était stupide. Il n'y avait pas d'autres solutions. Jamais Amelin n'irai se déclarer Prince et illégitime, c'était une idée en l'air.
Mais il avait raison sur l'autre point : Marcher en guerre en premier, ce n'était pas bon pour les livres d'Histoire.

- Guyard. Votre opinion.
- Prendre Verastre c'est prendre la Gallance. Le plus tôt nous marchons, le plus tôt nous aurons gagné.
- Maël.
- Les guerres sont coûteuses, sire... Et très hasardeuses. Tant de conflits sont gagnés avec les plumes plutôt que l'acier...
- Martial.
- Je me sentirais bien plus à l'aise pour négocier lorsque je serai derrière les murs de Verastre, sire. Je n'ai nulle confiance en ces Luciens.
- Sylvain ?

Le fils d'Yvain paru surpris une seconde. Il fut comme tiré d'une torpeur, et il sembla tressaillir un moment.

- Et bien... Heu...
Heeu...
Eh bah... C'est... C'est toute l'ost des Cimes que vous voulez lever ?
Non, parce que, je sais pas... Le temps de ramener tous les chevaliers, et en appeler aux milices communales, on peut en avoir pour un sacré bout de temps.
En plus, beaucoup risquent de ne pas apprécier une levée à ce moment. Gallard, par exemple, c'est exactement le genre de personne qui ne veut pas participer au conflit.

- Gallard est bon pour fermer sa gueule et faire ce qu'on lui dit. Quelque chose que beaucoup semblent ignorer aujourd'hui...

Mordred se dégagea la gorge.

- Bon. Très bien.
Guyard, vous procéderez à la levée de l'ost comme prévue. Mais nous n'allons pas directement marcher sur Verastre.
Je souhaite parlementer. Nous enverrons une missive pour que le prince Amelin rencontre le Roi Albran. Avant cela, j'aimerai parler à mon beau-frère.
Et, tant que nous en sommes là... J'aimerai bien parler avec le Légat de l'Augure également. Si les allégations de Maël sont vraies, et que des étrangers sont abrités par Amelin, c'est très grave.
Cela vous convient-il, votre Majesté ?

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MessageSujet: Re: Le Taureau sans cornes Dim 22 Nov - 22:50
Albran comprit où son oncle voulait en venir. Il hocha simplement la tête.
La guerre était nécessaire pour prouver qu'il était bien l'élu de Dieu.
Mais Yvain, le frère du Duc, prit la parole pour embrouiller de nouveau les pensées du jeune Prince.
Il écouta d'une oreille le Comte de Pélengrin. Albran entendait tout le temps Mordred parler en mal de son frère, dire de lui qu'il était un idiot et un incapable.
Le potentiel futur Roi avait dès lors considéré Yvain comme un idiot et un incapable, transformant dans son esprit toutes ses paroles en bêtises.

Une nouvelle fois, après la discussion, Mordred se tourna vers Albran. Cette fois, l'enfant sembla plus assurer.

« Marchons sur Vérastre, je vais prouver devant Dieu que je suis bien le Roi légitime ! »
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MessageSujet: Re: Le Taureau sans cornes Dim 22 Nov - 22:58
Yvain sembla légèrement attristé. Comme peiné, il baissa les yeux.
Sa voix fut soudain calme et très légèrement mélancolique.

- Votre majesté... Dieu punit les hommes qui tuent les hommes de leur sang. Et l'Augure n'aime pas les guerres intestines entre Royaumes.
Nous ne devons pas transformer ce léger conflit en guerre sainte.

- Si Amelin s'allie avec des infidèles, alors c'est qu'il renie la Foi de Calanthe. C'est qu'il crache sur son corps. Et il devra être puni pour ça.
Mais pour le bien de ma femme, et pour la paix de Dieu, cher Yvain, je te jure que nous chercherons à parlementer avant d'en arriver à sortir l'épée.
Est-tu rassuré ? Vas-tu faire ton devoir ?

Yvain hocha faiblement de la tête.

- Oui. Bien sûr. Bien sûr que je ferais mon devoir.

Mordred se leva, en premier, avant tout le monde, avant même le Roi.

- Les prochains jours seront difficiles, mais décisifs.
Qu'on m'amène du papier et de l'encre. Nous avons des bannières à appeler.


Et, il murmura, : Vive le Roi.
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MessageSujet: Re: Le Taureau sans cornes
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Le Taureau sans cornes
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